Marseille : El Bacha dans un Brahms déséquilibré

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Marseille, Le Silo, 12-IV-2013, Richard Wagner (1813-1883) : Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg, Ouverture ; Tannhäuser, Ouverture et Bacchanale. Johannes Brahms (1833- 1897) : concerto pour piano n°1 en ré mineur op.15. Abdel Rahman El Bacha, piano. Orchestre Philharmonique de Marseille, direction : Fabrizio Maria Carminati.

Dans le cadre de la saison symphonique de l’Opéra de Marseille, le pianiste libanais était à l’affiche de ce concert donné au Silo aux côtés du chef italien . La première partie de soirée fut décevante et nous laissa quelque peu perplexe : Qu’est- il arrivé à l’orchestre décomplexé qui s’illustrait les années précédentes aux côtés des tout meilleurs solistes actuels ? La Ville de Marseille a pourtant nommé Lawrence Forster comme directeur musical et réalisé d’importants investissements dans ses infrastructures. Peut- être faudrait il revoir le suivi artistique ?

Le Wagner proposé vendredi dernier sembla, en effet, bien peu inspiré. Sans ligne directrice, la dynamique des « Maîtres Chanteurs de Nuremberg » est trop opaque pour qu’on puisse apprécier les différents pupitres. Les cuivres asphyxient l’ensemble d’autant que l’acoustique de la salle est légèrement « écrasée ». De même, le thème initial de « l’Ouverture de Tannhäuser » est terne, sans grandeur d’architecture. Ce qui suit prend des allures de veillée funèbre. Avant que le navire ne sombre, Carminati rassemble ses troupes dans la « Bacchanale » marquée par des interventions plus nuancées.

Après l’entracte, le premier concerto de Brahms révèle des divergences de conception entre le soliste et le chef. La poignante introduction de l’Allegro Maestoso manque de respiration et ne souligne pas assez la tension dramatique du texte. Le tempo excessif oblige El Bacha à fortement ralentir dès sa première entrée. Faisant parler son expérience musicale, il parvient à conserver sa propre vision de l’œuvre et permet même à l’orchestre d’élever son niveau de jeu, notamment dans les phases introspectives. Utilisant un minimum de pédale, son piano privilégie la qualité du rendu sonore. Sans aucune emphase, la modernité de son langage est inhabituelle notamment dans l’Adagio : avec immédiateté, il s’adresse à chacun de nous sur le ton de la confidence. Dans ce même mouvement, le tempo trop allant ne permet pas d’installer un climat propice au recueillement. Dans le Rondo, la fougue et la pulsation insufflées par le soliste retombent vite sous l’accompagnement lourd de Carminati qui n’exploite pas l’urgence et la richesse harmonique brahmsienne. Une magnifique cadence d’une expression véhémente et quelques beaux moments en symbiose sont toutefois à évoquer. Ils sont cependant gâchés par un calamiteux climax final, sans conviction, joué mf au lieu d’un ff évident. Plus de répétitions en amont auraient certainement permis plus d’unité.

El Bacha offrira deux bis dont un Bach récitatif à l’équilibre idéal aux deux mains puis, le Nocturne en do # mineur de Chopin. Avec un toucher sensible, le pianiste nous ouvre son cœur comme s’il s’agissait d’un deuxième concert. Bouleversée par la beauté de l’instant, la salle retient son souffle avant d’ovationner comme il se doit ce magnifique artiste.

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