Chostakovitch par les Danel : l’émotion retrouvée

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Salle Cortot. 6-X-2015. Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Quatuors à cordes nº 1 en ut majeur op. 49, nº 6 en sol majeur op. 101 et nº 15 en mi bémol mineur op. 144. Quatuor Danel : Marc Danel, violon I ; Gilles Millet violon II ; Vlad Bogdanas, alto ; Yovan Markovitch, violoncelle.

danels-53Le conserve dans Chostakovitch une pureté de style qui émeut plus que les démonstrations de rage. Proposé par l’Association internationale Dimitri Chostakovitch (cf. l’interview de son directeur), le programme « une vie de quatuors » nous conduit de son premier essai dans le genre jusqu’au dernier, composé au seuil de la mort.

Évoquant les quatuors de Chostakovitch enregistrés par le Quatuor Danel en 2006, notre collègue de Resmusica écrivait : « Une intégrale qui force l’admiration et confine au sublime. » Ces confins, comment les Danel font-ils pour les atteindre encore, après tant d’années, tant d’intégrales des quatuors en concert, et aussi après le remplacement de l’altiste et du violoncelliste ? Le Quatuor n° 15, musique désolée par excellence, illustre le mieux la sûreté et la pérennité de leur méthode : la pureté de leur style répugne à tout effet de manche. Le premier violon peut trouver une sonorité qui semble venir d’ailleurs, mais toujours avec un son précis et beau. Jamais trop lourd ni trop lugubre, le violoncelliste donne une beauté somptueuse à ses interventions les plus désespérées. Exemple parmi d’autres, la valse de la « Sérénade », ni trop douce, ni trop amère, trouve un caractère assez justement indéterminé pour stupéfier.

Les deux autres quatuors au programme relèvent davantage de la tradition du genre, souvent néoclassiques de ton, avec une pointe d’humour et d’angoisse qui les rend émouvants. C’est le cas de la cadence qui conclut chaque mouvement du Quatuor n° 6, comme un regret souriant. C’est tout le Quatuor n° 1, d’une ingéniosité et d’une limpidité magistrales. Dans ces deux œuvres, les musiciens du observent une rigueur qui peut parfois sembler austère : lectures raffinées dans tous les aspects du jeu – accents, textures, attaque –, où la mobilité expressive ne se refuse pas la raucité quand elle est nécessaire ; ces lectures captivent immédiatement et selon une progression imperceptible finissent par bouleverser, comme les œuvres elles-mêmes.

Crédits photographiques : © Ant Clausen

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