Concerto en Steinway and Bach autour de Martha Argerich

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Salle Pleyel. 21,22-X-2013. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Concerto pour clavier en ré majeur BWV 1054 – en la majeur BWV 1055 – en fa mineur BWV 1056 ; Concerto pour deux claviers en ut majeur BWV 1061 – en ut mineur BWV 1062 ; Concerto pour trois claviers en ré mineur BWV 1063 – en ut majeur BWV 1064 ; Concerto pour quatre claviers en la mineur BWV 1065. Nicholas Angelich, Martha Argerich, Frank Braley, Khatia Buniatishvili, Gvantsa Buniatishvili, Michel Dalberto, David Fray, Nelson Goerner, David Kadouch, Stephen Kovacevich, Dong-Hyek Lim, Gabriela Montero, Akane Sakai, Mauricio Vallina, Lilya Zilberstein, pianos. Orchestre de Chambre de Lausane.

ARGERICH AND FRIENDS 22122013 Julien Mignot - Salle Pleyel eOn ne sait si c’est un festival Bach, de piano ou de pianistes que nous proposait la Salle Pleyel en ces deux très douces soirées d’automne, puisque pas moins de quinze pianistes allaient se relayer pour jouer les concertos pour un, deux, trois et quatre claviers de Bach.

Réunis autour de , qui elle-même n’intervenait que dans le concerto pour quatre claviers BWV 1065 qui concluait chacune des deux soirées, des jeunes pousses du piano côtoyaient les grands aînés dans un aréopage très international où les pianistes français étaient fort bien représentés. Jouant debout, à l’exception des violoncelles et contrebasses, tout ce petit monde était accompagné par l’Orchestre de Chambre de Lausanne.

Chaque soirée commençait par deux concertos pour un clavier, suivi par une récréation improvisatrice de , puis s’enchaînaient un concerto pour deux puis trois et enfin quatre claviers. C’est qui ouvrit le feu avec le BWV 1055 dont le premier Allegro très vivement lancé allait donner le ton général de cette série, puisque le tempo de base de tous les allegro allait s’avérer franchement alerte sinon cavaleur, favorisant peut-être l’esprit joyeux et festif dans lequel baignait ces soirées, au détriment des phrasés, de la lisibilité et d’un certain plaisir sensuel du son, en particulier du côté de l’orchestre qui se montra assez sec et réservé dynamiquement. Si on dit que ce 1055, qui avait oublié de respirer, fut ainsi quelque peu expédié on exagérerait peut-être un peu mais pas tant que ça. Commença alors le jeu de tabouret musical, chaque pianiste utilisant un accessoire spécifique nécessitait une intervention logistique qui le second soir tourna au gag, une partie des spectateurs, dans leur grande naïveté, croyant voir arriver le pianiste suivant applaudirent le préposé au fameux tabouret qui le prit avec humour. Mais reprenons le cours des choses avec qui nous offrit un BWV 1056 beaucoup moins rapide,  Allegro moderato oblige, même s’il nous sembla l’être encore un peu, mais son Largo central fut impeccable avec sa superbe mélodie toute en douceur de touché, avant que le Presto final, sans surprise très vif, conclut le concerto.

Cette première partie de soirée à un seul clavier nous sembla quand même manquer de présence sonore. On le sait cette salle est peu propice à l’intimité acoustique et sans surprise,  on sentit bien un déficit sur ce point, qui fut mieux géré le lendemain par et qui mirent plus de vigueur dans leur attaque de la touche et la résonnance du clavier et qui utilisèrent de façon plus étendue la dynamique du piano. Ainsi les concertos BWV 1054 et 1058 nous parurent plus immédiatement captivants, enjoués, vigoureux.

Les concertos pour deux claviers étaient joués le premier soir par les sœurs Buniatishvili et le lendemain par le duo , . On s’en doute les styles y étaient différents, le duo féminin creusant le contraste entre les Allegro ultra vifs et un Andante très retenu presque Largo tout en introduisant des petites sophistications de touché, alors que le duo masculin étirait moins les contrastes, jouait plus droit, plus simple peut-être aussi.

ARGERICH AND FRIENDS 22122013 Julien Mignot - Salle Pleyel d

Jouant seule des improvisations sur Bach et sur une berceuse de Brahms, n’était plus limitée dans sa puissance sonore et nous faisait alors profiter pleinement des capacités expressives d’un grand Steinway, alors que les concertos pour un et deux claviers pouvaient laisser s’installer une certaine frustration, qui disparut instantanément avec les concertos pour trois et quatre claviers, enfin adaptés au volume acoustique de la salle, d’autant que l’orchestre monta lui aussi d’un ton. Ainsi lors de ces deux soirées, l’après entracte nous parut plus franchement jouissif, le trio français , , donnant immédiatement le ton dans un élégant BWV 1063, relayé par , , pour un vigoureux 1064 le lendemain.

Vedette à l’applaudimètre de la soirée, s’était entourée de Dong-Hyek Lim, et le lundi et par , et le mardi pour le même concerto pour quatre claviers BWV 1065, dont le final fut à chaque fois bissé, quatre des pianistes se transformant pour l’occasion en tourneur de pages de luxe, image fort sympathique clôturant ces deux soirées toute aussi sympathiques où l’orthodoxie stylistique n’était pas le maître mot mais plutôt le plaisir de faire de la musique ensemble. Ce qui n’est pas critiquable, même si ça peut avoir certaines limites ressenties plus ou moins selon les sensibilités de chacun.

Crédit photographique: Concert du 22/10/2013 © Julien Mignot / Salle Pleyel

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