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Sir Roger Norrington dirige l’Orchestre de chambre de Paris

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 26-V-2015. Henry Purcell (1659-1695) : Suite d’Abdelazar, or The Moor’s Revenge Z570 ; Ralph Vaughan Williams (1872-1958) : Fantaisie sur un thème de Thomas Tallis ; Benjamin Britten (1913-1976) : Nocturne pour ténor, sept instruments obligés et orchestre à cordes op. 60 ; Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n° 103 en mi bémol majeur « Roulement de timbales ». Ian Bostridge, ténor ; Orchestre de chambre de Paris, direction : Sir Roger Norrington.

norringtonCAlbertoVenzago L’ et son chef associé dans un séduisant programme britannique, complété par une symphonie « londonienne ».

Le sommeil dans la poésie anglaise : sur ce qui semble un sujet de dissertation, Britten a réussi, avec son Nocturne, un étonnant chef-d’œuvre. Rarement un cycle de mélodies a pourtant été si divers, avec 8 poèmes – parfois des fragments – de 8 auteurs, du XVIIe au XXe siècles, décrivant toutes les formes de sommeil (cauchemar, rêve amoureux, insomnie, etc.), en 8 séquences caractérisées chacune par un instrument soliste différent. Mais le résultat est d’une unité miraculeuse, d’une poésie riche et captivante. Il faut dire que le chanteur, , n’a pas son pareil pour exprimer les vers et les images. Les instrumentistes de l’ épousent les atmosphères qui se succèdent comme en rêve : les cordes surtout, en nombre limité, sont homogènes et subtiles. Une œuvre qui mériterait d’être donnée aussi souvent en France que les Illuminations, où la réussite est si rare…

L’autre pièce de résistance du programme est la Symphonie « Roulement de timbales » de Haydn. Sir semble se réjouir particulièrement de la diriger, et en souligne pour le public l’invention facétieuse. Le tonus qu’il insuffle se maintient dans les quatre mouvements. À aucun moment on ne ressent la gravité que pourrait suggérer le thème du Dies irae, qui sous-tend le premier mouvement, mais on savoure sans arrière-pensée le plaisir visible des exécutants. Voilà une belle illustration de la manière « informée » pour les orchestres qui ne recourent pas aux instruments d’époque, objet d’un long travail de Sir avec son Orchestre symphonique de la Radio SWR de Stuttgart. Au vu des réussites de ce niveau, le débat sur la légitimité de cette pratique n’a plus lieu d’être.

Au début du concert, les cordes de l’orchestre apparaissent aussi à leur meilleur, une fois échauffées, dans la Fantaisie sur un thème de Tallis de Vaughan Williams. En limitant fortement le vibrato, elles évitent la sirupeuse matière trop souvent entendue dans ce morceau. Le second orchestre est simplement juché sur une estrade en fond de scène, un dispositif moyennement efficace pour rendre les effets « d’antiphonie », mais l’interprétation est imaginative. Le charme spécial de l’œuvre est bien sensible. En complément, 6 des 9 morceaux de la musique écrite par Purcell en 1695 pour une tragédie d’Aphra Behn, la « George Sand » de son époque. Là encore, l’orchestre articule et attaque avec succès cette musique – dont le « Rondeau », ici joué en dernier, doit son air familier à Britten, qui en a fait le thème de son Young Person’s Guide to the Orchestra

Crédits photographiques : Sir Roger Norrington © Alberto Venzago

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 26-V-2015. Henry Purcell (1659-1695) : Suite d’Abdelazar, or The Moor’s Revenge Z570 ; Ralph Vaughan Williams (1872-1958) : Fantaisie sur un thème de Thomas Tallis ; Benjamin Britten (1913-1976) : Nocturne pour ténor, sept instruments obligés et orchestre à cordes op. 60 ; Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n° 103 en mi bémol majeur « Roulement de timbales ». Ian Bostridge, ténor ; Orchestre de chambre de Paris, direction : Sir Roger Norrington.

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