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Terfel à la barre du Vaisseau fantôme colonialiste d’Andreas Homoki

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Richard Wagner (1813-1883) : Der Fliegende Holländer, opéra en 3 actes, sur un livret du compositeur. Mise en scène : Andreas Homoki. Décor : Wolfgang Gussmann. Costumes : Wolfgang Gussmann, Susana Mendoza.Lumières : Frank Evin. Video : Nele Münchmeyer. Avec : Bryn Terfel : Der Holländer ; Matti Salminen, Daland ; Anja Kampe, Senta; Marco Jentzsch, Erik ; Lilian Nikiteanu, Mary ; Fabio Trümpy, Dalands Steuermann ; Nelson Egede, Dalands Diener. Choeur (chef de choeur Jürg Hämmerli) de l’Opéra de Zürich et Philharmonia Zürich sous la direction d’Alain Altinoglu. Captation DVD : Wolfgang Tippelt. Enregistré en 2013 à l’Opéra de Zürich. Sous-titres : allemand, anglais, français, espagnol, chinois, coréen. Notice : allemand, anglais, français. 1 DVD DG 139′.

 

dg wagner altinogluEn décembre 2013, tente, à Zürich, une nouvelle vision du Vaisseau fantôme, un opéra qui en a tant vu ! Hélas la proposition du toujours captivant metteur en scène allemand dépasse visiblement le vidéaste en charge du DVD que DG vient de publier.

L’opéra selon Homoki, c’est un concept mais tout autant une affaire de décor. Jadis sa Femme sans ombre au Châtelet. Plus près de nous son David et Jonathas à Aix. Pour Homoki, le genre opéra est toujours synonyme d’une certaine recherche du choc esthétique et ce Fliegende Holländer ne déroge pas à la règle.
En toute logique les metteurs en scène continuent de fantasmer sur Le vaisseau fantôme, lui-même une puissante réflexion sur le fantasme. Et de même que dans la récente production de Bayreuth due à , on ne s’ennuie pas une seconde face à celle d’Homoki.

A l’époque de Wagner, l’indécence coloniale est à son plus haut niveau d’expansion. Le spectaculaire décor unique d’Homoki est la reconstitution minutieuse d’un comptoir colonial où se meuvent des ronds de cuir kafkaïens, avec carte d’Afrique géante au mur, commode télégraphe à disposition. Aucune perspective sur l’extérieure hormis une fascinante toile marine qui s’animera de la plus belle façon à maintes reprises. Dans cet ultra-rigide intérieur en rotation perpétuelle et se disloquant, se réduisant à quelques moments-clés (au nez et à la barbe d’un vidéaste peu concerné), une magistrale direction d’acteurs magnifie des choeurs, déjà gâtés dans cet opéra, et pas loin ici d’être les personnages principaux. Les attitudes sont toujours justes. Pas un choriste pris en flagrant délit de rêvasserie ou d’application dans quelque gros plan que ce soit : fait rare dans le monde de l’opéra.

C’est même du choeur que va sortir le Hollandais, projeté comme un fantasme de culpabilité. Habillé comme un trafiquant, grimé à l’indienne, il est entre deux mondes, celui des exploitants et celui des exploités. La sensationnelle scène chorale de l’Acte III avec la violente irruption de la Nature dans cet étouffoir marchand, confirmera le propos d’Homoki. Ce Hollandais, insaisissable comme jamais, capable de se démultiplier, est de toute évidence une projection. Ce n’est pas tant lui, qui n’aura existé que dans la tête de chacun et qui disparaîtra comme il sera venu, que le monde consumériste de Daland qui mènera Senta au suicide. Depuis Kupfer, toute l’intrigue du Vaisseau provenait du cerveau malade de Senta. Chez Homoki, c’est d’un Monde ravagé par l’appât du gain qu’elle a surgi.

Aucune rédemption donc. Et c’est en toute logique qu’ fasse surgir de la fosse la version originale de 1843. Moins puissante que l’arche grandiose déroulée par Thielemann à Bayreuth, la conception du chef français est néanmoins d’une vie constante, très chantante dans la partie singspiel, implacable dans la marche vers la mort.

perpétue la lignée des Hollandais grandioses, à l’opposé du Youn merveilleusement humain de Bayreuth mais, malgré une fatigue finale, tout aussi touchant dans sa composition d’un être déchiré par le doute. On comprend que DG ait eu à coeur de fixer son incarnation. La projection du chant très ample, très vibré dans des aigus envoyés à pleine puissance, d’ passe mal l’image. Elle n’est à l’évidence pas non plus une bête de scène. L’Erik éperdu et très séduisant de est quant à lui superlatif, d’un lyrisme bouleversant. L’autoritaire ne peut masquer le passage des ans dans un Daland qui aura beaucoup bourlingué. Le Pilote agile et clair de et l’irrésistible Mary « pète-sec » de complètent la distribution.

De merveilleux costumes pour tous ajustent l’intelligence de cette nouvelle conception, qui est loin d’en être une de plus, du premier chef-d’oeuvre de Wagner.

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