Des Vêpres peu inspirées au festival de Saint-Denis

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Saint-Denis. Basilique. 26-VI-2015. Claudio Monteverdi (1567-1643) : Vespro della Beata Vergine. Florent Derex : projections sonores ; Ensemble Le Balcon, direction : Maxime Pascal.

11-12-2014-15-34-01-Maxime PascalSous la direction de , l’ensemble vocal et instrumental Le Balcon promet une “expérience singulière” autour des Vêpres de la Vierge dans la basilique de Saint-Denis. On sait que la musique de Monteverdi peut se prêter à la mise en espace. En revanche, il y avait de quoi être intrigué par les “projections sonores” annoncées.

Premier parti pris : voix et instruments sont sonorisés. Si ce choix a peut-être à voir avec l’acoustique du lieu, il se révèle catastrophique d’un point de vue musical. Dans les tutti, le son est régulièrement saturé ; dans les parties avec solistes, les tentatives de nuance sont vouées à l’échec. Pire, à certains moments on ne sonorise que certains chanteurs, comme dans « Pulchra es » (à moins qu’on ait recherché un effet de stéréo, une chanteuse étant entendue par la partie droite de la nef et l’autre par la partie gauche ?).

Deuxième parti pris : à part deux cornets à bouquin et un orgue positif, aucun instrument ancien n’est utilisé. Rappelant luth, théorbe, guitare et clavecin, une harpe classique (omniprésente) et une guitare électrique (quasiment inaudible) trônent à l’avant de la scène. Pas de flûtes, mais moultes trombones, cors et trompettes. On attend en vain les effets sonores subtils et variés auxquels cette partition nous a habitués. En revanche, cela ne manque pas d’approximations, de tapis sonores confus, de belles lignes de basse peu audibles (« Laetatus sum ») quand ce ne sont pas les chanteurs qui sont couverts (« Lauda Jerusalem »), de cordes au son neurasthénique, et de finaux beethoveniens tous cuivres dehors (« Lauda Jerusalem », « Magnificat » final). L’équilibre des voix est généralement peu satisfaisant. Bref, une interprétation instrumentale anachronique (pourquoi pas…) mais sans grâce et sans maîtrise. Le comble est atteint lorsqu’on s’aperçoit que ce qu’on prenait pour un second orgue positif est en fait un synthétiseur, et qu’il est utilisé à plusieurs reprises pour produire un abominable son d’orgue lointain avec réverbération (notamment pour rendre les effets d’écho dans « Audi Coelum »).

Les mises en espace apportent une certaine variété, mais ne font pas vraiment sens avec le texte. Du coté des douze chanteurs, on perçoit, malgré le dispositif sonore qui aplanit tout et ne leur est pas favorable, de la qualité et de la sensibilité. Certaines interprétations sont cependant sujettes à caution, comme celle du ténor qui, assis à coté du guitariste, susurre le « Nigra sum » en minaudant, nous projetant dans une émission télévisuelle à une heure de grande audience.

Le concert fut pourtant très applaudi, pour notre part nous préférerons ne pas renouveler cette expérience sur Monteverdi.

Crédits photographiques : © DR

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