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Luxembourg : Les sortilèges de Mysliveček

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Luxembourg, Grand-Théâtre. 4-VI-2013. Josef Mysliveček (1737-1781) : L’Olimpiade, opera seria en trois actes d’après un livret de Pietro Metastasio. Précédé de l’ouverture de La Passione di nostro signore Gesù Cristo de Mysliveček et conclu par un extrait d’Ezio de Christoph Willibald Gluck. Mise en scène : Ursel Herrmann. Scénographie : Hartmut Schörghofer. Costumes : Margit Koppendorfer. Lumières : Margit Koppendorfer et Přemysl Janda. Avec : Johannes Chum, Clisthène ; Simona Houda-Šatourová, Aristée ; Raffaella Milanesi, Mégaclès ; Tehila Nini Goldstein, Lisidas ; Sophie Harmsen, Argène ; Krystian Adam, Aminthe ; Helena Kaupová, Alcandre. Orchestre Collegium 1704, direction : Václav Luks.

La reprise luxembourgeoise d’un spectacle créé à Prague en mai 2013, également donné dans la foulée à Caen et à Dijon, aura au moins convaincu le grand public que les œuvres composées par dans sa maturité artistique n’ont rien à envier aux ouvrages composés, vers la même période, par le jeune Mozart. De fait, L’Olimpiade est très certainement un des opéras les plus accomplis du compositeur tchèque, surnommé Il Boemo en Italie, autant sur le plan de la dramaturgie que sur celui de la qualité musicale. Pourtant, dans cette production, l’opéra – lequel nous est resté sous une forme incomplète – démarre sur une autre ouverture de Mysliveček et s’achève sur un air de l’Ezio de Gluck, rompant quelque peu avec certains codes de l’opéra baroque, notamment celui de la présence obligée du chœur final. L’intrigue, passées les premières phases de l’exposition, saisit le spectateur à la gorge et le guide dans les méandres bien connus des jeux de l’illusion et de la désillusion, de la grandeur et de la chute, de l’impossible quête d’équilibre et d’harmonie dans un monde régi par les ambitions et les émotions conflictuelles. Tout comme dans l’Artaserse de Vinci récemment redécouvert à Nancy et à Paris, le modèle métastasien fait des merveilles.

Contrairement au spectacle récemment monté à Nancy, lequel était basé sur l’excès et sur la démesure, le spectacle proposé ici concentre l’action sur les confrontations directes entre les protagonistes. Le décor est réduit à sa plus simple expression, délimité par trois murs vert foncé censés représenter autant les forêts d’Olympie et la force brute de la nature que le pouvoir implacable des dieux qui s’acharnent contre les hommes. Une trouée en fond de scène constitue un point de fuite conduisant à un ailleurs indéfinissable. Le plancher, d’un noir brillant, épouse la forme d’un labyrinthe, visiblement le symbole du dédale émotionnel dans lequel évoluent les personnages. À certains moments, des nuages de fumée s’échappent du sol, vision transposée de l’inconscient jamais apaisé de personnages implicitement comparés à un volcan sur le point d’entrer en éruption. Aux instants de tension extrême, c’est sur une frêle chaloupe qu’on voit les protagonistes ballottés au gré des flots déchaînés. Aux sept chanteurs solistes, impeccablement dirigés, se mêlent quatre choristes à la fonction bien particulière : gardiens du destin, à la fois acteurs et observateurs, manipulateurs et alliés des dieux dans ce jeu d’échecs cosmique, tour à tour sarcastiques et compatissants, ils semblent déplacer les pions de la destinée afin de mieux se gausser des heurts et des déboires de personnages qui n’en sont au final que plus émouvants dans leur humanité meurtrie.

Le spectacle est sans doute un peu moins accompli sur le plan vocal, même si aucun des sept chanteurs ne démérite véritablement. Les maillons faibles en sont sans doute les deux protagonistes masculins, dont la voix de ténor, assez sèche dans les deux cas, ne rend pas toujours justice à la musique qu’ils ont la charge d’interpréter. Des deux mezzos, on préfèrera de loin la bouillonnante , ardent Lisidas doté d’un joli grain vocal, à l’Argène peu stylée de Sophie Armsen : deux des airs de ce personnage figurent sur un récent récital discographique de . Les trois sopranos sont parfaitement différenciées, avec tout d’abord le timbre rond et chaud de , digne Alcandre, et surtout les touchantes et . La première, dans le rôle d’Aristée, émeut par un timbre riche et fruité – quoique légèrement voilé –, par une technique particulièrement accomplie et par une musicalité sans faille. La seconde, parfaitement à l’aise sur le plan scénique, fait valoir une voix aux couleurs légèrement ambiguës – soprano ? mezzo ? –, et se rie elle aussi des difficultés musicales de son rôle. Ses scènes avec compteront parmi les plus marquantes de la soirée.

Dans la fosse, l’ensemble pragois fait valoir un jeu dynamique et incisif, à l’image de cette musique riche et tourmentée qui mérité assurément d’être explorée plus avant. Le jeune chef d’orchestre , investi à fond dans cette entreprise, n’est évidemment pas pour rien dans le succès de cette fascinante redécouverte.

Crédit photographique : Raffella Milanesi et (photo 1) ; les quatre gardiens du destin (photo 2) © Hana Smejkalová

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Luxembourg, Grand-Théâtre. 4-VI-2013. Josef Mysliveček (1737-1781) : L’Olimpiade, opera seria en trois actes d’après un livret de Pietro Metastasio. Précédé de l’ouverture de La Passione di nostro signore Gesù Cristo de Mysliveček et conclu par un extrait d’Ezio de Christoph Willibald Gluck. Mise en scène : Ursel Herrmann. Scénographie : Hartmut Schörghofer. Costumes : Margit Koppendorfer. Lumières : Margit Koppendorfer et Přemysl Janda. Avec : Johannes Chum, Clisthène ; Simona Houda-Šatourová, Aristée ; Raffaella Milanesi, Mégaclès ; Tehila Nini Goldstein, Lisidas ; Sophie Harmsen, Argène ; Krystian Adam, Aminthe ; Helena Kaupová, Alcandre. Orchestre Collegium 1704, direction : Václav Luks.

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