Un Così classique mais délicieux à l’Opéra Garnier

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Opéra-Garnier, 24-X-2013. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Così fan tutte, opéra en deux actes sur un livret de Lorenzo da Ponte. Mise en scène, décors et costumes : Ezio Toffolutti, Lumières : André Diot. Avec : Myrtò Papatanasiu, Fiordiligi ; Stéphanie d’Oustrac, Dorabella ; David Bizic, Guglielmo ; Dimitri Korchak, Ferrando ; Bernarda Bobro, Despina ; Lorenzo Regazzo, Don Alfonso. Chœur de l’Opéra National de Paris, chef de chœur : Alessandro di Stefano. Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction : Michael Schønwandt.

6449_-OP28314 Opéra national de Paris Ch. PeléAlors que la tendance est à la relocalisation temporelle d’opéras qui n’en demandent pas tant et qui parfois ont du mal à en sortir intacts, l’Opéra Garnier remet sur scène dans son contexte original un livret qui, lui, fonctionne aussi bien à toutes les époques, le Così fan tutte de Mozart – Da Ponte. Voici donc cet éternel « Elles font toutes ainsi » comme cherche à le démontrer Don Alfonso, avec une distribution entièrement revue par rapport à la dernière reprise de 2011.

On le sait, cet ouvrage repose sur trois ensembles de deux personnages, dont d’ailleurs les deux premiers se croisent : les deux sœurs, leurs deux amants et enfin les deux comploteurs. Son autre particularité est qu’une grande partie des numéros musicaux sont justement des ensembles et non de traditionnels airs, qui n’interviennent en fait qu’au deuxième acte seulement. De l’accord parfait qu’il y aura, ou pas, entre ces personnages, repose donc en très grande partie la réussite musicale de tout l’opéra.

Le casting d’ensemble y a donc une grande importance et celui réunit ici s’en tire globalement avec les honneurs, même si les réussites des uns et des autres ne sont pas toutes égales. Incontestablement le duo des due sorelle constitua le plus abouti des trois, leur chant réussissant ce subtil alliage qui fait un des charmes de cet opéra. est une noble Fiordiligi, avec ce qu’il faut de fragilité pour émouvoir et de fermeté pour impressionner. Sa voix n’est peut-être pas surpuissante mais elle est très équilibrée quel que soit le registre, ce qui lui permet de constamment accrocher l’oreille. Stéphanie d’Oustrac (lire notre entretien) compose sa toute première Dorabella avec une totale réussite. Sa voix ferme, corsée et douce à la fois, au timbre bien posé, capture instantanément l’auditeur pour ne plus le lâcher, d’autant que son réjouissant jeu d’actrice lui permit de composer un personnage très vivant, haut en couleurs, impulsant à l’action une réelle force motrice.

Le duo des amants albanais fut un cran en dessous en matière d’équilibre et de nuances. Si David Bizic nous offrit un Guglielmo assez constant tout au long de la soirée du haut de sa belle voix de baryton, parfois un poil juste en puissance, Dimitri Korchak gagna en puissance d’émission au deuxième acte ce qu’il perdit en nuance. De fait, l’accord quasi parfait offert par les deux sœurs n’était pas aussi réussi avec leurs deux amants devenus soupirants conspirateurs. Rôle souvent payant car franchement léger et comique, Despina revenait à , dont la voix légèrement déséquilibrée ce soir perdait une partie de sa chair dans les nuances piano qu’elle retrouvait lorsqu’elle poussait le volume. Si sa performance était plaisante, elle manqua donc parfois de présence vocale. Enfin composa un Don Alfonso sans doute plus banal, appliqué et engagé certes, décisif, non.

Tout ce petit monde, comme les excellents chœurs de l’Opéra de Paris, était plongé dans les lieux et temps exacts de l’action prévue par Da Ponte, donc à Venise et en costume d’époque. Grâce à la beauté, toute en simplicité et classicisme, mais bien réelle, des décors et des costumes, aux parfaits jeux de lumière, aux subtils jeux de scènes, et à l’impeccable direction d’acteur qui permit d’animer constamment l’action, tout fonctionnait finalement à merveille. La mise en scène de , également auteur des décors et costumes, suit l’action au plus juste, sans jamais rien y ajouter, ni essayer de l’enrichir. Sans surprise, peut-être, sans faute, sûrement, délicieuse à regarder, certainement.

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La direction d’orchestre était confiée au chef danois qui nous évita une de ces directions à la mode speedées et phrasées à la mitraillette. Les deux premiers accords qui enfin ne ressemblaient pas à des portes qui claquent, laissèrent augurer qu’on allait donner au temps musical le temps de s’exprimer. Ce fut incontestablement le cas, pour autant il nous parut, en particulier au premier acte, que cette direction presque trop polie, manquait parfois de motricité et d’expression, autrement dit frôlait l’excès inverse. Mais avec un évident tact qui laissa la primauté expressive aux chanteurs, sans jamais les mettre en difficultés.

Cette reprise de Così fan tutte bénéficiera avant tout à ceux qui n’ont jamais vu cet ouvrage et qui pourront alors s’en créer un excellente référence visuelle au sens le plus complet du terme. Les autres y trouveront aussi du plaisir et revenir ainsi aux bases du livret. Et tous profiteront d’une distribution qui va du correct à l’excellent, le duo des deux sœurs de et Stéphanie d’Oustrac valant presque à lui seul le déplacement.

 

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