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La jeunesse à l’œuvre dans l’intégrale des Sequenze de Berio

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Cité de la Musique. 08-12-2013. Luciano Berio (1925-2003) : Intégrale des Sequenze. Réalisation : Ludovic Lagarde ; lumières : Sébastien Michaud ; coordination artistique : Claude Delangle. Pascal Gallois, basson ; Etudiants du CNSM de Paris : Laura Holm, voix ; Jessica Jiang, flûte ; Samuel Bricault, flûte ; Thomas Hutchinson, hautbois ; Raphaël Sévère, clarinette ; Bogdan Sydorenko, clarinette ; Jean-Philippe Wolmann, trompette ; Clément Carpentier, trombone ; Hiroe Yasui, saxophone ; Antonin Pommel, saxophone ; Thibaud Garcia, guitare ; Annabelle Jarre, harpe ; Mathieu Acar, piano ; Fanny Vicens, accordéon ; Constance Ronzatti, violon ; Malika Yessetova, violon ; Cameron Crozman, violoncelle ; Simon Dechambre, violoncelle ; Florentin Ginot, contrebasse

Luciano berio - © Philippe GontierInaugurant le cycle « La nature du son », la Cité de la Musique, en collaboration avec le CNSM de Paris, proposait l’intégrale des Sequenze de  : quatorze pièces solistes qui constituent la pierre angulaire du répertoire contemporain pour tout instrumentiste. Ce superbe projet, coordonné par l’éminent saxophoniste et pédagogue , invitait vingt et un étudiants du Conservatoire National Supérieur de Paris à jouer en soliste ces pièces virtuoses – entendues pour certaines d’entre elles à deux reprises – que le compositeur italien écrit de 1958 à 2002. Le metteur en scène avait imaginé un parcours original pour donner à voir et à entendre des pièces dont la dimension théâtrale est toujours latente sinon clairement exploitée. De la Salle des concerts à « la Rue musicale », en passant par les différents étages du Musée de la Musique, autant de lieux et de situations d’écoute différents, mis en valeur par les lumières de Sébastien Michaud, permettaient d’apprécier, plus de quatre heures durant, le talent fou et « la nature du son » de ces jeunes interprètes merveilleusement investis. Ces pièces d’une haute exigence s’adressent, selon les termes de Berio, « aux meilleurs solistes de notre époque, capables de s’impliquer, au besoin à divers niveaux de conscience, dans l’unique virtuosité aujourd’hui acceptable, souligne le compositeur, celle de la sensibilité et de l’intelligence ».

Les quatorze Sequenze ont toutes été écrites à l’intention d’un soliste virtuose avec qui Berio a pu parfois travailler dans une relation interactive qu’il appelait de ses vœux. Ainsi en est-il de la Sequenza pour basson, élaborée durant cinq ans (de 1990 à 1995) avec son dédicataire pour aboutir à cette pièce unique en son genre qui transcende le jeu traditionnel de l’instrument : un continuum sonore y déploie un champ de sonorités chaudes et moirées inspirées d’instruments traditionnels japonais comme le shô. L’écriture réclame du bassoniste le souffle continu durant une vingtaine de minutes pendant lesquelles l’écoute est suspendue au devenir de cette trajectoire fascinante qui nous fait pénétrer à l’intérieur du son. Mûrie durant de longues années par un interprète qui l’a fait sienne, la pièce reste encore l’apanage du seul qui était donc sur scène, aux côtés de la jeune génération, pour accomplir cette performance. Dans la Salle des concerts, on entendait en voix off Edoardo Sanguinetti disant en italien les quelques vers écrits de sa main qui accompagnent chaque partition. Ils étaient ensuite dits par les interprètes eux mêmes en différentes langues, français, allemand ou anglais, selon affinité.

Il serait trop long de s’arrêter sur la prestation de chacun même si la maîtrise du jeu, l’énergie du geste et la concentration dont ont fait preuve ces jeunes interprètes le mériteraient. Contentons nous de citer leurs noms, dans l’ordre de leur apparition : il revenait à Marion Piard/alto de débuter la série ; se succédaient ensuite, sur le plateau de la Salle des concerts et chacun dans une position stratégique, Annabelle Jarre/harpe, Thomas Hutchinson/hautbois en connivence avec Constance Ronzatti/violon, Jean-Philippe Wolmann/trompette avec la complicité du pianiste Mathieu Acar, Laura Holm/voix, Mathieu Acar/piano, Samuel Bricault/flûte. Dans la Rue Musicale et sur leur estrade respective, et Hiroe Yasui donnaient la version pour clarinette et saxophone, établie par et , de la Sequenza IX ; Clément Carpentier arborant un nez rouge de clown jouait la très théâtrale Sequenza pour trombone tandis que Fanny Vicens nous envoûtait avec la Sequenza pour accordéon, seule à porter un titre, celui de « Chanson » : des pièces que ces deux derniers interprètes donnaient par coeur pour s’investir plus librement encore dans l’action sonore.

Comme Till Eulenspiegel, Jessica Jiang nous conduisait au Musée au son de la Sequenza I pour flûte traversière. Sur les trois niveaux du Musée, et parfois en simultané, on pouvait cette fois, dans une acoustique plus feutrée, entendre la Sequenza pour violoncelle – la dernière de la série écrite en 2002 pour l’interprète sri-lankais  – sous les archets très inspirés de Cameron Crozman puis de Simon Dechambre. Florentin Ginot en donnait la transcription passionnante pour contrebasse réalisée en 2004 par Stefano Scodanibbio. Avec une élégance et une souplesse sidérantes, Thibaud Garcia donnait la Sequenza pour guitare tandis que Bogdan  Sydorenko et Nicolas Arsenijevic jouaient respectivement la Sequenza IX pour clarinette et son adaptation (Sequenza IXb) pour saxophone alto. A un étage de distance, Malika Yessetova et Constance Ronzatti interprétaient la Sequenza pour violon, un des chefs d’œuvre du genre, « hommage à ce sommet musical qu’est la Chaconne de la Partita en ré mineur » nous dit le compositeur.

Le parcours s’achevait dans la Rue musicale où la rayonnante Sequenza VII (écrite pour Heinz Holliger) était cette fois jouée au saxophone soprano par Antonin Pommel alors que les voix de Jeanne Crousaud et de Marianne Croux assuraient en relai la résonance du si  (H comme Heinz Holliger), note sur laquelle s’élabore toute la pièce. Chapeau bas à tous ces jeunes interprètes qui s’échelonnaient sur les marches du grand escalier de la Rue musicale pour un dernier salut.

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Cité de la Musique. 08-12-2013. Luciano Berio (1925-2003) : Intégrale des Sequenze. Réalisation : Ludovic Lagarde ; lumières : Sébastien Michaud ; coordination artistique : Claude Delangle. Pascal Gallois, basson ; Etudiants du CNSM de Paris : Laura Holm, voix ; Jessica Jiang, flûte ; Samuel Bricault, flûte ; Thomas Hutchinson, hautbois ; Raphaël Sévère, clarinette ; Bogdan Sydorenko, clarinette ; Jean-Philippe Wolmann, trompette ; Clément Carpentier, trombone ; Hiroe Yasui, saxophone ; Antonin Pommel, saxophone ; Thibaud Garcia, guitare ; Annabelle Jarre, harpe ; Mathieu Acar, piano ; Fanny Vicens, accordéon ; Constance Ronzatti, violon ; Malika Yessetova, violon ; Cameron Crozman, violoncelle ; Simon Dechambre, violoncelle ; Florentin Ginot, contrebasse

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