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Ouverture hors norme pour les 30 ans de Musica

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Strasbourg. Palais de la musique et des Congrès.20-IX-2013. Marc Monnet (né en 1947): mouvement, imprévu, et… pour orchestre, violon et autres machins (CM); Yann Robin (né en 1974): Monumenta pour grand orchestre (CM). Georg-Friedrich Haas (né en 1953): Limited approximation pour six pianos et orchestre. Tedi Papavrami, violon. Klaus Steffes-Holländer, Pi-Hsien Chen, Florian Hoelscher, julia Vogelsänger, Akiko Okabe, Christoph Grund, pianos. Orchestre symphonique de la SWR de Baden-Baden et Fribourg-en-Brisgau; direction François-Xavier Roth

fx roth (c) jp gilsonMusica fête ses trente ans; et pour cette édition spéciale, a concocté une programmation ambitieuse et foisonnante: en invitant les ensembles – Accroche-Note, Intercontemporain, Linea, Recherche… – et les personnalités – Pierre Boulez, Pascal Dusapin, Philippe Manoury… – qui accompagnent le Festival depuis sa création. Mais cette année, place est faite également à l’art radiophonique et à la musique concrète avec la présence attendue de Pierre Henry pour le remix de sa mythique Tour de Babel et la relecture de Messe pour le temps présent. Sur le plateau du Palais de la Musique enfin, ponctuant les trois week-end du Festival, se succèderont trois grands orchestres symphoniques allemands et voisins (Baden-Baden und Freiburg, Stuttgart et Köln) dans des programmes de création très alléchants qui accueilleront plusieurs générations de compositeurs.

En présence de la Ministre de la Culture, qui venait de remettre à la Légion d’honneur, le concert d’ouverture mobilisait sur scène quelques cent musiciens, ceux de l’, partenaire fidèle de Musica, qui était placé sous la direction de leur chef permanent . Ils avaient en charge les deux créations mondiales et commandes d’état de et , se confrontant ici au très gros orchestre, et la création française du compositeur autrichien Georg-Friedrich Haas.

De , et en dépit du titre en mode dérision, mouvement, imprévus, et… pour orchestre, violon et autres machins, c’est bien un concerto pour violon que l’on entendait, sous l’archet impérieux et la sonorité rayonnante du violoniste albanais . Certes, Monnet contourne le genre et préfère « déconcerter », comme il le précise dans le journal de l’oeuvre publié en guise de note d’intention. Avec une machine à vent participant du spectacle et autres appeaux joués par les instrumentistes, l’orchestre chez Monnet est toujours coloré, riche de trouvailles sonores et d’alliages imprévus, même si le gros effectif ne joue pas ici en sa faveur. Le soliste intervient d’abord en alternance puis se frotte plus directement à la masse orchestrale, tout en gardant son geste altier et son indépendance virtuose. Dans une forme en arche plutôt sage, le concerto, écrit d’un seul tenant, s’ouvre et se referme par un long solo en guise de cadence que Monnet ponctue par un son de violon farouchement saturé. « J’ai envie de plaisir, d’élan, de quelque chose qui ne s’attend pas » nous confie le compositeur. Et c’est bien, en somme, ce à quoi il nous conviait ce soir.

yann robin © Camille RouxAprès Inferno pour grand orchestre et électronique, récidive avec Monumenta, une pièce dont le titre (et le format de la partition) renseigne d’emblée sur les proportions et l’envergure souhaitées. Yann Robin officie cette fois « à mains nues », à savoir sans l’électronique qui, dans Inferno, relayait et surtout projetait dans l’espace les masses bruiteuses qu’il aime générer avec son orchestre. C’est sans doute ce qui nous a manqué ce soir; le compositeur pousse jusqu’aux limites des possibilités instrumentales une écriture comptant parfois 95 parties réelles mais sans jamais atteindre la puissance et l’impact sonore des masses qui se confrontent; et malgré le geste infaillible de qui galvanise un orchestre superbement investi, l’oeuvre peine à « décoller » et ne maintient pas la tension de l’écoute, n’était cette très belle coda combinant le souffle des vents aux nappes presque silencieuses des cordes, dans une fusion de timbre très singulière et (enfin!) une maîtrise de l’espace ici démultiplié.

Les six pianos à queue investissant la scène, devant un orchestre excluant cette fois la percussion, offraient en seconde partie un dispositif des plus atypique. Limited approximations du compositeur autrichien , entendue en France pour la première fois, a été créée par ce même orchestre au festival de Donauschingen en 2010 et a reçu le grand prix de composition de la SWR. Avec ses six pianos à queue accordés au douzième de ton, il s’agit pour Haas d’approcher le plus finement possible la « justesse » du spectre harmonique naturel en variant constamment la perception du phénomène acoustique. La musique évolue par vagues, dans une texture micro-intervallique très chatoyante et un travail original sur la matière élaborée par les pianos et relayée par les pupitres de l’orchestre. Le flux sonore est plus ou moins puissant et nous immerge dans un halo de sonorités réverbérantes et floutées, et des trajectoires de sons paradoxaux tout à fait fascinants.

On reste sidéré par les qualités d’un orchestre abordant avec autant de souplesse et de réactivité des oeuvres aussi diverses que celles du concert. Maître d’oeuvre impressionnant de cette soirée prestigieuse, François-Xavier Roth prenait la parole après les applaudissements pour soutenir en des termes très chaleureux un orchestre menacé de disparition puisque le  doit fusionner en 2016 avec l’Orchestre Symphonique de la Radio de Stuttgart.

Photos : François-Xavier Roth © Jean-Pierre Gilson ; Yann Robin © www.yannrobin.com

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