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La Cenerentola à Metz dominée par Armando Noguera

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Metz. Opéra-Théâtre de Metz Métropole. 18-VI-2013. Gioachino Rossinii (1792-1868) : La Cenerentola, drama giocoso en deux actes (1817) sur un livret de Jacopo Ferretti. Mise en scène, scénographie et costumes : Louis Désiré. Lumières : Patrick Méeüs. Avec : Anna Destraël, Angelina ; Yuri Kissin, Don Magnifico ; David Alegret, Don Ramiro ; Armando Noguera, Dandini ; Laurent Arcaro, Alidoro ; Eduarda Melo, Clorinda ; Hagar Sharvit, Tisbe. Chœur d’Hommes de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole (chef des chœurs : Nathalie Marmeuse). Orchestre de l’Opéra de Reims, direction : José Miguel Pérez-Sierra.

La Cenerentola 79 © Philippe Gisselbrecht - Metz MétropoleSait-on à quoi rêvent les jeunes filles ? À cette question, le metteur en scène apporte une réponse claire et sans ambiguïté, mais sans grande originalité non plus.

Autant la scénographie que la direction d’acteurs reposent sur ce concept limpide, qui nous montre l’imperturbable Cendrillon cheminer, par la force et la sincérité de son désir, vers son destin de princesse. La paire de chaussures posée sur le devant de la scène dès les premières mesures de l’ouverture nous rappelle, s’il en était besoin, que dès le commencement l’être magique était déjà en devenir, et que c’est par les fées de son âme que Cendrillon pourra enfin devenir, dans la vie réelle, la princesse qu’elle a toujours été dans son cœur. Le plateau est ainsi jonché de couvertures défraîchies de magazines « people » façon Point de vue : images du monde, dont le titre italianisé évoque autant la première phrase d’un conte – « C’era una volta… » – que l’air que chante Cendrillon au premier acte. Certains s’amuseront à reconnaître au passage les photos de célèbres mariages royaux, d’autres s’attristeront de voir Cendrillon finir seule sur le plateau, unie certes à son âme, mais éloignée du Prince Charmant qui a habité ses rêves.

La mise en scène serait sans doute plus crédible si le plateau n’était à ce point encombré de gags et d’objets qui détournent l’attention, nuisant autant à la cohérence de la direction d’acteurs qu’à la clarté du propos. À la laideur de ce qui est sans doute censé figurer au départ le carrosse de Cendrillon – un encombrante structure de verre et d’acier en forme d’araignée – fait écho le redoutable feu de braises électrique qui pour certains évoquera l’Angleterre des années 1970. On pourra en revanche trouver cocasses les six figurants chargés d’incarner les fées de l’âme de Cendrillon, apparitions loufoques et décalées, plus « camp » que véritablement « queer », dont la couronne juchée sur le sommet du crâne a sans doute pour fonction d’annoncer, dès lors que le haut-de-forme est retiré, le destin royal de l’héroïne. De ce fourmillement frénétique incessant, sans doute conçu pour un plateau plus large que celui de l’Opéra-théâtre de Metz, naît une certaine lassitude, pour ne pas dire une franche irritation.

Fort heureusement, la restitution musicale rend au spectacle la cohérence qui lui fait défaut scéniquement, et si aucun des protagonistes ne brille particulièrement dans les airs qui lui sont dévolus, les redoutables ensembles sont parfaitement mis en place, preuve de l’engagement sans faille d’une équipe vocale et musicale véritablement soudée. Le seul point vraiment faible de la distribution est l’Alidoro quelque peu engorgé de la jeune basse Laurent Arcaro, à côté duquel les deux sœurs, dans leur rôle impitoyablement ingrat de chipie, font bien meilleure figure vocale. Le meilleur élément du plateau est sans aucun doute le Dandini souple et ferme d’, chanteur déjà remarqué dans ce même théâtre dans un autre rôle belcantiste, Don Alvaro du Viaggio a Reims. À ses côtés, campe un Magnifico convaincant et bien chantant, bien loin des basses caverneuses et vieillissantes que l’on distribue généralement dans ce rôle. Certains pourront trouver excessivement nasillard le tenore di grazia du Catalan , mais il a tout de même le mérite de tenir la ligne d’une partie écrite dans une tessiture plutôt ingrate ; tout le monde ne peut pas être Juan Diego Florez… La prometteuse , enfin, est une Angelina de belle tenue à qui il faudra encore, si elle veut se comparer aux grandes mezzo colorature qui l’ont précédée dans un tel rôle, affermir et arrondir ses aigus et surtout contrôler un vibrato qui, dans le bas de la voix, et dans ce type de vocalisation belcantiste, devient très vite envahissant. En tout cas, une chanteuse à suivre…

Si le Chœur d’Hommes de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole était tout à fait la hauteur de la situation, l’Orchestre de l’Opéra de Reims a montré une certaine lourdeur. Malgré cela, la direction précise mais sans grâce de aura permis d’éviter les décalages que l’on peut généralement craindre dans un ouvrage de ce type. En somme, un spectacle honorable, plus convaincant musicalement que sur le plan scénique.

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Metz. Opéra-Théâtre de Metz Métropole. 18-VI-2013. Gioachino Rossinii (1792-1868) : La Cenerentola, drama giocoso en deux actes (1817) sur un livret de Jacopo Ferretti. Mise en scène, scénographie et costumes : Louis Désiré. Lumières : Patrick Méeüs. Avec : Anna Destraël, Angelina ; Yuri Kissin, Don Magnifico ; David Alegret, Don Ramiro ; Armando Noguera, Dandini ; Laurent Arcaro, Alidoro ; Eduarda Melo, Clorinda ; Hagar Sharvit, Tisbe. Chœur d’Hommes de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole (chef des chœurs : Nathalie Marmeuse). Orchestre de l’Opéra de Reims, direction : José Miguel Pérez-Sierra.

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