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Retour à Berratham de Preljocaj déçoit dans la Cour d’Honneur

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Avignon. Cour d’Honneur du Palais des Papes. 19-VII-2015. Retour à Berratham, de Laurent Mauvignier / Angelin Preljocaj. Chorégraphie et mise en scène : Angelin Preljocaj. Texte : Laurent Mauvignier. Commande d’écriture : Angelin Preljocaj. Scénographie : Adel Abdessemed. Lumière : Cécile Giovansili-Vissière. Création sonore : 79D, assisté de Didier Muntaner. Musiques additionnelles : Georg Friedrich Haendel, Fatima Miranda, Abigail Mead. Costumes : Sophie Gehllert.

RETOUR A BERRATHAM -L’affiche était pourtant alléchante : à la chorégraphie, pour le texte et Adel Abdessemed pour la scénographie. Le défi était sans doute trop grand pour les trois hommes, qui n’ont pas su habiter collectivement la cour d’honneur du Palais des Papes, pour cette création au Festival d’Avignon.

Est-ce le texte, magnifique mais récité de façon neutre par des comédiens qui n’incarnent jamais cette parole ? Est-ce la scénographie, carcasses de voitures calcinées, tas de sacs poubelles noirs et barrières grillagées qui occupent insuffisamment l’espace ? Est-ce la mise en scène, plate et transparente qui ne permet pas au souffle de la tragédie de s’élever et de nous prendre ? Est-ce la musique, boucle de sons électroniques qui scande et surligne sans profondeur, parfois avec vulgarité ? Sont-ce les comédiens : trois récitants endossant tour à tour le texte choral de Mauvignier ? Sont-ce enfin les danseurs, mécaniques et en nombre insuffisant pour donner chair au texte ?

, admiratif de auquel il a passé il y a quelques mois cette commande d’écriture, a visiblement été écrasé par le texte. Comme désemparé par l’enjeu, il ne parvient pas à faire résonner les mots de l’écrivain et à les transcender, les sublimer, pour qu’ils prennent corps entre les hauts murs de la cour d’honneur du Palais des Papes.

RETOUR A BERRATHAM -Retour à Berratham est pourtant un superbe récit, qui met en scène un jeune homme revenant sur les lieux de sa jeunesse, après qu’une guerre a meurtri tous les hommes et toutes les femmes. Où est passée la violence de Ce que j’appelle oubli, la sensualité du Parc, le trouble des Nuits ? Angelin Preljocaj, au savoir-faire et à la maîtrise chorégraphique indéniable, en est parfois contraint à s’auto-citer. Dans l’une des rares belles scènes du spectacle, le mariage forcé de Katia, Angelin Preljocaj retrouve l’énergie et l’intensité de Noces. Le duo final entre le jeune homme et Katja sur un texte érotique fait penser au celui de Roméo avec Juliette morte. Les scènes de bar ou la nuit d’amour entre Katja et son mari évoquent de leur côté Les Nuits.

Le rythme est terriblement lent. A leur décharge, les danseurs ne sont pas comédiens et les comédiens ne sont pas des danseurs. La pauvreté de la mise en scène et de la scénographie se voit d’autant plus. Le drame se joue alors au ralenti, diluant toute émotion et toute passion, étirant le temps et le texte indéfiniment. Parfois, on ferme les yeux et on écoute la belle langue de Laurent Mauvignier dans la nuit avignonnaise. C’est déjà cela !

Crédits photographiques : © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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Avignon. Cour d’Honneur du Palais des Papes. 19-VII-2015. Retour à Berratham, de Laurent Mauvignier / Angelin Preljocaj. Chorégraphie et mise en scène : Angelin Preljocaj. Texte : Laurent Mauvignier. Commande d’écriture : Angelin Preljocaj. Scénographie : Adel Abdessemed. Lumière : Cécile Giovansili-Vissière. Création sonore : 79D, assisté de Didier Muntaner. Musiques additionnelles : Georg Friedrich Haendel, Fatima Miranda, Abigail Mead. Costumes : Sophie Gehllert.

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