Récital Nicholas Angelich : ascétisme et éclat

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris, Théâtre des Champs-Elysées, 11-VI-2013. Maurice Ravel (1875-1937) : Miroirs – Oiseaux tristes, Alborada del gracioso, La Vallée des cloches ; Valses nobles et sentimentales ; La Valse ; Modeste Moussorgski (1839-1881) : Tableaux d’une exposition. Nicholas Angelich, piano.

La saison 2012-13 du « piano aux Champs-Elysées » s’est refermée dans une rare intensité avec le récital de . « Soliste instrumental de l’année » aux Victoires de la Musique Classique de cette année, le pianiste américain renforce plus que jamais sa place dans le paysage musical français. Et ce récital l’a montré, avec notamment des œuvres de Ravel.

Au début de la première parie, dans Miroirs et les Valses nobles et sentimentales, son expression, mais aussi le tempo de chaque morceau, sont relativement retenus. Ainsi, excepté quelques moments vifs et animés, une douce frustration gagne ; ce n’est pas une indigestion, mais quelque chose qui reste en état latent, de manière presque ascétique. On le ressent déjà dans « La vallée des cloches » du Miroirs, mais au fil des Valses nobles et sentimentales – son jeu est certes noble mais jamais sentimental – cette impression se confirme, malgré l’exceptionnelle beauté de son interprétation et la clarté de la sonorité « blanche », comparable aux statues grecques de marbre, à une proportion parfaite. Nous étions en train de chercher ce que peut provoquer cette petite grogne lorsque arrive La Valse, éclatante, en un véritable festival de couleurs. Là, toutes les frustrations s’évanouissent, à travers ce changement de tempo flagrant à chaque pièce, et ce gigantesque crescendo progressif tout au long de l’opus, qui aboutit au dénouement de la fin. Cependant, même au point culminant, l’artiste ne s’emporte jamais, il n’y a donc aucun « débordement ». Tous les effets semblent avoir été calculés, mais ces effets sont tellement justes que la musique coule avec un grand naturel. Et c’est certainement là la marque de fabrique de ce grand pianiste.

Dans la deuxième partie, on retrouve des tempos retenus dans les Tableaux d’une exposition. De temps à autre, par la manipulation subtile de la pédale droite, il créé, volontairement ou non, une sorte d’effet spectral, qui fait sonner certaines pièces par un éclairage tout à fait nouveau. Aussi est-il l’un des pianistes les plus originaux, par une interprétation extrêmement cadrée, sans qu’il ne soit nécessaire de se faire remarquer par une singularité. En bis, le « menuet » de la Sonatine de Ravel, comme un dessert frais et léger après un repas copieux.

Crédit photographique : © Stéphane de Bourgies

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