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Rendu riche mais pas célèbre par une musique d’amour à la Saint-Jean

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Jean-Luc Caron, musicologue spécialisé dans l’étude et la diffusion de la musique nord-européenne, entraîne depuis quelques années les lecteurs de Resmusica dans une ballade étonnante en pays scandinaves. Pour accéder au dossier complet : Brèves scandinaves

 

Love is all around - photo Mrugesh KarnikLa Nuit de la Saint Jean de (1872-1960)

Ouvrez plusieurs dictionnaires de musique à «  », vous y lirez invariablement que son œuvre la plus populaire s’intitule La Nuit de la Saint Jean (en suédois Midsommarvaka). Cette pièce pour orchestre est la première des quatre Rhapsodies suédoises composées par l’un des principaux compositeurs suédois de son époque, Hugo Alfvén (1872-1960). D’une durée de 13 minutes cette musique d’un seul tenant propose quatre sections contrastées et caractérisées par les tempos suivants : Allegro moderato, Andante, Allegretto et Allegro con brio. Composée en 1903 l’œuvre allait connaître une formidable diffusion internationale sous sa forme originale mais également sous de multiples et parfois surprenantes variantes instrumentales. Cette œuvre  s’éloigne par son optimisme et sa volonté du sérieux de sa Symphonie n° 2  (1899) par exemple, considérée comme une confession tragico-personnelle hautement romantique.

Alfvén se proposait de traduire en musique une des fêtes les plus populaires de Scandinavie, la veillée de la Saint Jean, lorsqu’au solstice d’été, dans les pays nordiques,  le soleil se couche et se lève pratiquement en même temps. L’évènement donne lieu à des célébrations nocturnes pleines de joie, presque rituelles, traduites en musique dans cette rhapsodie basée sur plusieurs airs folkloriques merveilleusement orchestrés enjolivés par le soleil estival tant attendu chaque année.  Musique totalement suédoise bien qu’écrite  à Skagen, ville située à l’extrême nord du Jutland connue pour le rassemblement d’artistes en tout genre qui s’y retrouvaient depuis des années et où Hugo Alfvén tomba amoureux de Maria, la très jolie  femme du peintre Søren Krøyer.

L’atmosphère festive et populaire, bon enfant,  y côtoie les excès de boissons alcoolisées et les bagarres en un exotisme merveilleux qui, plus ou moins dénaturé,  diffusa dans le monde entier. L’œuvre eut, de plus, la chance d’être désignée comme musique-test destinée à apprécier la loi sur le copyright apportant à son auteur renommée et argent.

Misommarvaka peut s’écouter sans accompagnement programmatique détaillé, lequel existe  cependant et que l’on peut résumer ainsi. Des jeunes gens joyeux se rendent sur les lieux où l’on danse. L’un d’eux, éméché, tente de chanter un air folklorique mais se fourvoie et provoque l’hilarité générale. Plus tard, les violoneux s’accordent et développent une mélodie invitant à la danse. Simultanément des rixes éclatent. Dans la partie centrale lente, un couple amoureux et sensuel s’isole dans la nuit avec en arrière-plan les bruits de la fête. Enfin, le jour se lève, le couple retourne dans la grange pour profiter de la dernière et entraînante danse. L’opus  19 du compositeur, par ailleurs célèbre chef de chœur, empli d’élégance,  célèbre la joie, la jeunesse,  la volupté,  tous libérés momentanément des interdits sociaux lors de cette récréation dont on imagine aisément les fonctions régulatrices des pulsions humaines.

Ecoutons encore cette musique dont les airs bien  connus  de tous ravissent nos sens… On les doit à Hugo Alfvén.

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