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Anne Teresa De Keersmaeker : Drumming Live, psycho-obsession

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Dijon. Auditorium, 03-V-2013. Drumming Live, spectacle créé en 1998, coproduction de 2012. Chorégraphie : Anne Teresa De Keersmaeker. Scénographie et Lumières : Jan Versweyveld, assisté de Geert Peymen. Costumes : Dries Van Noten, assisté de Anne-Catherine Kunz et Aouatif Boulaich. Danseurs : Bostjan Antoncic, Linda Blomqvist, Marta Coronado, Tale Dolven, Carlos Garbin, Fumiyo Ikeda, Sandra Ortega, Elizaveta Penkova, Taka Shamoto, Igor Shyshko et Jakub Truskowski. Musique : Drumming de Steve Reich (né en 1936). Musiciens du groupe Ictus. Ingénieur du son : Hugues Rogie.

Anne Teresa De Keersmaecker est visiblement une artiste qui cherche une adéquation totale entre le mouvement et le son. A Dijon elle montre une nouvelle fois comment se nouent ses rapports avec la musique répétitive puisque c’est la deuxième fois que sa troupe danse sur les œuvres de Steve Reich à l’Auditorium.

Tout un chacun connait le principe exploité par le compositeur américain, qui modifie ses schémas mélodiques et rythmiques continuellement, mais d’une façon infime de manière à donner l’impression d’une matière qui vit en se transformant sans cesse, mais insensiblement. On peut être envoûté par cette musique, mais on ressent vite le procédé… Son œuvre, interprétée avec talent par l’ensemble Ictus, se déroule suivant une progression assez simple : d’abord les instruments à peaux frappées se superposent les uns aux autres petit à petit, puis un relais s’opère vers les marimbas, donc vers les bois, on passe ensuite aux métaux avec les carillons et la flute ; les voix se mêlent parfois aux deux dernières séquences, mais uniquement en légères touches, comme si elles étaient une résonance du son. On obtient donc une progression vers les aigus, la stridence de ces instruments devient d’ailleurs assez pénible, car ils sont amplifiés sans mesure.

va retenir de cette partition sa progression vers les aigus, donc vers la lumière et aussi vers l’expansion, car cette pièce lui suggère une spirale infinie, et les danseurs devront évoquer cette figure géométrique dans leurs évolutions. Ce type de composition est conçu en apparence d’une manière assez compréhensible, sur des calculs qui provoquent des décalages et sur des formules courtes qui se superposent et se complètent. La chorégraphe applique ces principes à la danse : les danseurs ont en leur possession huit modules de gestes qu’ils vont exploiter d’un bout à l’autre de la pièce, mais en élargissant leur champ d’action, en imaginant une spirale. Certaines séquences laissent apparaitre des couples unis dans le geste, mais d’autres sont plus brouillonnes. En fait, on imagine des électrons, qui se touchent assez rarement, qui se croisent, courent, s’arrêtent suivant une logique qui nous échappe. Pourtant, bien entendu tout est pensé par la chorégraphe qui demande à ses interprètes d’échanger ces modules de façon à ce qu’il n’y ait pas de redondance ; le chiffre huit choisi pour ces formules n’est pas pris au hasard : il fait partie de la suite de Fibonacci, donc il a à voir avec le nombre d’or. Epatant…

Le décor épuré, les costumes, blancs en majorité, tout concourt à donner une impression de beauté froide et presque aseptisée. Un peu d’humanité réapparaît parfois avec l’ombre d’un sourire, et avec une allusion ironique à la musique : une robe métallisée fait irruption sur la scène quand les carillons entrent en jeu ! Malgré cela, sans doute la musique est-elle trop calculée, trop systématique pour que les vieilles âmes romantiques y trouvent leur compte.

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