Forsythe sauve Millepied à Paris

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Théâtre du Châtelet. 24/V/13. L.A. Dance Project. Reflections (création mondiale) : chorégraphie : Benjamin Millepied, en collaboration avec Julia Eichten, Charlie Hodges, Morgan Lugo, Nathan Makolandra, Amanda Wells. Musique : David Lang. Concept visuel et costumes : Barbara Kruger. Lumières : Roderick Murray. Avec : Amanda Wells, Morgan Lugo, Nathan Makolandra, Julia Eichten, Charlie Hodges et Andrew Zolinsky, piano. Winterbranch (1964) : chorégraphie : Merce Cunningham. Musique : La Monte Young, 2 Sounds. Décors et costumes : Robert Rauschenberg. Lumières : Beverly Emmons (d’après celles de Robert Rauschenberg). Mise en scène : Jennifer Goggans, assistée de Robert Swinston. Avec Aaron Carr, Rachelle Rafailedes, Amanda Wells, Nathan Makolandra, Julia Eichten, Morgan Lugo. Quintett (1993) : chorégraphie : William Forsythe, en collaboration avec Dana Caspersen, Stephen Galloway, Jacopo Godani, Thomas McManus et Jone San Martin. Musique : Gavin Bryars. Costumes : Stephen Galloway. Lumières : William Forsythe. Avec Nathan Makolandra, Amanda Wells, Charlie Hodges, Morgan Lugo, Julia Eichten.

Avant son arrivée prochaine à la tête du Ballet de l’Opéra de Paris, fait escale à paris avec son collectif de danseurs, le L.A. Dance Project. Créée il y a deux ans à Los Angeles, cette structure contemporaine est à la fois une compagnie de répertoire et le creuset idéal des créations du chorégraphe français. La soirée présentée au Châtelet illustre bien cette double vocation avec une création de Millepied et deux reprises de Cunningham et Forsythe.

En hommage à la trilogie Jewels créée par George Balanchine au New York City Ballet, s’est de nouveau associé au joaillier Van Cleef and Arpels pour sa nouvelle création, Reflections. Rien ne rappelle pourtant les pierres fines, les métaux précieux ou la haute joaillerie dans cette proposition scénique. Ecrasé par les quatre lettres géantes du verbe Stay, Reflections s’ouvre par un duo sensuel et caressant. Benjamin Millepied a acquis de son expérience américaine un goût pour la fluidité des corps, un sens du lâcher-prise. Cette qualité de danse tient cependant davantage à l’excellence de ses interprètes qu’à l’écriture chorégraphique elle-même. Les cinq danseurs de Reflections sont aussi co-auteurs de la pièce dont ils font vibrer avec leur corps les moindres inflexions.

Le dispositif scénique paresseux et disproportionné de la plasticienne Barbara Kruger, les non costumes (jean gris et tee-shirt noir), la musique facile et indigeste de David Lang sont des repoussoirs, à l’inverse de la danse, fluide et libre. Le plaisir vient avant tout des danseurs masculins, exceptionnels, malgré un rythme lent, voire languissant. Faute d’une structure musicale intelligente, les interprètes se font plaisir, enchaînant leurs spécialités avec désinvolture. Une déception !

Pour cette deuxième soirée à Paris, Benjamin Millepied a choisi de reprendre Winterbranch, une pièce de datant de 1964, jamais représentée dans son intégralité depuis, à l’exception d’un extrait en 2011. D’une extrême radicalité, ce projet a tout pour paraître difficile : des lumières de phares de voitures balayent des cintres ou des coulisses les danseurs en noir, une musique crissante et vite insupportable et des danseurs quasi invisibles. L’écriture de Merce est pourtant là, limpide, interprétée par des danseurs rompus à cette technique très particulière. Fallait-il cependant exhumer précisément cette pièce-là, au risque de braquer une partie du public et de véhiculer de la danse contemporaine une image inaccessible ?

La soirée est sauvée par la reprise très émouvante de Quintett, pièce nostalgique de , écrite au moment de la mort de son épouse. Les danseurs du L.A. Dance Project y sont parfaits, allant jusqu’à retrouver l’allure physique des créateurs du rôle : Stephen Galloway, Thomas McManus ou Dana Caspersen. Un mimétisme époustouflant… De développés en enveloppés, tours en cinquième et arabesque, les danseurs, diablement élégants, sont au cordeau. Sur la lancinante plainte de Gavin Bryars on retrouve un peu de la magie de la création de cette pièce sur cette même scène du Châtelet en 1993. Une réussite !

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