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Genève. Grand Théâtre. 24-IX-2014. Robert Schumann (1810-1856) :
Die beiden Grenadiere Op. 49 N°1, Widmung Op. 25 N°1, Du bist wie eine Blume Op. 25 N°24, Mein Wagen rollet langsam Op. 124 N°4. Franz Schubert (1797-1828) :
Liebesbotschaft D. 957, Litanei auf das Fest Aller Seelen D. 343,
Auf dem Wasser zu singen D. 774, Gruppe aus dem Tartarus D. 583. John Ireland (1879-1962) :
Sea-Fever, The Vagabond, The Bells of San Marie. Frederick Keel (1871-1954) :
Three Salt Water Ballads.

Roger Quilter (1877-1953) :
Now sleeps the Crimson Petal Op. 3 N°2, Weep you no more, sad Fountains Op. 12 N°1, Go, lovely Rose Op. 24 N°3, Fair House of Joy Op. 12 N°7. Jacques Ibert (1890-1962) :
Chansons de Don Quichotte. Kurt Weill (1900-1950) : Die Moritat von Mackie Messer. Wolfagang Amadeus Mozart (1756-1791) : Deh, vieni alla finestra (Don Giovanni). Arrigo Boïto (1842-1918) : Son lo spirito che nega (Mefistofele). Charles Wolseley (1895-1984) : The Green-Eyed Dragon. Bryn Terfel (baryton-basse), Malcolm Martineau (piano).

BrynTerfel_Credit_Mei LewisDix-sept ans ! Dix-sept ans que n’était pas revenu sur la scène du Grand Théâtre de Genève (dernier récital en 1997).

L’an dernier, était au Festival de Verbier pour y chanter un formidable Wotan dans la Walkyrie de Richard Wagner emmenées d’un tempérament de feu par un Valéry Gergiev déchainé.
Là, Bryn Terfel montrait l’accomplissement de son art du chant avec une prestation exceptionnelle de puissance et de virilité. Mais entre les colères d’un Wotan et les lieder de Schumann ou de Schubert, il y a un monde de subtilités qu’il était pour le moins intéressant de découvrir.

Si en 1997, Bryn Terfel était un récitaliste sage et conscient de la tradition, avec ses barrières de comportement tant du côté du public que de celui de l’artiste, aujourd’hui, son aisance scénique laisse éclater son humour naturel. Avec un culot incroyable, il bouscule les habitudes avec une série d’interventions amusantes et spirituelles où il raconte quelques-unes de ses aventures personnelles. Avec un langage coloré, il dit comment il chantait « Eri tu » de Un Ballo in Maschera ou « Cortigiani, vil razza dannata » du Rigoletto parmi son seul public d’alors, soit les vaches et les moutons de la ferme paternelle. Sentant la participation du public, après un magnifique de Schubert, il précise « cet air en Mi majeur, si bien accompagné au piano, me fait voir le murmure de l’eau du ruisselet (Rauschendes Bächlein…) ». Puis, avant d’entamer une série d’airs de John Ireland, le voilà qui s’enthousiasme sur la formidable acoustique du Grand Théâtre de Genève, s’essayant à un sifflet qu’il jette entre ses doigts. Au moment d’interpréter les Chansons de Don Quichotte, Bryn Terfel entame un discours sur le film de Chaliapine où la basse russe avait commandé ces airs de Don Quichotte à Jacques Ibert, ceux de Ravel lui paraissant trop aigus.

On pourrait imaginer que la faconde du chanteur l’éloignerait de la concentration nécessaire à ses interprétations. Mais tel un caméléon se fondant aux couleurs de son environnement, Bryn Terfel sépare superbement cet aspect de « showman » avec l’artiste chanteur. Ainsi, quand il chante Die beiden Grenadiere de Schumann, en trois voix différentes, on distingue le conteur de chacun des deux grenadiers de Napoléon. Puis alors que se termine la citation de La Marseillaise triomphalement chantée, un infime et sublime pianissimo termine (longtemps après que le piano se soit tu) ce chant d’amour du soldat à son Empereur.

Avec Schubert, Bryn Terfel passe admirablement du lyrisme extrême des Litanei auf das Fest Aller Seelen à une ligne de chant étendue et calme lors de son Auf dem Wasser zu singen.

Si aucune parole de tous ses lieder allemands n’échappe à la compréhension, Bryn Terfel apparaît plus à l’aise avec les compositeurs britanniques dont il se fait le chantre absolu. Il domine toutes les subtilités du langage et quand il interprète The Vagabond de John Ireland, on touche à l’expression vocale populaire d’un homme tel qu’on en rencontre dans les pubs de Grande-Bretagne. Cela ne l’empêche aucunement de nous briser le cœur lorsqu’il raconte (presque plus encore qu’il ne chante) le débit trop fort des fontaines (Weep you no more, Sad Fountains) qui semblent pleurer au lieu de jouir du soleil présent.

Après ses Chansons de Don Quichotte de Jacques Ibert, Bryn Terfel aborde avec une générosité débordante une partie de son récital dédiée à l’opéra. Son Don Giovanni est magnifiquement amoureux dans son Deh, vieni alla finestra alors que son Mefistofele est diabolique à souhait dans Son lospirito che nega. Tout juste si on peut regretter qu’il ait abordé cet air en fin de récital, la fatigue accumulée lui faisant accuser quelques légères hésitations dans l’extrême grave.

Un triomphe salue ce récital dont la qualité ravit le public. Un succès qui n’aurait certainement pas été si total sans l’extraordinaire accompagnement d’un complice et superbement musical. Sachant s’intégrer à la personnalité débordante de Bryn Terfel, jouant avec d’admirables couleurs pianistiques tantôt en contraste, tantôt en harmonie totale avec cette force de la nature faite baryton-basse. Celui qu’on qualifie déjà comme « le baryton du siècle » mérite ici qu’on s’incline devant tant d’art du chant. Merci votre Majesté Bryn Terfel !

Crédit photographique : Bryn Terfel © Mei Lewis

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Genève. Grand Théâtre. 24-IX-2014. Robert Schumann (1810-1856) :
Die beiden Grenadiere Op. 49 N°1, Widmung Op. 25 N°1, Du bist wie eine Blume Op. 25 N°24, Mein Wagen rollet langsam Op. 124 N°4. Franz Schubert (1797-1828) :
Liebesbotschaft D. 957, Litanei auf das Fest Aller Seelen D. 343,
Auf dem Wasser zu singen D. 774, Gruppe aus dem Tartarus D. 583. John Ireland (1879-1962) :
Sea-Fever, The Vagabond, The Bells of San Marie. Frederick Keel (1871-1954) :
Three Salt Water Ballads.

Roger Quilter (1877-1953) :
Now sleeps the Crimson Petal Op. 3 N°2, Weep you no more, sad Fountains Op. 12 N°1, Go, lovely Rose Op. 24 N°3, Fair House of Joy Op. 12 N°7. Jacques Ibert (1890-1962) :
Chansons de Don Quichotte. Kurt Weill (1900-1950) : Die Moritat von Mackie Messer. Wolfagang Amadeus Mozart (1756-1791) : Deh, vieni alla finestra (Don Giovanni). Arrigo Boïto (1842-1918) : Son lo spirito che nega (Mefistofele). Charles Wolseley (1895-1984) : The Green-Eyed Dragon. Bryn Terfel (baryton-basse), Malcolm Martineau (piano).

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