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Festival de Besançon : deux orchestres pour un Sacre

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Besançon. Théâtre. 24-IX-2013. Igor Stravinsky (1882-1971) : Trois pièces pour clarinette solo ; Suite de l’Histoire du Soldat ; Le Sacre du Printemps. Maurice Ravel (1875-1937) : Boléro. Orchestre Victor Hugo Franche-Comté, Orchestre de l’Opéra de Rouen Haute-Normandie, direction : Jean-François Verdier

jfverdier (c) ville de BesançonOn ne pouvait regretter que deux choses hier soir au Théâtre de Besançon. D’une part un déséquilibre entre les deux parties du concert, déséquilibre temporel – une première partie d’à peine 30 minutes suivie d’une seconde de près d’une heure – et  que l’acoustique de la salle ne rendait pas justice au volume sonore des morceaux. En même temps, une logique s’y développait : centrée sur le Stravinsky des années 10, les compositions marquent le passage d’un solo de clarinette aux 100 musiciens du Sacre. Après les Trois Pièces pour clarinette seule  vient L’Histoire du soldat, sans texte. Ce choix ne donnait qu’un aperçu du contenu théâtro-musical truculent recréé par l’auteur. Globalement, un penchant plus cuivré que boisé s’y dégageait, mais le discours avançait bien, dans sa rigueur rythmique, dans son ouverture vers le parodique maîtrisé. Mais c’était autre chose pour lequel on s’était donné rendes-vous si nombreux ce soir.

OVHFCL’énorme effectif du Sacre du printemps, avec ses bois par cinq, ses huit cors, ses cinq trompettes, ses deux tubas et sa percussion abondante ne pouvait être supporté par le seul . Aussi, lui a-t-il réuni pour l’occasion les musiciens de l’Orchestre de l’Opéra de Rouen Haute-Normandie afin d’arriver à l’effectif souhaité d’une centaine d’exécutants.

Le résultat obtenu fut à la hauteur de l’audace de l’initiative, assez rare pour être mentionnée. Des multiples possibilités expressives fournies par cette partition, s’est positionné comme un chef laissant à la fois une certaine liberté aux solistes sans les enfermer dans une battue contraignante et comme un meneur rigoureux mais jamais froidement métrique. Souplesse et rigueur formaient une approche soudée par des intentions coloristes sans agressivité inutile. On entendait tout dans ce Sacre, le grondement râpeux des contrebasses divisées des Rondes printanières, les fusées des cordes dans le prestissimo de la Danse de la Terre, les harmoniques diaphanes du violon solo du Sacrifice, le velouté de la flûte alto de l’Action rituelle des ancêtres. Les formidables coups de boutoirs et les envolées de la percussion naissaient de l’intérieur de la direction et non plaquées gratuitement pour faire du bruit. Le tout avec cette art de lâcher ou de reprendre la bride aux meilleurs moments. Obéissant par instants à l’approche chorégraphique que l’on peut lui trouver, Jean-François Verdier n’abusait pas du paganisme accolé au titre de l’œuvre. Ni trop ni trop peu, cette approche réconcilia tout le monde dans un Théâtre presque plein pour un enthousiasme collectif mérité, très loin du scandale, il y a cent ans, qu’elle a provoquée.

Pour finir, perçu avec humour par le chef, un bis énorme : le Boléro de Ravel. La gageure est pourtant, en dehors de la performance solistique, de monter le crescendo sans failles et de faire qu’à un moment la tête vous tourne sans pouvoir vous échapper de la fixation sonore qui vous empare. C’est toujours la même histoire avec cette œuvre : on n’y croit plus et à chaque fois, ça marche ! L’intensité contenue explosa dans le public à la seconde même de l’arrêt de la musique, preuve que la prise en otage des oreilles pour une hypnose collective avait réussi une fois de plus !

Crédit photographique : Jean-François Verdier © Ludovic LAUDE

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