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Soundinitiative à l’heure argentine à Paris

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Paris, église Saint-Merri. 15-11-2013. Mauricio Kagel (1931-2008) : Pas de cinq pour cinq acteurs. Daniel D’Adamo (né en 1966) : Coeli et terrae pour contrebasse et saxophone basse. Ezequiel Menalled (né en 1980) : Dar Cuerda Al Reloj (création mondiale) pour mezzo-soprano et ensemble. Martin Matalon (né en 1958) : Trame XI pour contrebasse soliste, flûte, clarinette, alto, piano et percussion. Santiago Diez-Fischer (né en 1977) : Cancion del Ciego pour mezzo-soprano et ensemble (création mondiale). Caleb Salgado, contrebasse ; Fabienne Sévillac, mezzo-soprano ; Alma Terrasse, mise en scène ; ensemble Soundinitiative, direction : Martin Matalon et Léo Margue

soundinitiative2Dans le cadre des Rendez-vous contemporains de Saint-Merri, l’ au grand complet avait mis au programme de la soirée quatre générations de compositeurs argentins. Ils sont nombreux aujourd’hui sur la scène parisienne et l’on sentait ce soir, au-delà des personnalités bien affirmées de chacun, une parenté stylistique à travers la dimension théâtrale de plusieurs pièces, l’importance accordée au geste instrumental et le rapport quasi physique au son qu’entretiennent les cinq compositeurs de la soirée.

La scène avait été « préparée » (papiers de toutes les couleurs, blocs de polystyrène, petites estrades…) pour Pas de cinq de (le vétéran); c’est une pièce de théâtre musical pour cinq acteurs masqués déambulant avec des cannes; la metteur en scène Alma Terasse en avait réglé l’action sonore puisqu’ici c’est la scansion des pas et des cannes et la qualité du « terrain » foulé au pied qui donnent à entendre: coups secs, scratch du polystyrène, piétinements des personnages qui se croisent sans se voir… métaphore du tragique de la communication entre les êtres. Comme toujours chez Kagel, l’oeuvre est d’abord performance, laissant une marge de liberté à l’interprète/acteur qui génère ici les sons. C’est ainsi que les membres de l’ débutaient le concert, avec une certaine prestance et une bonne dose d’humour décalé. Coeli et terrae de Daniel D’Adamo (la troisième génération) était joué « dans la foulée » ; écrite pour contrebasse et saxophone basse, la pièce impressionne par l’énergie qu’elle propulse et le grain sombre de son instrumentation. Caleb Salgado déploie une virtuosité transcendante sur sa contrebasse à laquelle se confrontait le saxophone basse de Josuha Hyde dans un geste puissant et une interaction sonore électrisante.

Le temps de débarrasser le plateau et de réinstaller les pupitres et nous entendions en création mondiale l’oeuvre d’Esequiel Menalled, Dar Cuerda Al Reloj (Pour remonter une montre) inspirée de deux textes de Julio Cortazar. Compositeur, guitariste et chef d’orchestre, Esequiel Menalled (la jeune génération) a fait ses études à la Haye et crée dans la foulée son propre groupe, Modelo 62. L’ensemble Soundinitiative au complet était dirigé par Léo Margue, un jeune chef brillant qui termine ses études de direction au CNSM de Paris. La partie instrumentale, incluant la guitare électrique de Kobe van Cauwenberghe, est très richement colorée et sert d’écrin à la voix amplifiée – Fabienne Sévillac lumineuse –  qui nous tenait  en haleine par la diversité du traitement vocal et le climat singulier qu’instaure le compositeur au fil de la pièce.

C’est lui-même (la maturité) qui assurait la direction – et avec quel talent! – de Trame XI pour contrebasse solo et petit ensemble. La pièce est la dernière-née d’une série commencée en 1997 qui reprend le titre d’un poème de Jorge Luis Borges. Matalon entend traiter de chaque problème compositionnel qui surgit dès lors qu’on cherche à « tisser » la toile sonore, chaque Trame explorant le champ interactif entre un soliste et un petit groupe instrumental. C’est la problématique de la miniature qui intéresse ici le compositeur; la pièce d’une quinzaine de minutes s’articule en huit unités sonores merveilleusement enchaînées pour accomplir une trajectoire cohérente autant que diversifiée dans l’élaboration du matériau instrumental. La souplesse et l’élégance du geste de faisait passer un fluide particulier dans cette belle interprétation que l’on devait au jeu raffiné de Caleb Salgado et à la qualité de concentration des musiciens de Soundinitiative.

Ramenant sur le devant de la scène Fabienne Sévillac, dont la partie vocale très énigmatique oscillait ici entre le mot impossible à dire et la plainte, Cancion del Ciego (Chanson de l’aveugle) donnée en création mondiale, est une pièce de (la jeune génération toujours) . Elle a été pensée pour être jouée dans une église. Le travail sur un matériau souvent bruité et traversé de souffles cherche, selon le compositeur, « à faire résonner ce phénomène très humain de la respiration dans la réverbération de l’église ». La belle acoustique de Saint-Merry en offrait une écoute idéale.

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Paris, église Saint-Merri. 15-11-2013. Mauricio Kagel (1931-2008) : Pas de cinq pour cinq acteurs. Daniel D’Adamo (né en 1966) : Coeli et terrae pour contrebasse et saxophone basse. Ezequiel Menalled (né en 1980) : Dar Cuerda Al Reloj (création mondiale) pour mezzo-soprano et ensemble. Martin Matalon (né en 1958) : Trame XI pour contrebasse soliste, flûte, clarinette, alto, piano et percussion. Santiago Diez-Fischer (né en 1977) : Cancion del Ciego pour mezzo-soprano et ensemble (création mondiale). Caleb Salgado, contrebasse ; Fabienne Sévillac, mezzo-soprano ; Alma Terrasse, mise en scène ; ensemble Soundinitiative, direction : Martin Matalon et Léo Margue

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