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L’Olimpiade : Amours, liens du sang et amitié

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Dijon. Auditorium, 22-V-2013. L’Olimpiade, opera seria en trois actes de Josef Mysliveček (1737-1781) sur un livret de Pietro Metastasio, précédé de La Passion de Jésus-Christ de Mysliveček et conclu par un extrait d’Ezio de Gluck. Mise en scène : Ursel Herrmann. Scénographie : Hartmut Schörghofer. Costumes : Margit Koppendorfer. Lumières : Hartmut Schörghofer et Katharina Harden. Avec Johannes Chum, Clisthène ; Kateřina Kněžiková, Aristée ; Tehina Nini Goldstein, Lisidas ; Sophie Harmsen, Argène ; Raffaella Milanesi, Mégaclès ; Krystian Adam, Aminthe ; Helena Kaupová, Alcandre. Orchestre Collegium 1704. Direction musicale : Václav Luks

Si l’on vous annonce la venue du dans la réalisation d’un opéra de Mysliveček dans votre bonne ville, courrez-y !  Vous ressortirez du spectacle le sourire jusqu’aux oreilles et la bonne humeur au cœur : en effet, que ce soient les chanteurs, le jeu des acteurs, l’orchestre, la mise en scène, les éclairages, les costumes, tout s’assemble pour offrir au spectateur un opéra réalisé à la fois avec délicatesse, rigueur, efficacité joyeuse et rythme endiablé.

Le livret de Metastase est assez ambitieux puisqu’il mêle aux tourments de l’amour compliqués par le destin, le problème des rapports entre père et fils qui ne se retrouvent qu’à la fin de l’œuvre et celui d’une amitié indéfectible mise à l’épreuve. Le « jeu de l’amour et du hasard » avec travestissements et faux-semblants révèle non seulement les faiblesses ou la noblesse de certains caractères, mais aussi les limites des prédictions des oracles divins; la fin (sans doute laissée inachevée par le compositeur) pose des questions auxquelles chacun répondra à sa guise, et, par là-même, cet opéra devient étrangement moderne.

Le décor est une sorte de boite noire dont  le sol évoque un labyrinthe (symbole, symbole…), mais cet espace n’est pas clos ; des lamelles perméables aux passages des acteurs évoquent la forêt côté cour et côté jardin, une barque prolonge la scène en mordant sur la fosse, et surtout un couloir éclairé allonge la perspective au fond du plateau : cette possible allusion au Théâtre Olympique de Vicenza dit assez que la mise en scène est allusive et pleine de clins d’œil. En fait, on n’aura besoin que d’accessoires pour signifier les dessous de l’action ou la symbolique des situations : les valises, le sac à main, les chaussures deviennent des éléments cocasses, mais signifiants. On l’a compris : les costumes sont modernes mais joliment clairs, et cela met en valeur le chanteur qui doit rester l’élément central de la prestation. Les éclairages suivent l’action sans l’alourdir, et parfois font participer la salle à celle-ci.

On a rarement l’occasion de souligner combien la distribution est homogène : remporte tous les suffrages dans le rôle du bouillant Mégaclès, la belle chante Aristée avec une voix mozartienne sans défaut, et ont de magnifiques voix de mezzo et sont, comme leurs comparses, expressives en diable. Le roi Clisthène (ah, ces prénoms à la fois baroques et antiques !), Aminthe, Alcandre, sont excellents eux aussi. Par ailleurs, le costumier ajoute avec esprit à la confusion en affublant les confidents de costumes contraires à leur sexe ! Les quatre fantômes toujours présents sur scène permettent une sorte de distanciation de l’action de la part du spectateur, et ce procédé rend par là-même celle-ci moins conventionnelle : l’on peut alors regarder avec amusement ces imbroglios attendus de l’opéra baroque.

Le travail de avec l’orchestre est admirable : nuancé à l’extrême, il excelle dans le contraste mais aussi dans le raffinement ; ses « piano » sont étonnants, comme le sont ceux des chanteurs, l’éclat des cors, la précision du jeu du clavecin, les silences expressifs : tout concourt à la justesse de ton qui fait de cette réalisation une parfaite réussite.

Drame mais aussi légèreté, drôlerie mais aussi sérieux, conventions et rigidité des passions mais subtilité musicale, tout est présent dans cet opéra à la charnière de deux courants artistiques ; et tout se mélange avec bonheur : « In musica veritas ! »

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Dijon. Auditorium, 22-V-2013. L’Olimpiade, opera seria en trois actes de Josef Mysliveček (1737-1781) sur un livret de Pietro Metastasio, précédé de La Passion de Jésus-Christ de Mysliveček et conclu par un extrait d’Ezio de Gluck. Mise en scène : Ursel Herrmann. Scénographie : Hartmut Schörghofer. Costumes : Margit Koppendorfer. Lumières : Hartmut Schörghofer et Katharina Harden. Avec Johannes Chum, Clisthène ; Kateřina Kněžiková, Aristée ; Tehina Nini Goldstein, Lisidas ; Sophie Harmsen, Argène ; Raffaella Milanesi, Mégaclès ; Krystian Adam, Aminthe ; Helena Kaupová, Alcandre. Orchestre Collegium 1704. Direction musicale : Václav Luks

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