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Le second opéra d’Hèctor Parra aux Bouffes du Nord

La Scène, Opéra, Opéras

Théâtre des Bouffes du Nord. 4-III-2014. Hèctor Parra (né en 1976): Te craindre en ton absence, monodrame pour une actrice, un ensemble de douze instrumentistes et électronique. Livret de Marie NDiaye, mise en scène et lumières de Georges Lavaudant; scénographie et costumes Jean-Pierre Vergier; réalisation informatique IRCAM, Thomas Goepfer. Astrid Bas, récitante; Ensemble Intercontemporain; direction Julien Leroy.

DSC_4830 © Luc Hossepied (2)C’est sur le modèle de l’opéra parlé Cassandre (1994) de son maître Michael Jarrell que le compositeur catalan envisage son deuxième ouvrage scénique, Te craindre en ton absence, donné en création mondiale aux Théâtre des Bouffes du Nord.

Si l’on y retrouve les mêmes protagonistes, la comédienne , l’, la technique et le metteur en scène , confie quant à lui l’écriture du livret à l’écrivaine de renom (Prix Goncourt 2009) qui ne s’était encore jamais prêtée à ce genre d’exercice. « Marie est une musicienne du langage » confie Parra qui, dans la foulée, prépare avec elle un nouvel ouvrage lyrique pour la scène munichoise.

Le long poème doucement incantatoire que fait naître d’un imaginaire aussi foisonnant qu’étrange révèle, à la relecture, toute sa richesse, sa puissance d’évocation et ses multiples strates de compréhension. Sans grand relief mais avec suffisamment de flexibilité dans la voix pour épouser toutes les nuances du langage, trouve la sensibilité et le ton juste pour incarner cette femme qui, au volant de sa voiture, pour aller rejoindre sa mère mourante, se remémore son existence, submergée par les remous de sa conscience alors qu’elle ramène dans « l’urne verte » les cendres de sa soeur qui s’est suicidée.

« Noyau d’exploration » selon les termes du compositeur, le texte est souvent dit par bribes et laisse de larges interstices à la musique qui semble creuser le cheminement intérieur de la parole. Hèctor Parra écrit une partition exigeante et très richement élaborée, à la hauteur de ce texte qui l’inspire, tout en ménageant des plages de silence très éloquentes. Par l’investigation très fine du spectre sonore et de ses couleurs, il s’attache à l’écriture du timbre dans une conception organique et plastique de la matière sonore, tout à la fois fragile et puissante, concentrée et jaillissante. La partie électronique, apportant son aura scintillante, est subtilement intégrée à l’univers instrumental qu’elle vient parfois relayer lors de plages suspensives. Elle ouvre aussi d’autres espaces plus oniriques, comme ces « trous noirs » qu’aime évoquer ce passionné d’astronomie ou des arrêts sur image terrifiants – ces oiseaux fous qui hantent la conscience du personnage aux trois quarts de l’oeuvre.

Moins inventive et d’une très grande sobriété, la mise en scène de n’apporte que peu d’éléments nouveaux à ce monodrame, il est vrai très intérieur. Quelques images vidéo, suggérant notamment la route qu’est en train de parcourir cette femme, confère un peu de mouvement au cadre très statique de la conception d’ensemble. Sur un parterre noir évoquant la cendre, le décor de Jean-Pierre Vergier se limite au grand tapis de plumes blanches déroulé au centre de la scène, dont la signification et l’efficacité ne laissent d’interroger.

On est au contraire subjugué par la qualité et l’investissement des douze musiciens de l’, placés en fond de scène et magnifiquement conduits ce soir, avec une concentration de tous les instants (quelques 75 minutes très intenses) par le jeune chef . Familiers de l’écriture fouillée et aventureuse du compositeur catalan dont ils ont déjà crée le premier opéra, Hypermusic Prologue en 2009, les solistes de l’EIC poursuivaient ce soir cette collaboration fructueuse en nous révèlant cet authentique chef d’œuvre.

Crédit photographique :© Luc Hossepied

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