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Le Quintette à cordes de Mantovani en création mondiale

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Paris. Auditorium du Louvre. 11-X-2013. Bruno Mantovani (né en 1974): Quintette à cordes (CM); Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791): Quintette à cordes n°3 en sol mineur K.516. Antoine Tamestit, alto; Quatuor Ebène: Pierre Colombet, Gabriel Le Magadure, violons; Mathieu Herzog, alto; Raphaël Merlin, violoncelle.

Bruno_Mantovan© C Daguet  Editions Henry LemoineAjouter l’excellence à l’excellence, voilà qui avait de quoi motiver le public de l’Auditorium du Louvre qui faisait salle comble lors d’une soirée particulièrement réussie où le compositeur et chef d’orchestre , aujourd’hui à la tête du CNSM de Paris, coudoyait Mozart dans un programme qui mettait à l’affiche la création mondiale de son Quintette à cordes.

Côté interprètes, le fabuleux altiste , familier de l’écriture mantovanienne puisqu’il a créé son Concerto pour deux altos aux côtés de Tabea Zimmermann en 2009, intégrait les rangs du Quatuor Ebène qui, ce soir encore, éblouissait par la qualité de son jeu et son aisance, très rare, à exceller dans tous les styles.

Pas de répit ce soir pour ces cinq jeunes trublions de l’archet qui débutaient le concert par la création très attendue de . La pièce est écrite d’un seul tenant et dure une vingtaine de minutes; elle met à l’oeuvre le geste virtuose et fulgurant d’un compositeur familier de la matière des cordes à travers laquelle il fait circuler l’énergie et opère des mouvements de tension extrême. Les cinq archets sont souvent solidaires et particulièrement actifs dans l’élaboration de textures mouvantes qui se déploient dans l’espace de manière spectaculaire. Mais la dramaturgie qui préside à la conduite formelle dès le début de la partition ménage, sous les trémolos/vibrations du violoncelle de Raphaël Merlin, des plages suspensives d’un impact émotionnel très fort. Elles nous immergent dans un temps autre, celui des parties solistes notamment, comme cette joute sonore des deux altistes –  Mathieu Herzog et très fusionnels – qui s’engouffrent dans une spirale de virtuosité vertigineuse. Sans jamais altérer le souffle de cette pièce éblouissante, Mantovani choisit de terminer son Quintette à cordes dans l’élan, une manière toujours saisissante qui suspend l’écoute et laisse l’auditeur sans voix.

Le temps d’un accord dans les coulisses et les musiciens enchaînaient sans véritable pause avec l’un des plus beaux quintettes à cordes de Mozart; son opus 516 est écrit dans la tonalité de sol mineur que le compositeur semble réserver à l’expression d’une intériorité souffrante. On est subjugué par la capacité qu’ont ces cinq interprètes de nous transporter dès les premières mesures dans la sphère mozartienne avec le juste tempo et un équilibre des sonorités exemplaire. L’archet infaillible du premier violon Pierre Colombet met en valeur une sonorité ductile et sensible qui est pure émotion. La phrase mozartienne y est toujours magnifiquement conduite et les tensions dramatiques du premier mouvement soulignées par les interprètes avec une certaine distance très habilement dosée. Comme dans le quintette op.515, c’est le Menuet avec ses ruptures métriques déstabilisantes, qui est en deuxième position, avant le mouvement lent écrit dans la tonalité majeure de Mi bémol. S’instaure ici au sein des cinq parties une dramaturgie que les interprètes font vivre avec une présence et une intensité captivantes. Mozart désarçonne cette fois totalement l’auditeur en amorçant le dernier mouvement avec un deuxième Adagio très sombre, en mineur, et non dénué de pathos, dont la pulsation inexorable va progressivement déboucher sur la clarté de l’Allegro final. Il est pétillant sous les doigts merveilleusement véloces des musiciens qui ont su donner à cette « enthousiaste gaieté » mozartienne son aspect fragile et ambigüe confinant au sublime.

L’annonce du bis – le mouvement lent du presque jumeau quintette à cordes K 515 – donnait lieu à  une intervention fort sympathique de Mathieu Herzog qui cédait sa place de premier alto à l’invité de la soirée, Antoine Tamestit. Le dialogue entre le premier violon et le premier alto dans les pages expressives de cet Andante permettait d’apprécier les qualités de ce soliste hors norme qui était ce soir en parfaite symbiose avec ses partenaires.

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Paris. Auditorium du Louvre. 11-X-2013. Bruno Mantovani (né en 1974): Quintette à cordes (CM); Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791): Quintette à cordes n°3 en sol mineur K.516. Antoine Tamestit, alto; Quatuor Ebène: Pierre Colombet, Gabriel Le Magadure, violons; Mathieu Herzog, alto; Raphaël Merlin, violoncelle.

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