ManiFeste : Holliger dirige son Scardanelli-Zyklus

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Cité de la Musique. Festival Manifeste. 30-V-2013. Heinz Holliger (né en 1939): Scardanelli-Zyklus, pour flûte, ensemble, bande et choeur mixte sur des poèmes de Hölderlin. Sophie Cherrier, flûte; Choeur de la Radio Lettone; Kaspars Putnins, chef de choeur; Ensemble Intercontemporain; direction Heinz Holliger.

Artiste d’exception, exerçant son métier de musicien sur tous les fronts, était à la tête de l’ et du Choeur de la Radio Lettone pour diriger son Scardanelli-Zyklus, une oeuvre somme pour choeur, ensemble instrumental et bande magnétique qui faisait l’ouverture du Festival de l’IRCAM ManiFeste en même temps que celle de la Biennale d’art vocal à la Cité de la Musique.

Scardanelli-Zyklus est une pièce qui occupe Holliger de 1970 à 1991 et n’a pas encore été gravée dans son intégralité. D’une durée de 2 heures trente et donnée sans interruption, elle est écrite sur des poèmes d’Hölderlin. Ces textes, souvent d’une grande simplicité, datent de la seconde moitié de la vie du poète, alors qu’il vivait reclus à Tübingen dans la maison du menuisier Zimmer; ils étaient signés par Hölderlin du nom de Scardanelli.

Holliger sélectionne trois ensembles de pièces qui s’enchevêtrent selon un ordre qu’il peut remanier librement: au cycle des saisons (trois fois quatre chants pour choeur a capella) se mêlent des « Etudes pour Scardanelli » (Übungen) pour petit orchestre, (T)air(e), une pièce pour flûte solo (l’instrument d’Hölderlin) ainsi que des parties pour flûte seule, petit orchestre et bande. L’Ostinato funèbre est composé pour petit orchestre sur la Trauermusik de Mozart.

De sa voix implacable et sonore, annonce lui-même chacune des pièces qu’il ponctue par une date – totalement fantaisiste de la part d’un poète qui vit désormais hors du temps – et l’immuable formule: Mit Unterthänigkeit Scardanelli (Avec humilité Scardanelli).

A ces mots simples, le compositeur veut associer une musique « non théâtrale, dénuée de tout ornement », voire de tout lyrisme: telles ces parties chorales a capella (le chant du printemps), très verticales et distribuant les mots du texte de manière discontinue, avec de grands écarts intervalliques qui mettent parfois le pupitre des soprani en danger. Comme les instruments, les voix sont soumises à l’écriture du canon (parfois micro-intervallique) engendrant une texture bruissante, étrangement litanique et d’une grande délicatesse. Dans certaines pièces (le chant de l’été), Holliger demande au choristes de chanter dans le tempo donné par leur pouls. Chez ce compositeur éminent libre et original, l’écriture est toujours inventive et renouvelée, invitant la flûte solo – envoûtante – dans des moments de poésie très intenses. La frontière parfois s’efface entre sonorités vocales et instrumentales, Holliger aimant travailler vers les extrêmes – Ad marginem -, entre souffle et silence. L’Ostinato funèbre, ajoutée en 1991, participe de cet univers bruité, raréfié, qui se rapproche de la « rigidité cadavérique de la nature ». La dernière pièce (un ultime canon) sollicitant la clarinette contrebasse et le chant diphonique semble rejoindre le rituel bouddhique dans sa psalmodie lancinante et intemporelle.

Exemplaires par leur vaillance et leur concentration, le Choeur de la Radio Lettone et l’ nous conviaient à une expérience d’écoute rare autant que captivante, optimisée ce soir par la conduite totalement habitée de ce chef d’orchestre et génial concepteur qu’est Heinz Holliger.

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