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Westminster, retour d’un label légendaire

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THE WESTMINSTER LEGACY – COLLECTOR’S EDITION. 40 CD. ADD [stéréo/mono]. Notices trilingues (anglais, allemand, français) excellentes. Durée : 44 h 7 min

 

dg_westminster_legacy_collector_3DSous étiquette Deutsche Grammophon, Universal publie un beau coffret de 40 CDs restaurant une sélection d’enregistrements choisis dans le catalogue américain légendaire Westminster. Précisons à ce propos que l’Occident fait, une fois de plus, office de parent pauvre, puisque cette sélection est en fait un échantillonnage de coffrets Universal coréens de 2012 nettement plus exhaustifs : l’un de 59 CDs consacré à la musique de chambre, et l’autre de 65 CDs dévolu aux œuvres orchestrales. L’album sous rubrique y ajoutant quelques pages vocales, on a d’abord l’impression d’une sorte de fourre-tout plutôt hétéroclite où manquent quand même certains disques essentiels, comme la superbe compilation Honegger par , ou l’admirable intégrale des Quatuors à cordes de Schubert par le … L’Europe serait-elle donc moins cultivée que la Corée ? On peut se le demander… Toutefois, cette sélection, dans sa restriction, s’attache à nous présenter intelligemment et de façon la plus équitable possible, la plupart des artistes du label, dans des gravures le plus souvent stéréophoniques, quand elles existent bien évidemment.

Westminster fait partie de ces labels indépendants qui foisonnèrent au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, suite au lancement du microsillon 33 tours par la Columbia américaine en 1948. Tout le répertoire nécessitait de nouvelles gravures selon le nouveau medium, pour enterrer définitivement le 78 tours, et comme il était très onéreux d’enregistrer aux États-Unis, et le dollar étant fort, Westminster, label new yorkais, se tourna vers l’Europe appauvrie par le conflit, et en particulier vers l’Autriche où une multitude de musiciens de haut niveau avaient le désir de se faire connaître internationalement. Les chevilles ouvrières de Westminster, dont le chef d’orchestre tchèque (1897-1990), lancèrent véritablement le label, notamment par des gravures réalisées au Konzerthaus de Vienne ainsi qu’à Londres.

L’artiste dont on retrouve le plus souvent le nom au catalogue est le grand chef d’orchestre (1891-1966), musicien autodidacte et atypique, ardent défenseur de la musique de son temps, mais qui enregistra la plupart des grands classiques avec un enthousiasme jamais démenti. On lui doit des raretés en premières gravures, comme l’oratorio de Beethoven Le Christ au Mont des Oliviers op. 85 (ici présent), l’intégralité du poème dramatique Manfred op. 115 de Schumann, ou, dès octobre 1952, la Symphonie n°3 en ré mineur op. 42 « Ilya Mouromets » de Glière dans sa version non expurgée (aussi dans ce coffret), alors que par après, d’autres chefs, dont ou , en gravèrent encore des versions amputées. D’autres anciennes gloires agrémentent le catalogue, comme (1913-1972) dans une superbe Symphonie Fantastique de Berlioz ; (1888-1965) dans une ample Symphonie n°8 en ut mineur de Bruckner qui serait irréprochable si le chef n’utilisait la version apocryphe de Joseph Schalk ; (1892-1958) qui doit subir une forte concurrence dans ses Tchaïkovski (Symphonie n°4 et Casse-Noisette intégral) ; ou (1875-1964) à retenir ici pour son éblouissante interprétation (en entier) de la symphonie dramatique Roméo et Juliette de . On retrouve également Sir (1889-1983) étonnamment à la tête d’un orchestre viennois pour une de ses multiples versions que l’on ne compte plus des Planètes de Holst, qui rappelons-le, n’étaient pas aussi populaires à cette époque. Mais d’un autre côté, pourquoi donc avoir retenu la trilogie finale de l’intégrale pionnière des 41 symphonies de Mozart par un (1912-1993) des débuts, alors que l’intérêt, précisément, était d’entendre les premières ?… Par ailleurs, on passera volontiers sur les Rachmaninov sans caractère du couple Lewenthal – Abranavel.

Côté musique de chambre, si l’on retrouve d’admirables solistes tels que Julian Bream, (à chérir !), ou , Jörg Demus et dans leurs jeunes années, on regrettera l’absence de ce dernier en trio avec Jean Fournier, violon (1911-2003) et Antonio Janigro, violoncelle (1918-1989), notamment dans les Trios de Mozart, Beethoven et Schubert. Et l’un ou l’autre disque supplémentaire de l’abondante discographie du n’aurait certainement pas été du luxe…

La musique vocale, enfin, est ici représentée par 10 CDs dont les sommets sont les Mélodies de Duparc par l’incomparable ténor canadien (1916-2006) ; Le Christ au Mont des Oliviers, déjà évoqué, de Beethoven, avec l’admirable soprano Maria Stader et sous la direction de Scherchen qui nous offre également d’étonnants Requiem K. 626 de Mozart et Messe en si mineur BWV 232 de Bach, compositeur qu’il chérissait particulièrement ; et enfin le premier enregistrement mondial du drame en musique Rodelinda HWV 19 de Haendel où brillent notamment Teresa Stich-Randall, , et les grands haendéliens anglais Helen Watts et Alexander Young.

Tout cela étant constamment d’un niveau élevé, si pas toujours d’égale valeur, mais toujours digne d’intérêt, espérons qu’un second coffret viendra combler les lacunes déjà évoquées plus haut.

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THE WESTMINSTER LEGACY – COLLECTOR’S EDITION. 40 CD. ADD [stéréo/mono]. Notices trilingues (anglais, allemand, français) excellentes. Durée : 44 h 7 min

 
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