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Tempus fugit à Dijon

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Dijon, Auditorium, 15-XII-2013. Gérard Grisey (1946-1998) : Vortex temporum. Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie n° 8 en si mineur D.759 « Inachevée ». Ensemble Les Dissonances, direction artistique et premier violon : David Grimal

Les Dissonances- Opéra Dijon©Gilles AbeggLa Musique et le Temps : vaste programme, qui est au cœur de la composition musicale. Le rapprochement entre les œuvres de , de et le mouvement de la symphonie de Ludwig van Beethoven joué en bis peut paraître osé, mais en fait il éclaire de façon convaincante la façon avec laquelle chacun d’entre eux aborde le rapport de l’œuvre musicale avec ce temps qui fuit, et l’on va voir que les moyens employés pour parvenir à cette expression se ressemblent finalement, même à travers les siècles.

Vortex temporum, « Le tourbillon des temps », se présente d’une façon classique en trois mouvements, vif/lent/vif. Dans la première partie on perçoit nettement la description d’une roue qui tourne, aux vents d’abord et puis aux cordes ensuite ; l’impression donnée est celle de quelque chose d’incessant qui se reproduit, mais jamais tout à fait de la même façon ; ces tourbillons sont « accompagnés » par des flashes des autres instruments. Il y a un côté agressif dans cette performance réalisée par ces interprètes convaincus, notamment par la violoniste. Le second mouvement semble exprimer l’espace et le temps : l’espace, par des nappes sonores qui se relaient aux cordes et aux vents ; le temps, par une sorte de marche continue au piano. Il n’y a rien de tragique là-dedans, au contraire de ce qui se passe dans le second mouvement de la Symphonie n°7 de Beethoven joué en bis : dans ce cas, cette célèbre marche semble nous conduire inéluctablement là où nous irons tous… Dans la pièce de Grisey, il n’y a qu’une constatation : « Tempus fugit, le temps passe ». Le troisième mouvement est une parfaite illustration du temps éclaté ; on retrouve des bribes des autres mouvements, comme des souvenirs en quelque sorte, mais l’auteur y ajoute de forts beaux moments. L’art du compositeur, les sonorités recherchées des interprètes donnent, à un certain moment, l’impression d’un son tournant qui circule entre ce groupe de musiciens. Des pizzicati éclatent comme des bulles, et la fin appelle un attention soutenue aux sons et aux bruits de souffle qui provoque la réflexion finale : qu’est ce que le Temps ?

Après avoir réussi le pari de jouer avec l’orchestre « », l’intégrale des symphonies de Beethoven sans chef, ose s’attaquer au répertoire schubertien. Cette pratique favorisant l’écoute réciproque des musiciens donne des résultats convaincants, mais surtout intéressants dans le domaine des sonorités. Les attaques sont moins dures, l’ensemble est plus moelleux. Bien sûr, cela a des limites : le premier violon doit indiquer les ruptures de masses et de nuances, (et Dieu sait s’il y en a dans cette symphonie) ; les départs initiaux sont donnés par les chefs de pupitres concernés : celui du second mouvement, par exemple, peut poser de minuscules problèmes. En revanche, on sent une cohésion et un engagement total de la part de l’orchestre : les sonorités voluptueuses de la clarinette et du hautbois dans le deuxième mouvement sont en harmonie avec la douceur de caresse dans le second thème du premier. La comparaison avec Vortex Temporum s’impose à nous alors : le premier thème de mouvement initial n’évoque t’il pas les mêmes tourbillons que ceux du premier de l’œuvre de Grisey ? Les ruptures évoquées plus haut à propos de l’Inachevée ne sont-elles pas celles de la troisième partie de Vortex ? La mélancolie romantique n’est-elle pas, elle aussi, l’expression du temps qui passe?

Le choix du second mouvement de la Symphonie n°7 de Beethoven en bis est particulièrement judicieux, et on peut se demander s’il ne résume pas toutes les données du problème. La marche récurrente si connue, si poignante au début, perd de sa vigueur dans un fugato qui élargit l’espace, puis ce thème éclate et ainsi arrête le temps qui fuit…

Crédit photographique : – Opéra de Dijon © Gilles Abegg

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