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Philippe Jordan et ses viennois

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Bruxelles. Palais des Beaux-Arts. 26-XI-2014. Richard Wagner (1813-1883) : Ouverture de Tannhäuser ; Franz Liszt (1811-1886) : Concerto pour piano et orchestre n°2 en la majeur, S.125 ; Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°1 en Ut mineur (Version de Linz). Khatia Buniatishvili, piano ; Wiener Symphoniker, direction : Philippe Jordan.

Philippe Jordan inaugure, par une tournée, sa prise de fonction à la tête des Wiener Symphoniker.

Second orchestre viennois, l’ souffre, du moins à l’échelle internationale, de l’ombre de son légendaire et médiatique confrère du Philharmonique de Vienne qui truste les tournées de prestige et les diffusions audiovisuelles. Fondé en 1900, il peut pourtant se prévaloir d’une histoire à faire pâlir nombre de phalanges internationales ! Il a donné la création mondiale de la Symphonie n°9 de Bruckner et des Gurre-Lieder du jeune Arnold Schoenberg. Quant à ses directeurs musicaux, on y pointe les noms de Josef Krips, Hebert von Karajan, Wolfgang Sawallisch ou Carlo Maria Guilini ! Depuis cette rentrée 2014, c’est le Suisse qui préside aux destinées musicales des Autrichiens et c’est à ce titre qu’il se présentait, dans le cadre d’une tournée européenne, devant le public bruxellois.

Si le Wiener Philharmoniker cultive une esthétique sonore ronde et confortable à l’oreille (au risque d’excès de graisse), le Wiener Symphoniker présente un son incisif et beaucoup plus brut de décoffrage. La force de son collectif, avec des pupitres disciplinés et très précis, apporte ce qu’il faut de maîtrise pour affronter la Symphonie n°1 de Bruckner, que l’on se réjouissait de retrouver en seconde partie de ce concert.  La phalange, menée avec élan et fluidité par Philippe Jordan, y fait preuve de puissance et de style dans cette partition assez hybride, délicate à unifier et à faire sonner sans vulgarité, mais portée par cet élan collectif stimulant. On ressent la même impression dans une ouverture de Tannhäuser où aucun pupitre ne cherche à tirer la couverture sur lui ; en chef d’opéra, Jordan sait s’y montrer narratif. Acclamés par le public, le chef et l’orchestre offrent en bis la Vie d’artiste de Johann Strauss, dans une esthétique moins grassouillette que celle défendue par le Wiener Philharmoniker. Strauss y gagne en fluidité et en transparence.

Attraction des salles de concert pour sa plastique des plus avantageuses et pour son sourire ravageur, « la »  était en parade dans le Concerto n°2 de Liszt. Certes, on ne s’ennuie pas avec ce pianisme rageur et tempétueux, libre variation sur le style lisztien. Mais, à défaut de culture interprétative poussée et de maturation musicale, l’interprétation en sort décousue et sonne des plus vulgaires. Si la puissance verticale de toucher est, comme toujours, impressionnante, on surprend des tunnels et des trous noirs dans les phrasés. Liszt en version téléréalité en quelque sorte !

Au final, le public ressort particulièrement enthousiasmé par ce concert. Philippe Jordan s’est, comme à son habitude, montré excellent et on redécouvre un orchestre qui fait honneur à sa grande Histoire.

Crédit photographique : Philippe Jordan © JF Leclercq

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