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David et Jonathas à Aix

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Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) : David et Jonathas, tragédie en musique en un prologue et cinq actes (1688). Livret du Père Françoise de Paule Bretonneau. Mise en scène : Andreas Homoki. Scénographie : Paul Zolller. Costumes : Gideon Davey. Lumières : Franck Evin. Avec : Pascal Charbonneau, David ; Ana Quintans, Jonathan ; Neal Davies, Saül ; Frédéric Caton, Achis ; Krešimir Špicer, Joabel ; Dominique Visse, La Pythonisse ; Pierre Bessière, L’Ombre de Samuel. Les Arts Florissants, direction : William Christie. Réalisation : Stéphane Metge. Enregistré en juillet 2012 au Festival d’Aix-en-Provence. Sous-titrage en anglais, français, allemand et espagnol. 1 DVD. BelAir Classics BAC093. Code-barre : 3760115 300934. Format image : 1DVD9 NTSC,16 :9. Format son : PCM Stereo, 5.1 Dolby Digital. Zone 0. Durée totale : 130’

 

Le spectacle aixois avait de toute évidence exaspéré notre collègue. On pouvait en effet sourciller devant l’arrière-plan grossièrement psychanalytique de la lecture d’, lequel tente maladroitement d’expliquer la situation conflictuelle présente par des retours bien inutiles dans le passé. Il est vrai que les scènes montrant David en Jonathan enfants n’éclairent en rien l’œuvre, et que le contexte vaguement judéo-palestinien qui semble informer la mise en scène – à moins qu’il ne s’agisse de la guerre en Bosnie… – ne constitue guère un enrichissement du texte biblique. La situation générale n’en paraît en tout cas que plus confuse. Le retour de l’épouse de Saül, décédée d’un arrêt cardiaque (!!!), sous les traits de la pythonisse reste aussi inexplicable qu’incohérent et, reconnaissons-le, parfaitement ridicule. , pourtant habitué des rôles comiques, parvient miraculeusement, autant par la qualité de son chant que par la sobriété de son jeu, à éviter le désastre.

On aurait tort cependant de rejeter entièrement ce spectacle, contestable par certaines choix de transposition mais intrinsèquement convaincant dans son rythme dramatique et dans sa fluidité scénique. Le décor modulable, fait de caissons de bois coulissant en largeur et en hauteur qui découpe et redessine l’espace en tableaux vivants, paraît parfaitement adapté au déroulement dramatique de l’œuvre. Permettant de suggérer tour à tour l’ouverture au monde extérieur ou au contraire l’enfermement maximal, ces tableaux épousent, dans cette oscillation permanente entre le domaine public et la sphère privée, les rythmes d’une action essentiellement composée d’une juxtaposition de scènes dont on pourrait penser a priori qu’elles sont décousues, et qui se trouvent habilement reliées entre elles par un tel dispositif scénique. La captation vidéo et la succession des plans permet également d’apprécier l’extraordinaire direction d’acteurs, autant pour les rôles solistes que pour les membres du chœur, parfaitement individualisés. On pourra donc contester certains partis-pris de la mise en scène, mais nul ne serait mettre en doute l’investissement total de tous les participants du drame. Sur le plan scénique, chacun mérite amplement sa part d’éloges, à commencer bien sûr par les solistes, particulièrement sollicités.

On reste béat d’admiration devant l’extraordinaire prestation de , David beau et viril, absolument épatant sur plans scénique et vocal. Grâce à son authentique timbre de haute-contre et surtout à sa technique exemplaire, il ne fait qu’une bouchée de la tessiture meurtrière d’un rôle qui serait accessible, avec un diapason légèrement plus élevé, à une voix de contreténor (Gérard Lesne avait ainsi été le protagoniste de l’enregistrement discographie autrefois dirigé par ). Scéniquement, est presque aussi convaincante en Jonathan. Si sa voix paraît encore un peu verte, même pour un rôle de jeune adolescent, la jeune chanteuse n’en délivre pas moins un fort émouvant « A-t-on jamais souffert une plus rude peine » à la scène 3 du quatrième acte. et sont eux aussi excellents dans leur rôle de chef de tribu, le second brillant tout particulièrement, pour un chanteur anglophone, par la qualité de son français.

Mais ce qui donne avant tout de la force et de la cohérence à ce spectacle, c’est bien évidemment la fabuleuse direction de à la tête de ses Arts Florissants. On a pu critiquer dans le passé une certaine raideur chez Purcell, ou même un soupçon de monotonie chez Haendel. Dans le répertoire français, et chez Charpentier en particulièrement, force est de constater que Christie est véritablement dans son élément, et nul autre que lui ne saura jamais trouver ce mélange de dignité et de passion retenue, tout l’art de la rhétorique baroque. L’art de maintenir le feu sous la braise, en évitant sagement que l’embrasement n’emporte tout sur son passage. Si la mise en scène peut ainsi être critiquable pour certaines de ses options, gageons que la partie musicale saura combler l’auditeur le plus exigeant.

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Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) : David et Jonathas, tragédie en musique en un prologue et cinq actes (1688). Livret du Père Françoise de Paule Bretonneau. Mise en scène : Andreas Homoki. Scénographie : Paul Zolller. Costumes : Gideon Davey. Lumières : Franck Evin. Avec : Pascal Charbonneau, David ; Ana Quintans, Jonathan ; Neal Davies, Saül ; Frédéric Caton, Achis ; Krešimir Špicer, Joabel ; Dominique Visse, La Pythonisse ; Pierre Bessière, L’Ombre de Samuel. Les Arts Florissants, direction : William Christie. Réalisation : Stéphane Metge. Enregistré en juillet 2012 au Festival d’Aix-en-Provence. Sous-titrage en anglais, français, allemand et espagnol. 1 DVD. BelAir Classics BAC093. Code-barre : 3760115 300934. Format image : 1DVD9 NTSC,16 :9. Format son : PCM Stereo, 5.1 Dolby Digital. Zone 0. Durée totale : 130’

 
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