Metz : Fantômatique Traviata

La Scène, Opéra, Opéras

Metz. Opéra-Théâtre de Metz Métropole. 18-VI-2013. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opéra en quatre parties (1853) sur un livret de Francesco Maria Piave, d’après La Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas fils. Mise en scène : Paul-Émile Fourny. Scénographie : Poppi Ranchetti. Costumes : Giovanna Fiorentini. Lumières : Patrice Willaume. Conception vidéo : Tommy Laszlo. Chorégraphie : Laurence Bolsigner. Avec : Nathalie Manfrino, Violetta Valéry ; Antonio Gandia, Alfredo Germont ; Olivier Grand, Giorgio Germont ; Patricia Fernandez, Flora Bervoix ; Sylvie Bichebois, Annina ; Alain Herriau, Docteur Granville ; Yvan Reyberol, Gastone de Letorières ; Romain Dayez, Baron Douphol ; Patrice Moll, Le marquis ; Julien Belle, Le commissaire ; Jean-Sébastien Frantz, Le domestique. Choeur de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole (chef des chœurs : Jean-Pierre Aniorte). Ballet de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole. Orchestre national de Lorraine, direction : Jari Hämäläinen.

Joué dans un décor unique aux tons gris, bleu et beige pastels, rendu plus flou encore par l’utilisation de tulles et de voilages, le spectacle mis en scène par Paul-Emile Fourny présente du chef d’œuvre de Verdi une vision fantomatique, dictée par un souci de faire de l’ouvrage une allégorie de la mort et de la solitude.

Des personnages anonymes évoluent mystérieusement dans un ailleurs fantasmé, soit emprisonnés dans un trumeau (le double souffrant de Violetta), soit en silhouette ou en ombre chinoise dans des espaces extérieurs qui prolongent le regard du spectateur au-delà du visible. On ne peut qu’être sensible à la beauté du décor, un élégant intérieur de style classique revisité selon les canons de l’esthétique Napoléon III, embelli de surcroît par des projections-vidéo qui elles aussi prolongent l’imaginaire du spectateur, notamment aux deuxième et quatrième tableaux quand des mouvements de nuages s’impriment sur les murs de l’intérieur de Violetta. Les costumes, fidèles à l’époque de la création de l’ouvrage, sont eux aussi très réussis, et il en est de même des coiffures et des maquillages cireux de Jorge Munoz-Cancino, qui figent les personnages du drame dans leur solitude et dans leur aliénation. De cet univers glauque et empêtré dans ses conventions, seuls se détachent Violetta et Alfredo, authentiques personnages qui tentent coûte que coûte de vivre une relation sincère dans un univers cruel, glacial et mortifère.

Si l’on ne saurait nier la beauté intrinsèque de l’élément visuel, la direction d’acteur laisse en revanche le spectateur quelque peu sur sa faim. Certes, on apprécie le plus souvent le rythme lent de la gestuelle, et notamment les longues phases de silence et de pénombre dans la transition entre les différents tableaux. Il n’en reste pas moins que le statisme de certaines scènes éminemment « théâtrales » reste déroutant, comme cela est le cas par exemple pour la scène où Alfredo « paie » Violetta devant un chœur littéralement figé et placé en retrait. Dans un tel contexte, le ballet du troisième tableau paraît lui aussi vide de sens, alors même que la plupart des mises en scène dites contemporaines tentent généralement de l’intégrer à la trame dramatique. Les scènes d’intimité sont en revanche bien plus réussies, nous dotant par exemple de très émouvants deuxième et quatrième tableaux.

La réalisation musicale du spectacle est dans l’ensemble honorable. Les rôles secondaires sont globalement plutôt bien tenus, et aucun des trois protagonistes ne démérite véritablement. Sans doute en-deçà de ses partenaires est le baryton Olivier Grand, à la recherche de ses aigus et surtout d’une ligne de chant qui ne permet pas de faire de lui, à l’heure actuelle, un grand Germont. Le ténor espagnol , s’il possède encore quelque soleil dans la voix, souffre quant à lui d’une technique approximative qui l’empêche de rendre pleinement justice à la musicalité du rôle d’Alfredo. Il en a néanmoins la puissance et la tessiture, ce qui n’est déjà pas si mal. aborde quant à elle le rôle emblématique de la courtisane conçue par Dumas et Verdi avec des moyens vocaux en rien exceptionnels, mais un certain nombre de qualités qui contribuent à faire d’elle une Violetta sur laquelle il faudra désormais compter. « Sempre libera » la montre à la limite de ses possibilités vocales, même si elle s’en sort dignement. Le deuxième acte est sans doute celui qui lui convient le mieux, lui donnant notamment l’occasion de faire valoir un beau médium, des subtiles demi-teintes et des phrasés dignes des plus grandes. Au quatrième acte, elle ne résiste pas à la tentation de pousser quelques sanglots intempestifs ou de se livrer à d’autres effets douteux qui n’ajoutent rien à l’émotion que suscite généralement son chant plutôt soigné et raffiné. Le vibrato, parfois gênant sur les enregistrements discographiques, paraît en live parfaitement contrôlé. En somme, une belle Violetta qui fait honneur à la scène française, même si l’on n’y retrouve pas toutes les qualités de la grande star internationale que certains média essaient encore de fabriquer.

Dans un ouvrage où il n’y a pas grand-chose à faire, du moins pour un opéra de Verdi, le chœur de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole a donné toute satisfaction, malgré quelques décalages au premier acte. La direction orchestrale du chef finlandais fait valoir habilement tous les contrastes de la partition. Tonitruant – voire vulgaire – au premier acte, l’orchestre fait valoir par la suite les subtilités instrumentales de l’écriture musicale du jeune Verdi. Finalement, une soirée plaisante et stimulante à bien des égards, même s’il ne s’agira sans doute pas de LA Traviata du bicentenaire.

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