Berlioz, Hartmann et Ravel dansent à Munich avec Petrenko

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Munich. Nationaltheater. 12-IV-2015. Maurice Ravel (1875-1937) : La Valse ; Karl Amadeus Hartmann (1905-1963) : Gesangsszene (Scène chantée) pour baryton et orchestre sur un texte de Jean Giraudoux ; Hector Berlioz (1803-1869) : Symphonie fantastique op. 14. Christian Gerhaher, baryton ; Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière ; direction : Kirill Petrenko.

Beau programme autour de la musique et de l’esprit français avec l’Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière.

Même si Munich ne manque pas d’orchestres, celui de l’Opéra ne se prive pas de proposer une petite saison symphonique, avec six programmes annuels – il s’agit même d’une très ancienne tradition, vieille de plus de deux siècles, bien antérieure donc à la formation des autres orchestres.

Pour trois de ces concerts, c’est le directeur musical de l’Opéra qui se présente au public, cette fois avec un programme stimulant que le texte introductif publié dans le programme résume par une formule pertinente : « Danses sur le volcan ».

Aucune œuvre ne correspond mieux à cette thématique que La Valse : contrairement à l’habitude, Petrenko ne fait pas de la pièce de Ravel une implacable progression vers la catastrophe finale, qui n’est pas même ici particulièrement explosive. C’est dès les premières mesures, avec ces contrebasses plus inquiétantes que jamais, que la catastrophe commence. Les moments les plus expressément valsés eux-mêmes ne laissent aucune chance à l’abandon sensuel : la danse n’est pas ici une illusion de bonheur, elle est l’expression d’une (haute) société. Le rigide ordre de la danse est représentation : luxuriante, obsédante, arrogante comme seuls savent l’être ceux dont la fin approche. Petrenko, ici, fait ce que savent faire les plus grands chefs, donner d’une œuvre rabâchée une interprétation profondément personnelle et dérangeante qui pourtant ne fait qu’exprimer au plus intime l’esprit de cette musique.

C’est aussi au désir des interprètes que tient la présence au concert, certes rare mais régulière, de la Scène chantée qui constitue la dernière œuvre du compositeur munichois : après le créateur Dietrich Fischer-Dieskau, c’est aujourd’hui ou qui se font les champions d’une partition qui est la réaction atterrée d’un compositeur profondément épris de paix aux périls de la guerre froide, notamment lors de la crise de Cuba. La musique ne danse certes pas beaucoup, le texte extrait de Sodome et Gomorrhe de Giraudoux, lui, dessine l’image d’une civilisation poussée à son plus haut degré de raffinement, mais tout aussi menacée de catastrophe finale : « Une fin du monde, la plus triste de toutes »… La déclamation est toujours le point fort de : la tristesse prophétique qui caractérise la partition de Hartmann est faite pour lui, avec l’aide d’un orchestre d’une implacable transparence.

Pour terminer ce programme qui ne coïncide guère avec le choix des œuvres qu’il dirige dans la fosse, revient à la France, avec une Symphonie fantastique qui donne furieusement envie que ce merveilleux chef de théâtre s’attaque aux Troyens. Avec son orchestre d’élite, Petrenko trace un tableau certes romantique, mais ne s’embarrassant pas de détails accessoires ; à la fin du concert, il remercie avec effusion un public qui n’en peut mais.

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