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Hélène Grimaud sauvée des eaux par Brahms

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Rolle. Rosey Concert Hall. 12-V-2015. Luciano Berio (1925-2003) : Wasseklavier. Toru Takemitsu (1930-1996) : Rain Tree Sketch II. Gabriel Fauré (1845-1924) : Barcarolle no. 5. Maurice Ravel (1875-1937) : Jeux d’eau. Isaac Albeniz (1860-1909) : Almeria. Franz Liszt (1811-1886) : Les jeux d’eau à la Villa d’Este. Leos Janacek (1854-1928) : In the mist. Claude Debussy (1862-1918) : La Cathédrale engloutie. Johannes Brahms (1833-1897) : Sonate no. 2 en fa dièse mineur op. 2. Hélène Grimaud, piano.

© Mat HennekLa venue de la pianiste fait toujours l’événement. Quand elle se propose de jouer loin des habituels grands centres culturels, l’attirance d’un public mélomane prend alors toute son importance.

Dans le tout récent et splendide auditorium du Collège du Rosey, œuvre de l’architecte vaudois Bernard Tschumi, l’audacieuse architecture extérieure du bâtiment recouvert d’une toiture de panneaux métalliques fait penser à une immense soucoupe volante posée au sol. Difficile d’imaginer que cette bâtisse d’acier et de verre renferme, autour de ses escaliers et colonnes de béton lissé, une salle de spectacle de 900 places. En pénétrant dans cette grande salle rectangulaire aux parois de bois aggloméré, l’effet visuel en trompe-l’œil est saisissant. On se croirait dans la salle d’un palais de marbre beige.

C’est dans cet univers particulier que propose son nouveau récital qui, ainsi qu’elle l’introduit elle-même, s’attache à un choix de pièces musicales qui « se concentrent sur la nature colorée, décorative, atmosphérique et poétique de l’eau ».

Avançant vers son instrument, la démarche posée, émanant d’un calme apparent, elle impose l’attention avant même le début de son concert. Etonnante sensation d’une douce autorité. Un bref salut et elle prend possession de son instrument pour ce récital particulier. A souligner la performance de cette première partie s’articulant autour d’une suite pratiquement ininterrompue de huit œuvres de compositeurs différents. Dans la salle complètement obscurcie, le piano d’Hélène Grimaud sonnera pendant quarante-cinq minutes pratiquement ininterrompues, les mains de la pianiste ne quittant jamais le clavier entre les différents morceaux.

Les œuvres se succèdent en tentant d’insuffler sur le public ces images de poésie aquatique. Des gouttelettes de la pluie de Toru Takemitsu aux profondeurs abyssales de la Cathédrale engloutie de Debussy en passant par la tempête imagine par Fauré, Hélène Grimaud fait montre de son irréprochable technique pianistique pour donner une image impressionniste de ces musiques. Peut-être qu’une utilisation plus parcimonieuse de la pédale aurait rendu le discours musical plus clair. Pour le béotien, comme pour le mélomane, il est parfois difficile de ressentir le passage d’un compositeur à l’autre. Heureusement que les pages très typées de Almeria de la Suite Iberia d’Albeniz étaient là pour remettre un jalon dans l’avalanche et presque confusion musicale. Si le jeu d’Hélène Grimaud ne supporte aucune critique du point de vue technique, on peut avoir quelques réserves en ce qui concerne l’expressivité profonde de sa musique. On sent la soliste comme retenue, distante, presque insensible au lyrisme. Etrange sentiment qui semble ne pas coller avec la personne même d’Hélène Grimaud dont on sait la grande profondeur d’âme.

Après l’entracte, la pianiste offre sa conception de la Sonate no. 2 en fa dièse mineur op.2 de Brahms. D’emblée, l’énergie dégagée laisse entrevoir une interprétation en contraste total d’avec la première partie de ce récital. Tout au long de cette sonate, Hélène Grimaud affiche magnifiquement les exigences de cette partition. Offrant un piano puissant, viril, structuré, la pianiste se laisse emporter par la musique de Brahms. Avec elle on vibre. On vibre à une musique qu’elle fait vivre avec des couleurs extraordinaires. Que ce soit dans la délicatesse de ses pianissimo ou dans la vigueur des contrastes. Toutefois, si ses sonorités des basses restent impressionnantes, celles des plus hautes notes du clavier sont moins convaincantes. A la magnificence éthérée des premières notes du final succède la brillance des dernières mesures superbement révélées par le cristal surgissant des doigts d’Hélène Grimaud.

Avec cette deuxième partie de concert sensiblement plus intéressante que la tentative pianistique d’entraîner le spectateurs dans un monde peut-être trop intellectualisé, Hélène Grimaud s’est sauvée des eaux avec la musique de Brahms dont elle est une magnifique interprète.

Crédit photographique : Mat Henneck/DG

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Rolle. Rosey Concert Hall. 12-V-2015. Luciano Berio (1925-2003) : Wasseklavier. Toru Takemitsu (1930-1996) : Rain Tree Sketch II. Gabriel Fauré (1845-1924) : Barcarolle no. 5. Maurice Ravel (1875-1937) : Jeux d’eau. Isaac Albeniz (1860-1909) : Almeria. Franz Liszt (1811-1886) : Les jeux d’eau à la Villa d’Este. Leos Janacek (1854-1928) : In the mist. Claude Debussy (1862-1918) : La Cathédrale engloutie. Johannes Brahms (1833-1897) : Sonate no. 2 en fa dièse mineur op. 2. Hélène Grimaud, piano.

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