La Scène, Opéra, Opéras

Honorable Peter Grimes à Munich

Plus de détails

Munich. Prinzregententheater. 2-XI-2014. Benjamin Britten (1913-1975) : Peter Grimes, opéra en trois actes et un prologue sur un livret de Montague Slater. Mise en scène : Balász Kovalik ; décors : Csaba Antal ; costumes : Csaba Antal. Avec : Gerhard Siegel (Peter Grimes) ; Edith Haller (Ellen Orford) ; Ashley Holland (Balstrode) ; Snejinka Avramova (Auntie) ; Juan Carlos Falcón ; István Kovács (Swallow) ; Ann-Katrin Naidu (Mrs Sedley) ; Holger Ohlmann (Ned Keene)… Choeur (préparé par Jörn Hinnerk Andresen) et orchestre du Théâtre National de la Gärtnerplatz ; direction musicale : Marco Comin.

Un Britten solide sur la deuxième scène lyrique de Munich.

Il n’est plus aujourd’hui un seul amateur d’opéra qui ne connaît pas au moins de réputation l’Opéra national de Bavière ; mais peu savent, en France du moins, que Munich compte une seconde scène lyrique, le Staatstheater am Gärtnerplatz : comme la Staatsoper, et comme son nom l’indique, il est entièrement financé par l’État de Bavière, mais là où la Staatsoper s’appuie sur un large éventail de solistes internationaux, le Staatstheater fonctionne comme la plupart des scènes provinciales allemandes sur une troupe permanente de chanteurs, quitte à aller chercher à l’occasion des solistes invités pour les rôles que la troupe ne peut assumer – c’est le cas ici pour les deux rôles principaux. Avec son propre orchestre, son propre chœur et son propre ballet, le Staatstheater propose une programmation variée, qui redouble sans doute un peu trop souvent ce que la Staatsoper offre avec des moyens supérieurs, mais permet aussi à l’occasion de combler des vides dans le répertoire de la grande maison. Britten, c’est un fait, n’est pas très présent à la Staatsoper, et ce Peter Grimes est sans nul doute bienvenu, comme en atteste le fort taux de remplissage de cette soirée.

Depuis deux ans et demi, le théâtre de la Gärtnerplatz, à quelques centaines de mètres du siège de la Staatsoper, est en travaux, ce qui vaut au Staatstheater une errance dans l’espace munichois : pour ce Peter Grimes, c’est le Prinzregententheater qui abrite les représentations, une salle utilisée aussi par la Staatsoper et divers programmateurs privés ou publics ; même si la salle a été construite en 1901 en s’inspirant du Festspielhaus de Bayreuth, elle offre avec ses quelque 1100 places une relative intimité pour ce drame du grand large qu’est Peter Grimes.

Le moins qu’on puisse dire est que le metteur en scène ne manque pas d’idées. Le problème est que tant d’idées juxtaposées ne suffisent pas à donner une lecture cohérente : chaque moment, certainement, est mis en place avec toute l’énergie voulue, mais l’attention à l’individu se perd vite dans les scènes de foule, et l’impression que chaque scène est dessinée pour elle-même sans lien avec ce qui précède ou ce qui suit domine vite. Le décor construit autour d’une sorte de voile de plastique transparent et souple qui se transforme au fil des scènes a pour lui sa mobilité, mais il ne parvient jamais à vraiment créer de véritables lieux.

Il ne saurait être question de juger la performance musicale à la même aune que pour les productions des grandes maisons internationales, même si comme en ont connu les fastes. Le premier, qui a à son répertoire Lohengrin ou Florestan, est moins à l’aise dans la vocalité hors norme du pauvre héros de Britten ; la seconde, dans un des rôles les moins gratifiants de tout le répertoire lyrique, apporte un timbre lumineux qui apporte un peu des rares moments de chaleur dans ce drame sans issue. Autour d’eux, on peut regretter une Auntie à court de voix, et dans l’ensemble une diction anglaise perfectible, mais le Capitaine Balstrode d’Ashley Holland et plus encore le très malin Ned Keene de Holger Ohlmann conduisent avec force une série de seconds rôles qui fait honneur au Staatstheater am Gärtnerplatz.

Tous sont dirigés par , directeur musical du Staatstheater ; si l’orchestre ne peut cacher son manque de familiarité avec cette musique, il y a là une énergie impressionnante, qui s’intéresse au drame plus qu’aux atmosphères délicates des paysages marins ; on peut du moins être sûr que cette soirée aura renforcé l’appétit du public munichois pour un compositeur qui est encore trop rare en Bavière.

Crédit photographique © Thomas Dashuber

(Visited 143 times, 1 visits today)

Plus de détails

Munich. Prinzregententheater. 2-XI-2014. Benjamin Britten (1913-1975) : Peter Grimes, opéra en trois actes et un prologue sur un livret de Montague Slater. Mise en scène : Balász Kovalik ; décors : Csaba Antal ; costumes : Csaba Antal. Avec : Gerhard Siegel (Peter Grimes) ; Edith Haller (Ellen Orford) ; Ashley Holland (Balstrode) ; Snejinka Avramova (Auntie) ; Juan Carlos Falcón ; István Kovács (Swallow) ; Ann-Katrin Naidu (Mrs Sedley) ; Holger Ohlmann (Ned Keene)… Choeur (préparé par Jörn Hinnerk Andresen) et orchestre du Théâtre National de la Gärtnerplatz ; direction musicale : Marco Comin.

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.