Héroïsme et demi-teinte avec Klaus Florian Vogt et Andris Nelsons

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 01-VI-2015. Richard Wagner (1813-1883) : Parsifal : « Enchantement du Vendredi Saint » ; « Amfortas ! Die Wunde ! » ; « Nur eine Waffe taugt » ; Lohengrin : Prélude de l’acte III ; « Höchstes Vertrauen » ; « In fernem Land ». Antonín Dvořák (1841-1904) : Symphonie n° 7 en ré mineur op.70. Klaus Florian Vogt, ténor. City of Birmingham Symphony Orchestra, direction : Andris Nelsons.

Nelsons Andris b © Marco BorggreveReprenant le format récital vocal – symphonie utilisé en 2012 avec Jonas Kaufmann, se fait d’abord accompagnateur du ténor , pour des Wagner très « Heldentenor », avant de se retrouver seul face à son orchestre de Birmingham pour un Dvořák en demi-teinte.

Pas plus que Daniel Barenboïm quelques semaines plus tôt, ne réussit à totalement convaincre dans un « Enchantement du Vendredi Saint » joué en ouverture du concert, manquant de vie et d’émotion, et peut-être aussi de séduction purement orchestrale. Hors de son contexte, cet extrait de Parsifal reste le plus souvent rebelle, ce soir n’a pas vraiment échappé à la règle. L’arrivée de changea complètement la donne, la performance vocale du ténor s’y montrant particulièrement impressionnante, avec cette voix si personnelle, à la fois claire et puissante, capable de résister à l’orchestre wagnérien, et cette diction limpide. On retrouva au plus haut ces qualités ce soir, bien soutenues par le chef et son orchestre. Si on peut reprocher à ce ténor un manque de chair dans ses interprétations parfois trop purement vocales, cela fut en partie perceptible ce soir, en particulier dans les extraits de Parsifal, moins déchirants qu’ailleurs, mais moins dans les extraits plus héroïques de Lohengrin, qui lui allaient comme un gant. Réussite qu’il n’égala pas tout à fait lorsqu’il endossa l’habit de Siegmund pour le « Winterstürme » offert en bis. Entre les deux, le chef lâcha sa baguette pour diriger à mains nues le Prélude de l’acte III de Lohengrin, où on sentit l’orchestre partir immédiatement en vrille et ne jamais réussir à se rattraper. Oups !

Avouons que l’exécution de la Symphonie n° 7 de Dvořák qui suivit nous déçut quelque peu, alors que nous en attendions beaucoup de la part de ce chef. À aucun moment nous n’eûmes l’impression que le premier mouvement, « Allegro maestoso », réussissait vraiment à décoller ou à se développer, pas plus qu’à trouver un ton, une couleur, une pulsation indispensables à cette musique. Le « Poco adagio » qui suivit fut trop morne, et il nous manqua ici une qualité instrumentale ou d’ensemble que pourtant cet orchestre avait produit en d’autres occasions, même si on est loin d’un Budapest festival Orchestra dans ce répertoire, par exemple. Si les deux mouvements conclusifs, plus vifs, peinèrent moins, ils n’étaient pas emballants pour autant. Pas plus que la « Dvořák’s Slavonic Dance » annoncée en bis de sa voix grave par le chef pour remercier le public de son chaleureux accueil, et qui fut un peu plan-plan et manquant de saveur. Un concert en retrait de ce que ce chef et cet orchestre nous ont déjà montré par le passé.

Crédit photographique : Andris Nelsons  © Marco Borggreve

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