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Résistance par les Arts, un devoir de mémoire

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Dijon, Auditorium, 20 et 21-III-2015. Quatuor Bennewitz. Erwin Schulhoff (1894-1942), Cinq pièces. Viktor Ullmann (1898-1944), Quatuor n° 3. Gideon Klein (1919-1945), Fantaisie et fugue. Pavel Haas (1899-1944), Quatuor n° 2 Des Montagnes du Singe. Jakub Fišer et Štĕpán Ježek, violons ; Jiři Pinkas, alto ; Štĕpán Doležal, violoncelle. Le Golem Théâtre : La Guerre des Salamandres, roman de Karel Čapek traduit du tchèque par Claudia Ancelot, (Editions La Baconnière) adapté par Michal Laznovsky et Frederika Smetana. Avec Bruno La Braska, Jacques Pabst, Frederika Smetana et Philippe Vincenot.

quatuor BennewitzEn mettant l’accent sur la vitalité littéraire et musicale des artistes tchèques touchés par la barbarie nazie, l’Auditorium de Dijon conclut le Festival « Résistance par les Arts »,à la fois par un devoir de mémoire et par un formidable espoir en ce que l’homme peut imaginer de meilleur.

Durant ces trois derniers spectacles, on est fasciné par la qualité musicale des œuvres proposées : qu’elles l’aient été dans des circonstances coercitives ou prophétiques, elles disent haut et fort la pulsion vitale !

Les textes qui les accompagnent montrent autant l’affirmation de la liberté que le sentiment de culpabilité de celui qui a réchappé à l’enfermement dans le camp de Theresienstadt (ou Terezin) et au gazage systématique.

La Guerre des Salamandres, spectacle adapté du roman de Karel Čapek, est un magnifique exemple de l’humour tchèque juif, mais c’est aussi une fable qui reste, hélas, d’actualité. Le Golem Théâtre, composé de quatre comédiens simplement debout derrière leurs pupitres nous a permis de toucher du doigt ce qu’était la vie dans ce camp plein de contradictions quant à son fonctionnement : à la fois camp de travail et camp « vitrine » de l’humanité supposée de l’administration nazie, il n’était en fait qu’une antichambre déguisée d’Auschwitz. Les nazis responsables de Terezin ont même temporairement favorisé des spectacles interdits à Berlin : on y entendait de la musique « entartete », dégénérée, à côté de pièces plus classiques. Mais le couperet du voyage ultime vers l’Est planait sans cesse au-dessus des têtes, surtout si on apercevait quelque charge dans le propos, ce fut le cas pour , compositeur inspiré du Kaiser von Atlantis, du jeune et du chansonnier Leo Strauss.

Karel Čapek mourut en 1938, son nom figurait en tête de liste des personnalités à supprimer. La Guerre des Salamandres, est-il un roman de science fiction, une fable, un roman d’aventures ? En tout cas sous une loufoquerie apparente se cache une critique acerbe des travers des sociétés manipulatrices et utilitaires : communistes, capitalistes, faux démocrates sont renvoyés dos à dos.

La découverte du Quatuor Bennewitz est un moment musical très fort. Ces quatre jeunes Tchèques possèdent à l’évidence tous les talents des grands : justesse, son d’ensemble remarquable, expressivité qui donnent à ce répertoire d’œuvres composées presque toutes à Terezin, un sens que l’on ressent profondément, et que l’on n’est pas près d’oublier. Par exemple, on se sent transporté dans Les Montagnes du Singe, avec ces sons rutilants qui évoquent la nature, le chant des oiseaux, mais aussi l’exaltation propre à celle que l’on éprouve face au spectacle des bois et des champs. On est admiratif devant la pureté des harmoniques, le son âpre du « ponticello », le claquement des « col legno » qui sonnent tout naturellement. On apprécie tout autant le travail contrapuntique pourtant ardu de la Fantaisie et Fugue qui n’est pas sans rappeler celui Alban Berg.

Mais surtout, l’engagement, la cohésion de l’ensemble, qui laisse pourtant entendre l’individualité, à l’intérieur du groupe comme dans les soli de chacun, l’interprétation dit surtout la Vie avec ses émotions contrastées. Nous nous retrouvons dans ces partitions ciselées avec art et passion par ces compositeurs résistants à l’enfermement : après deux soirées passées en compagnie du quatuor Bennewitz, on se prend à espérer en l’homme.

Crédit photographique : Quatuor Bennewitz (c) Quatuor Bennewitz

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Dijon, Auditorium, 20 et 21-III-2015. Quatuor Bennewitz. Erwin Schulhoff (1894-1942), Cinq pièces. Viktor Ullmann (1898-1944), Quatuor n° 3. Gideon Klein (1919-1945), Fantaisie et fugue. Pavel Haas (1899-1944), Quatuor n° 2 Des Montagnes du Singe. Jakub Fišer et Štĕpán Ježek, violons ; Jiři Pinkas, alto ; Štĕpán Doležal, violoncelle. Le Golem Théâtre : La Guerre des Salamandres, roman de Karel Čapek traduit du tchèque par Claudia Ancelot, (Editions La Baconnière) adapté par Michal Laznovsky et Frederika Smetana. Avec Bruno La Braska, Jacques Pabst, Frederika Smetana et Philippe Vincenot.

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