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Wagner et Liszt réconciliés par le Norvégien Johan Svendsen

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Jean-Luc Caron, musicologue spécialisé dans l’étude et la diffusion de la musique nord-européenne, entraîne depuis quelques années les lecteurs de Resmusica dans une ballade étonnante en pays scandinaves. Pour accéder au dossier complet : Brèves scandinaves

 

Johan SvendsenAu jour où les Européens votent pour leur parlement et s’interrogent sur leur destin ensemble, nous rappelons une anecdote qui montre que le mélange des nations est aussi source de réconciliation.

Au début des années 1870 jouissait d’une formidable réputation internationale. Le personnage, tout comme sa musique, alimentaient d’innombrables et incessants commentaires, aussi divers que variés parmi les collègues, les publics et les critiques. Si les appréciations se teintaient d’un large éventail de qualificatifs allant de la condamnation la plus extrême aux louanges les plus démesurés, il était devenu évident que déjà il appartenait, en très bonne position, à l’histoire actuelle et future de la musique occidentale.

Le Norvégien , violoniste, chef d’orchestre exceptionnel et compositeur, par ailleurs grand ami d’Edvard Grieg, alors âgé de 32 ans, se rendit en Allemagne en compagnie de sa femme Sally, une Américaine d’origine juive épousée à New York en 1871 et de Sigurd, le fils de cette dernière.

Le sexagénaire  travaillait sur le Crépuscule des Dieux et le trentenaire composait son ouverture pour orchestre Carnaval à Paris. Auparavant, il avait effectué une partie de ses prestations publiques en Allemagne avant de parfaire sa formation au Conservatoire de Leipzig.

Alors que rien ne les prédisposait à ce qu’elles se côtoient, les familles Wagner et Svendsen allaient se lier d’amitié pendant plusieurs semaines.

A la fin d’une série de vingt-deux concerts avec l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, Svendsen se décida à prendre quelque repos à Bayreuth (Bavière) pendant l’été 1872.

Certes il espérait entrer en contact avec Wagner mais sa venue était essentiellement motivée par son engagement comme premier violon au sein du grand orchestre qui devait regrouper les meilleurs musiciens du moment pour célébrer l’anniversaire du maître allemand, le 22 mai et sous la baguette duquel on avait programmé sa Marche de l’Empereur et la Symphonie n° 9 avec chœur de Beethoven.

Rencontrer Wagner intimement n’était pas chose facile car l’homme ne se laissait pas aborder aisément mais il se trouva, par hasard, qu’en juillet les Svendsen descendirent à l’hôtel Fantaisie à Donndorf, un petit village tout près de Bayreuth où logeaient Wagner et les siens. La fameuse Villa Wahnfried, leur future demeure, était encore en cours de construction.

Les deux familles firent connaissance et rapidement Cosima apprécia la personnalité de Sally du même âge qu’elle et dont le fils jouait avec ses enfants, Isolde, Eva et Siegfried. Cosima confia à son journal combien elle les trouvait tout à fait agréables. Ils se fréquentèrent régulièrement du 10 juin au 25 août. Les deux musiciens se rencontrèrent régulièrement, discutèrent beaucoup (entre autres à propos des légendes nordiques, de la Norvège, de la musique de Wagner surtout, que Svendsen étudiait alors intensément), effectuèrent de longues promenades, se retrouvèrent pour passer de bons moments dans une taverne autour d’une chope de bière.  Les Wagner poussèrent Sally à faire baptiser son fils en devenant les parrains dans le rite catholique.

Fort de cette confiance, Svendsen servit d’intermédiaire entre Wagner et son gendre, , le père de Cosima, en apportant à ce dernier une missive proposant une réconciliation et en intercédant personnellement en ce sens. Sa mission à Weimar fut couronnée de succès.

Cet épisode peu connu méritait d’être ravivé, n’est-ce pas ?

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