Concert TRANSgenre dans l’Auditorium Marcel Landowski

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Festival Extension. Auditorium Marcel Landowski du CRR de Paris. 30-IV-2014. Ondrej Adamek (né en 1979) : Karakuri-Poupée mécanique pour soprano, ensemble instrumental et sampler; Olga Neuwirth (né en 1968): Hommage à Klaus Nomi (extraits), pour contre-ténor, ensemble instrumental, synthétiseur et guitare électrique. Simon Steen-Andersen (né en 1976): Black Box Music pour performer, ensemble instrumental et video. Shigeko Hata, soprano, Daniel Gloger, contre-ténor, Håkon Stene, performer; ensemble 2e2m; réalisation informatique et diffusion sonore, La Muse en Circuit; direction Pierre Roullier

ssandersenCe dernier concert ponctuant la résidence du compositeur danois au sein de l’ marquait aussi l’ouverture du Festival Extension programmé par , dont les concerts essaiment dans divers lieux de la création, à Paris et en Île de France, jusqu’au 29 mai. Trois personnalités singulières de la musique d’aujourd’hui s’affichaient au programme d’une soirée toute en surprise et en originalité.

Familier de l’ puisqu’il y était en résidence en 2012, le compositeur tchèque Ondrej Adamek ne cesse de nous surprendre par une investigation toujours nouvelle et inspirée du territoire sonore et scénique. Fasciné par les choses mécaniques et la relation entre geste et son, il « met en scène » dans Karakuri, une poupée mécanique japonaise incarnée ce soir par la lumineuse soprano Shigeto Hata. Adamek précise que cette poupée conçue par son créateur Hisashige Tanaka doit représenter un jeune archer; l’idée de tension, élasticité et rebond font naître autant de morphologies sonores assumées par l’écriture instrumentale et la voix toujours complice, la chanteuse accompagnant de ses gestes le mouvement très plastique de la musique. Tout y est réglé avec la précision mécanique et l’humour très fin qu’aime déployer le compositeur. La fascination qu’opère la prestation vocale autant que physique de ajoute au merveilleux de cette pantomime délicieusement japonisante.

Dans Hommage à Klaus Nomi, a songplay in Nine Fits dont on entendait ce soir cinq extraits, la compositrice autrichienne entend célébrer cet artiste allemand atypique des années 70 qui abordait le grand répertoire lyrique en même temps que la chanson pop et de cabaret. C’est , contre-ténor des , qui était au devant de la scène pour interpréter avec plus ou moins de bonheur, aux côtés des musiciens de 2e2m toujours très réactifs, trois chansons très pulsées de Nomi sollicitant tous les registres de la voix, ainsi que deux airs bien connus de Henry Purcell que le chanteur avait à son répertoire, La mort de Didon et l’Air du froid dans King Arthur; si la ligne vocale est restituée fidèlement, réorchestre la partie d’accompagnement à sa manière colorée et un rien trash, jouant notamment sur les textures de la guitare électrique en quarts de ton sous les doigts – et l’archet! – de Caroline Delume.

Black Box Music (2012) de couronnait la soirée avec un spectacle de grande envergure où s’exerce l’imagination hors norme du compositeur. La pièce en trois « actes » met à l’oeuvre les ressorts du geste – les deux mains du performer/chef d’orchestre investissant l’espace d’un petit théâtre de marionnettes – auquel doivent répondre trois groupes instrumentaux spatialisés. La vidéo live projette sur grand écran l’intérieur de la boite noire avec les deux mains du « chef », aussi menaçantes qu’efficaces lorsqu’elles déclenchent les premières rafales de sons. L’attention de l’auditeur est alors focalisée sur le « ballet » étrange des mains qui communiquent avec les instrumentistes dans un positionnement critique autant que drôle face aux conventions de la direction d’orchestre et de l’espace scénique que Steen-Andersen dit vouloir déconstruire. La deuxième scène, plus intimiste, consiste en un solo de diapasons, tous désaccordés, exécuté par le soliste en mal de communication avec son orchestre. Au troisième « acte », sous l’action minutieuse et diligente des mains du performer – celles d’Håkon Steen  – qui installent dans la boite noire les éléments d’un décor mobile et sonorisé, le petit théâtre de marionnettes devient un instrument de musique, amplifié par les instruments périphériques jusqu’à saturation de l’image et du son, sorte de chaos général, précise le compositeur, « comme à la fin des concerts de rock ».

Si le niveau sonore dans l’auditorium Marcel Landowski n’atteignait pas cette haute tension, l’attitude radicale et contestataire adoptée par Simon Steen-Andersen dans Black Box Music, qui « met à la question » les modèles de la tradition, embarquait l’auditoire dans une expérience sonore et visuelle totalement inédite.

crédit photographique : DR

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