Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

A Royaumont : Timbre, espace et résonance

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Royaumont. 08-IX-2013. Abbaye.
Concert de 15h: Dariusz Przybylski (né en1984): Chamber Concerto pour ensemble; Brigitta Muntendorf (née en 1982): Missing T pour ensemble; Benjamin Scheuer (né en 1987): Absurde Apparate pour ensemble; Adi Snir (né en 1987): NonEntity pour ensemble; Andys Skordis (né en 1983) An empty something…something empty… pour ensemble; International Ensemble Modern Académie (IEMA); direction, Vimbayi Kaziboni et Lucas Vis.
Concert de 17h: Dieter Ammann (né en 1962): Violation pour violoncelle et ensemble; Xavier Dayer (né en 1972): La plus belle des soies choisies se fane et dépérit pour soprano, violon solo et ensemble. Hanspeter Kyburz (né en 1960): Cells pour saxophone solo et ensemble; Eric Gaudibert (1936-2012): Gong pour piano concertant et ensemble. Hélène Walter, soprano; Julien Lapeyre, violon; Karolina Öhman, violoncelle; Antoine Françoise, piano; Pierre-Stéphane Meugé, saxophone. Namascae Lemanic Modern Ensemble; William Blank, direction.

gongsetsoies (a) isabelle meisterLes concerts de Royaumont débutent toujours en extérieur, avec l’expérience chaque année renouvelée de l’Electro-Cloître qui invite petits et grands à une déambulation toute en surprise et rebondissements sonores. C’est le compositeur barcelonais Daniel Figols I Cuevas, stagiaire de la session de composition 2009, qui cette année sonorise les lieux par le biais d’un programme informatique interactif générant la musique selon la position occupée par le visiteur. Dans Espace-Contrespace, le promeneur est aussi l’interprète d’une oeuvre qui s’écrit en temps réel et fait fluctuer de manière spectaculaire les distances entre le proche et le lointain.

Le premier concert, sous les charpentes, accueillait l’IEMA (Internationale Ensemble Moderne Académie), un collectif de jeunes compositeurs/interprètes créé en 2003 dans la continuité de l’action menée par l’ de Frankfort en direction de la musique d’aujourd’hui. Parmi les 5 compositeurs inscrits au programme, deux d’entre eux ont été étudiants de la 22ème session (2012) de composition Voix nouvelles à Royaumont: l’allemand Benjamin Scheuer d’abord, qui allie surprise et plaisir de l’écoute dans Absurde apparate, en colorant son espace de jeu de sonorités inhabituelles (piano-jouet, sonnettes, mégaphone…) au sein d’une écriture au demeurant bien maîtrisée. Présent lui aussi à Royaumont l’année dernière, le jeune israélien Adi Snir dans NonEntity (part I) fait naitre un univers bruité, fragmentaire et énigmatique dont il détaille chaque entité sonore qu’il juxtapose plutôt qu’il n’articule. Si Chamber Concerto du polonais Dariusz Przybylski, gorgé de rythme et d’énergie, charrie un matériau un rien composite qui nuit à l’unité formelle, Missing T de la compositrice allemande Brigitte Muntendorf se distingue par l’économie du matériau et l’efficacité du processus qui le transforme à mesure. Andys Skordis, compositeur chypriote, nous conduisait quant à lui de l’incantation à la jubilation dans An empty something…something empty…, une pièce tout en rebondissement où la percussion musclée déclenche une sorte de batucada déjantée mêlée d’échos contestataires.

et Vimbayi Kaziboni se relayaient dans la direction d’un ensemble de très bonne tenue dont on appréciait l’engagement et la qualité des couleurs instrumentales.

Namascae Lemanic Modern Ensemble avec Hélène WalterLe concert de 17h, dans le Réfectoire, nous faisait découvrir un ensemble suisse encore peu connu en France même s’il jouit déjà d’une renommée en terre helvétique. Le Namascae fondé en 2005 est en fait une phalange transfrontalière puisqu’il est soutenu financièrement par la ville d’Anemasse et occupe la place d’ensemble en résidence au sein de la programmation de la scène Rhône-Alpes Château Rouge depuis cinq ans. Sous la direction du chef suisse William Blank, il proposait ce soir un programme d’une densité rare autour de la création suisse, avec quatre pièces concertantes et autant de révélations quant aux oeuvres et aux interprètes qui les jouaient. La violoncelliste suédoise Karolina Ölman investissait la scène aux côtés des instrumentistes de l’Ensemble dans Violation de , une pièce à l’écriture extrêmement ciselée et aux arrêtes vives où circule une tension énergétique que le compositeur puise au domaine du jazz qu’il a pratiqué. On est tout à la fois séduit par l’autorité du jeu de la violoncelliste et le rapport interactif qui s’instaure avec l’ensemble d’une remarquable efficacité.

La plus belle des soies choisies se fane et dépérit de convoquait ensuite la soprano et le violoniste Julien Lapeyre sur le devant de la scène. Le titre est extrait du livret d’Alain Perroux sur lequel le compositeur a écrit son opéra de chambre Les contes de la lune vague après la pluie, commande de Royaumont et création à venir. ajoute ici la partie de violon solo qui semble commenter voire réfléchir la voix de la soprano dans un ensemble pénétrant dont les deux solistes très investis entretenaient la tension dramaturgique.

Une pause à mi-concert s’imposait pour laisser à le temps d’installer les quatre saxophones requis pour l’exécution de Cells, une pièce éblouissante de , tant par la virtuosité qu’elle déploie sur l’instrument soliste que par l’aura qu’elle crée autour de lui. Le passage du saxophone soprano très volubile, à l’alto puis au baryton, sollicitant le souffle continu de l’interprète, renouvelle d’autant le contexte sonore, les membres de l’ensemble délaissant peu à peu leurs instruments au profit de petites percussions, dans une ambiance minérale et intimiste très étrange. Terminant avec le saxophone ténor, , infatigable, réinstaurait le fluide extaordinaire qui circulait entre le saxophone et l’ensemble, à la faveur d’une direction aussi précise qu’efficace de William Blank.

Gong , la dernière pièce du concert, sonnait avec une intensité tout à fait particulière. , se sachant condamné, l’écrit 3 mois avant sa mort; il fut le professeur de composition de Xavier Dayer au Conservatoire supérieur de musique de Genève où il a enseigné de 1999 à 2004. Dans Gong, l’ensemble instrumental – essentiellement des vents – joue debout; le pianiste est dos au public, déchargeant une violence inouïe sur la peau d’une grosse caisse à sa gauche et un jeu de crotales à sa droite, deux instruments transgressant les limites graves-aigus du clavier. Aux clusters du piano sollicitant davantage les paumes et les avant-bras du soliste – fulgurant Antoine Françoise, ici performer autant que pianiste – font écho les sons fendus de la clarinette et la distorsion des sonorités de cuivre. Au sommet de cette trajectoire catastrophe, l’appartion du violon et de l’alto en fond de scène, dans le quasi silence et un temps suspendu, laissait sans voix.

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Royaumont. 08-IX-2013. Abbaye.
Concert de 15h: Dariusz Przybylski (né en1984): Chamber Concerto pour ensemble; Brigitta Muntendorf (née en 1982): Missing T pour ensemble; Benjamin Scheuer (né en 1987): Absurde Apparate pour ensemble; Adi Snir (né en 1987): NonEntity pour ensemble; Andys Skordis (né en 1983) An empty something…something empty… pour ensemble; International Ensemble Modern Académie (IEMA); direction, Vimbayi Kaziboni et Lucas Vis.
Concert de 17h: Dieter Ammann (né en 1962): Violation pour violoncelle et ensemble; Xavier Dayer (né en 1972): La plus belle des soies choisies se fane et dépérit pour soprano, violon solo et ensemble. Hanspeter Kyburz (né en 1960): Cells pour saxophone solo et ensemble; Eric Gaudibert (1936-2012): Gong pour piano concertant et ensemble. Hélène Walter, soprano; Julien Lapeyre, violon; Karolina Öhman, violoncelle; Antoine Françoise, piano; Pierre-Stéphane Meugé, saxophone. Namascae Lemanic Modern Ensemble; William Blank, direction.

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