Musicales de Colmar, after the War

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Colmar, Théâtre municipal. 08-V-2014. Enrique Granados (1867-1916) : Intermezzo extrait des Goyescas, arrangé pour alto et piano ; Charles Koechlin (1867-1950) : Sonate pour basson et piano ; Karol Szymanowski (1882-1937) : Mythes, pour violon et piano ; Dmitri Chostakovith : Quatuor à cordes n°8. Gérard Caussé, alto ; Laurent Lefèvre, basson ; Daishin Kashimoto, violon ; Matan Porat, Ashley Wass, pianos ; Quatuor de Leipzig.

Colmar, Théâtre municipal. 08-V-2014. Claude Debussy (1862-1918) : Six Epigraphes antiques pour piano à quatre mains ; Gabriel Fauré (1845-1924) : Elégie pour violoncelle et piano ; Darius Milhaud (1892-1974) : Sonate pour flûte, hautbois, clarinette et piano ; Claire-Marie Sinnhuber (née en 1973) : Qui vive, pour trio à cordes ; Richard Strauss : Metamophosen pour septuor à cordes. Daishin Kashimoto, Liana Gourdjia, violons ; Gérard Caussé, Lawrence Power, altos ; Alexander Chausian, Marc Coppey, violoncelles ; Niek De Groot, contrebasse ; Matan Porat, Ashley Wass, piano ; Philippe Bernold, flûte ; Sébastien Giot, hautbois ; Moran Katz, clarinette.

Colmar, Théâtre municipal. 09-V-2014. Lucien Durosoir (1878-1955) : Quatuor à cordes n°2 ; Claude Debussy (1862-1918) : Sonate n°2 pour flûte, alto et harpe ; André Caplet (1878-1925) : Conte fantastique, pour harpe et quatuor à cordes. Quatuor de Leipzig ;Liana Gourdjia, Marc Boukhoff, violons ; Gérard Caussé, alto ; Alexander Chausin, violoncelle ; Philippe Bernold, flûte ; Pauline Haas, harpe.

Colmar, Temple Saint Matthieu. 09-V-2014. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Quatuor à cordes n°11 ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Ballade n°1 ; Richard Strauss (1864-1949) : Drei Lieder der Ophelia ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°4 (arrangement : Erwin Stein). Quatuor de Leipzig ; Ashley Wass, Matan Porat, piano ; Anna Lucia Richter, soprano ; Daishin Kashimoto, Liana Gourdjia, violons ; Lawrence Power, alto ; Marc Coppey, violoncelle ; Niek De Groot, contrebasse ; Philippe Bernold, flûte ; Sébastien Giot, hautbois ; Moran Katz, clarinette ; Marie-Andrée Joerger, accordéon ; Clément Losco, percussions.

coppeyPour sa 62e édition, les Musicales de Colmar – dont la direction artistique est confiée depuis plusieurs années au violoncelliste – sont consacrées à la Grande Guerre. Un geste symbolique, dans une région – l’Alsace – durement marquée par les deux conflits mondiaux. Le programme, centré sur des oeuvres écrites entre 1914 et 1918 par des compositeurs des deux rives du Rhin (et d’ailleurs), était étendu à d’autres pièces symboliques des temps belliqueux, que ce soit la Seconde Guerre Mondiale ou les batailles napoléoniennes.

Outre quelques prestations dans les villages du vignoble alsacien, les Musicales de Colmar se déroulent essentiellement au Théâtre municipal et au Temple Saint Matthieu. Le premier bâtiment est un ravissant théâtre à l’italienne, bombonnière typique du XIXe siècle, récemment rénové. Un coup d’oeil sur la programmation laisse voir que les seules activités musicales sont ce festival et quelques dates de l’Opéra national du Rhin, le reste étant formé de tour de chant de stars en vogue et de théâtre de boulevard porté par des stars du petit écran. Utiliser exclusivement à ces fins un tel lieu soutenu par la puissance municipale en dit long sur la politique culturelle à l’année de Colmar. Le second emplacement est riche en histoire. Lieu de culte catholique consacré en 1292 (accolée à un couvent franciscain) l’église Saint Matthieu devient temple luthérien en 1575. L’édifice fait des allers-retours entre les deux religion avant que le Régent de France (le Duc d’Orléans) ne le sépare en deux en 1715 par un mur – fermant ainsi le jubé. La plus petite partie de l’église (le choeur) est rendue aux protestants seulement en 1937 et sert toujours pour le culte. La nef, qui abrite un orgue Silbermann de 1731, est aujourd’hui un lieu culturel.

Les quatre concerts vus et entendus ont permis de découvrir certains artistes plutôt rares dans l’Hexagone et d’apprécier une fois encore d’autres musiciens fréquemment programmés. Parmi les découvertes, le , qui accumule les dates de l’autre coté du Rhin, mais qui le franchit rarement. Leur discographie, de plus d’une trentaine de titres, témoigne d’une activité débordante. Loin de se limiter au grand répertoire germanique, ils s’attaquent aussi à la musique contemporaine et aux compositeurs oubliés. Par exemple ce Quatuor à cordes n°2 de , violoniste virtuose, ami d’, rendu infirme après la Première Guerre Mondiale. Compositeur par la force des choses, sur le tard, redécouvert récemment, ce quatuor s’inscrit dans la droite lignée de . Défendu par les musiciens de Leipzig, l’oeuvre respire et mérite bien plus qu’un coup d’oreille de curiosité. Le même quatuor excelle dans le Quatuor n°8 de Chostakovitch, pièce emblématique de l’URSS durant la Seconde Guerre Mondiale. Point de son râpeux à la russe, mais une tension constante, une virtuosité sans failles et surtout un sens inné du lyrisme. Evidemment cet ensemble est insurpassable dans le Quatuor n°11 de Beethoven (écrit quand Napoléon assiégeait Vienne).

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Alexander Chausian, violoncelliste venu d’Arménie, a laissé une Elégie de Fauré poignante à souhait. Les deux pianistes, et Ashley Wass, ont tour à tour fait preuve de leurs talents de solistes, chambristes et accompagnateurs. Anna Lucia Richer est une soprano en début de carrière, on ne doute pas un instant que les plus grands rôles l’attendent. Ligne de chant excellemment soutenue et un grand sens du texte ont habité ses Drei Lieder der Ophelia de Strauss, proposés in extremis en remplacement d’un collègue empêché. Sa prestation dans le finale de la Symphonie n°4 de Mahler allie la candeur nécessaire pour Das himmlische leben (tiré du Knaben wunderhorn d’Arnim et Brentano, une description du Paradis par un enfant) à une projection vocale exemplaire. La jeune harpiste réussit le tour de force de trouver le bon équilibre sonore dans les partitions de Debussy et Caplet qui mettent en aleur son jeu. Citons aussi Laurent Lefèvre, basson solo à l’Opéra de Paris, dont on peut entendre enfin pleinement les capacités dans la très fauréenne Sonate de Koechlin, les violonistes Liana Gourdjia et Marc Boukhoff, l’altiste Lawrence Power, le contrebassiste Niek De Groot, le hautboïste Sébastien Giot, la clarinettiste Moran Katz, l’accordéoniste Marie-Andrée Joerger et le percussionniste Clément Losco, tous excellents partenaires de musique de chambre.

s’est aussi entouré de musiciens plus souvent programmés dans les salles françaises. a laissé quelques jours le Philharmonique de Berlin pour une interprétation magistrale des Mythes de Szymanowski. On ne présente plus ni ni , et on se doute que la Sonate pour flûte, alto et harpe par ces deux musiciens hors normes n’a pu être qu’un moment d’anthologie.

OLYMPUS DIGITAL CAMERALes Musicales de Colmar, comme de nombreux festivals, accueillent chaque année un compositeur en résidence. C’est , une enfant du pays, qui est choisie pour cette édition. Une compositrice dont le parcours classique (CNSMDP, IRCAM, Villa Kujoyama, Villa Médicis) témoigne de son talent de créatrice. Qui vive, écrit pour le format exigeant du trio à cordes, use avec brio et inventivité de procédés classiques (du silence au son, du bruit à la musique) alliés à une utilisation très personnelle de la répétition de cellules mélodico-rythmiques. Loin du minimalisme américain, la compositrice joue avec la mémoire de l’auditeur, fait répéter la même phrase jusqu’à ce qu’un sentiment de lassitude intervienne – et à ce moment sait renouveler l’intérêt en créant une nouvelle ambiance sonore. Une forme de jeu musical qui n’est pas sans rappeler son exact contemporain .

Festival de dimension européenne, rare moment d’effervescence musicale dans la ville de Colmar, Les Musicales est la preuve que ce genre de manifestation est indispensable pour la vie culturelle d’un territoire. Rendez-vous en 2015.

Crédit photographique : Marc Coppey © Marc Coppey 2013 ; /DR ; Symphonie n°4 © Michel Spitz

 

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