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Les Mamelles de Tirésias en version de concert à Nancy

La Scène, Opéra, Opéras

Nancy. Opéra national de Lorraine. 30-XII-2014. Francis Poulenc (1899-1963) : Les Mamelles de Tirésias, opéra-bouffe en deux actes avec prologue sur un livret du compositeur, d’après la pièce de Guillaume Apollinaire. Version de concert. Avec : Clara Meloni, Thérèse-Tirésias / la Cartomancienne ; Ivan Ludlow, le Mari de Thérèse ; Werner Van Mechelen, le Directeur de théâtre / le Gendarme ; Christophe Gay, Presto ; François Piolino, Lacouf ; Eric Vignau, le Journaliste ; Benjamin Alunni, le Fils ; Michèle Lagrange, la Marchande de journaux ; Valérie Barbier, une grosse Dame ; Eléna Le Fur, une Dame élégante ; Alain Blenner, un Monsieur barbu ; Pascal Desaux, baryton solo. Chœur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell), Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction : Jean-Marie Zeitouni

Zeitouni Jean-Marie 2014Crise et économie budgétaire sont les deux mamelles de Nancy : la fin d’année avait un peu la gueule de bois avant l’heure avec Les Mamelles de Tirésias données simplement en version de concert.

«L’Opéra national de Lorraine est contraint de revoir sa programmation à cause d’imprévus artistiques, de difficultés liées à des coproductions qui n’ont pu aboutir et d’incertitudes concernant les ventes et locations de nos spectacles alors que les charges restent constantes. […] Ces mesures sont indispensables pour garantir l’équilibre financier de l’établissement dans les prochains mois.» Par ce communiqué, le directeur de l’Opéra national de Lorraine annonçait en octobre dernier que le spectacle des fêtes de fin d’année se passerait de la mise en scène de Macha Makeïeff initialement prévue et déjà vue à Lyon fin 2010 puis à la Salle Favart début 2011. Visiblement, le pari audacieux d’attirer le public avec le rare et peu connu opéra-comique de Les Mamelles de Tirésias n’avait hélas pas fonctionné.

Malheureusement, en dépit d’une discrète tentative de mise en espace, l’œuvre ainsi présentée dans la nudité d’une version de concert accuse par trop ses faiblesses. C’est tout particulièrement le texte de la pièce « surréaliste » de Guillaume Apollinaire, dont est tiré le livret, qui pose problème. Irrémédiablement datée, cette histoire abracadabrante d’une féministe avant l’heure qui, lasse d’enfanter, change de sexe en perdant sa poitrine tandis que son époux délaissé se consacre à élever une pléthorique progéniture de 40.049 enfants en un jour (sic) n’est plus drôle mais tout bonnement grotesque et ne fait en tout cas plus rire ni même sourire aucun spectateur. Quant à la maxime finale « Français, faites des enfants ! », elle concernait bien plus clairement la France en reconstruction d’après-guerre, celle de 1917 (création de la pièce d’Apollinaire) comme celle de 1947 (création de l’opéra-comique de Poulenc). Le délire visuel, le tourbillon et les gags d’une mise en scène un peu déjantée auraient pu faire passer la pilule : ce n’est ici hélas pas le cas.

MELONI Clara sept. 2014 (2)Les chanteurs ne déméritent pourtant pas et affrontent crânement les difficultés dont Poulenc s’est plu à hérisser sa partition : sauts de registre, suraigus et chant syllabique ou à la rythmique complexe y abondent. Ainsi est une Thérèse-Tirésias pleine de fraîcheur et de finesse, à l’aigu brillant et lumineux, avec la touche de dérision qui convient parfaitement. Dans le rôle du mari, est plus à la peine, alternant aigus poussés et contraints ou en falsetto mais sans humour, en manque de légèreté dans une interprétation surtout marquée par l’énergie et la virilité. est en revanche impeccable tant dans l’éclat de son monologue introductif que dans la saveur pittoresque de son incarnation du gendarme. confirme son adéquation aux rôles de ténor de caractère avec un Lacouf de haut relief quand , trop superbe et trop intense, convainc moins en Presto. Et en quelques répliques, parvient encore à marquer les esprits dans sa courte apparition en marchande.

dirige clair et net un techniquement irréprochable mais à la pâte un peu épaisse ; sa situation sur le plateau plutôt qu’en fosse y est peut-être pour quelque chose. En fin coloriste, le chef détaille avec soin les subtilités instrumentales de Poulenc mais manque globalement de souplesse, de légèreté et surtout d’humour. Il en est de même du , un peu trop vaillant et intense pour l’œuvre. Ce court (55 minutes) spectacle en demi-teinte s’est conclu sur une projection avec accompagnement orchestral du Kid de Charlie Chaplin, en lieu et place du Foxtrot de Chostakovitch et du Bœuf sur le toit de Darius Milhaud prévus en début de saison.

Crédit photographique : Jean-Marie Zeitouni  ; @ DR – Opéra national de Lorraine

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