Brussels Chamber Music Festival, seconde édition

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Festival de Musique de Chambre de Bruxelles. Bruxelles. Château du Karreveld.

2-X-2015. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Trio K.548 pour clavier et cordes en do majeur. Johannes Brahms (1833-1897) : Trio pour piano et cordes n° 1 en si majeur op. 8. Felix Mendelssohn (1809-1847) : Trio pour piano, violon et violoncelle n° 2 en do mineur op. 66. Tatiana Samouil : violon ; Justus Grimm : violoncelle ; Plamena Mangova : piano.
3-X-2015. Johannes Brahms (1833-1897) : Sonate pour violoncelle et piano op. 78 en ré majeur. Joaquín Nin (1879-1949) : Suite espagnole pour violoncelle et piano. David Popper (1843-1913) : Rhapsodie hongroise pour violoncelle et piano. Saverio Mercadante (1795-1870) : il Sogno pour voix, violoncelle et piano. Johannes Brahms, Marie-Joseph-Alexandre Déodat de Séverac (1872-1921), Aaron Copland (1900-1990) : sélection de mélodies populaires. Shadi Torbey : chant ; Julie Sévilla-Fraysse : violoncelle ; Julien Beurms : piano.
Guillaume Lekeu (1870-1894) : Quatuor inachevé pour cordes et piano. Gustav Mahler (1860-1911) : Quatuor inachevé pour cordes et piano en la mineur. Johannes Brahms (1833-1897) : Quatuor pour violon, alto, violoncelle et piano n° 1 en sol mineur op. 25. Shirly Laub : violon ; Diederik Suys : alto ; Sébastien Walnier : violoncelle ; Jean-Claude Vanden Eynden : piano.

IMG_9003La seconde édition du Festival de musique de chambre de Bruxelles avait lieu au Château du Karreveld, à l’ouest de la ville. Sous l’impulsion de Julien Beurms, son fondateur et directeur artistique, le festival monte en gamme.

Le troisième concert du festival débute assez allègrement avec un trio pour clavier et cordes de Mozart, lumineux et pourrait-on dire, interactif, dans l’esprit de cette œuvre où le compositeur équilibre les rôles des instruments, affranchissant les cordes jusqu’alors davantage confinées à l’accompagnement du piano.

Il n’empêche que la pianiste capte grandement l’attention. Il semble bien – cette appréciation n’ôte rien au talent de ses deux partenaires- que fut, ce soir-là, une étoile éclatante dans ce joli ciel d’automne. Dès le premier mouvement du premier trio de Brahms, on perçoit toute l’amplitude de son jeu. On connaît de réels moments de félicité lorsque les cordes se font plus graves, la pianiste égraine ses notes que l’on dirait magiques : elles éclatent comme autant de subtiles étincelles cristallines, avec une fluidité telle que son art confirmé semble aisé. On est étonné par la palette des nuances qu’elle imprime au morceau, celles-ci semblent se multiplier et surgir sans limite. Lors des phrases plus prestes, la jeune Bulgare utilise toutes les gradients de volume sonore sans jamais de saturation. Ceci n’empêche pas de belles rencontres des instruments, et les cordes ne sont pas en reste : par des choix interprétatifs affirmés apporte beaucoup de vie aux œuvres jouées ce soir-là. Bien que la puissance du piano couvre parfois certains de ses accords, excelle dans les moments plus orageux, convoquant tous les éléments de la nature. Dans l’adagio, on a bien cru entendre une quintina jaillir de l’unisson tendue des instruments. Un frisson parcourt le public, lorsque la dernière note vient clore le dernier mouvement tempétueux et se diffuse longuement dans la salle.

C’est avec le Trio n° 2 pour piano et cordes de Mendelssohn que le concert se poursuit, encore sous le signe du romantisme. La pièce est traversée par des performances passionnées et limpides mais également par de belles démonstrations, comme dans le canon ou encore l’attaque de l’Andante expressivo trépidante.

soireebelgebelgianchambermusic_c_evdh
Après-midi intimiste et soirée plus fougueuse

Le concert du dimanche après-midi est plus intimiste. Julie Sévilla-Fraysse œuvre au violoncelle et Julien Breums au piano dans un duo très élégant. Ils ont visiblement privilégié recherche et sensibilité, avec une émotion sans pathos, sur la pure performance. Après une sonate de Brahms pour violoncelle et piano op. 78 « Sonate de la pluie », fort poétique, vient une Suite espagnole de Nins et la Rhapsodie Hongroise de Popper. Dans les passages plus calmes, la violoncelliste déploie un jeu gracieux avec beaucoup d’engagement. Le piano est subtil, sans maniérisme. Les musiciens s’écoutent et font dialoguer leurs instruments dans un bel équilibre.

Ils sont ensuite rejoints par le baryton-basse qui entame il Sogno de Mercadante servi par une introduction instrumentale lyrique à l’extrême : le violoncelle lançant des phrases poignantes tandis que le piano soutient brillamment une progression tendue et sombre. Il y a de jolies couleurs dans ce timbre et une puissance impressionnante. Accompagné ensuite seulement par le piano d’un Julien Breums mettant son jeu au service de la partie vocale, le chanteur, d’humeur malicieuse, est visiblement présent pour faire partager son enthousiasme au public. Il a fait le choix, après un lied de Brahms, d’un répertoire ludique composé de pièces assez courtes, qui laissent quelques spectateurs sur leur faim, mais l’idée est certainement de s’adresser à un public plus familial en ce dimanche après-midi. Poursuivant avec Le Roi a fait battre tambour, , avec I bought me a Cat  de Copland, sème dans le public une touche de franche bonne humeur.

La dernière soirée réunit des musiciens belges autour d’un dispositif plus conséquent : violon, alto, violoncelle et piano. Le pianiste Philippe Raskin, souffrant, est remplacé au pied levé par au jeu riche et posé. Le concert débute avec un Quatuor pour piano et cordes, œuvre inachevée du franco-belge Lekeu. Après un premier mouvement très virtuose, le quatuor offre un travail de dentellier lors des passages délicats de ce second mouvement, où la réussite tient tant à l’interprétation des musiciens. Puis dans le Quatuor pour cordes et piano de Mahler, ces derniers ont fait vivre et parler cette œuvre de jeunesse, également inachevée.

Pour le dernier concert de cette édition 2016, les musiciens présentent un premier quatuor de Brahms – décidément à l’honneur dans ce festival- œuvre complexe, fruit d’une élaboration au long cours, achevée par le compositeur dans le cadre bucolique d’une villégiature à Tutzing en présence de Clara Schumann. On est happé par des cordes expressives, les archets sont vifs, leurs phrases sont tantôt achevées, tantôt pondérées par un pianiste au jeu solide mais jamais dominant. Cette complémentarité n’empêche pas l’expression de chaque instrument, même en dehors des solos et dialogues, ces chambristes consommés traduisant ainsi à merveille le caractère polyphonique de l’œuvre. Le violoncelle de Sébastien Walnier est appliqué et inspiré. L’alto et la pétillante violoniste Shirly Laub, très à l’aise dans les passages plus fougueux, affichent un sourire même en peine mêlée. N’est-ce pas là une marque de musiciens qui s’écoutent et possèdent une haute maîtrise technique. C’est par un final plus attendu et magistral que s’achève le dernier concert de cette édition 2016.

Crédits photographiques : Émilie Vanderhulst

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.