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À San Francisco, Tetzlaff et Mälkki touchent au sublime

Concerts, La Scène, Musique symphonique

San Francisco. Davies Symphony Hall. 15-X-2015. Modeste Moussorgski (1838-1881) : La Khovanchtchina, prélude de l’acte I (orch. Chostakovitch). Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour violon et orchestre n°1 op. 77. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Symphonie n° 5 en si bémol majeur op. 100. Christian Tetzlaff, violon ; San Francisco Symphony, direction : Susanna Mälkki.

SMälkkiEn cette fin de mois d’octobre, est l’invitée du .

« Russian Masterpieces », certes, mais quels destins contrastés que ceux des deux chefs-d’œuvre en tête d’affiche ! Alors que, dans nos contrées européennes, on aime assez à souligner les compromissions politiques de Chostakovitch, et que l’on goûte plus volontiers chez Prokofiev le génie intemporel du mélodiste-né, le choisit d’inverser les rôles. La monumentale Cinquième de Prokofiev, acclamée dès sa création en 1944 et décorée aussitôt d’un prix Staline, est, selon les mots mêmes du compositeur, cet hymne « à la grandeur de l’esprit humain » que l’on aurait plutôt cru surgi de la plume de Chostakovitch ; en revanche, celui-ci atteint, avec son Concerto pour violon de 1948, de tels sommets d’insoumission aux canons du réalisme socialiste, et se livre, dans un climat musical globalement sombre et tendu, à un tel aveu de désespoir qu’effrayé lui-même, il rangea la partition sitôt achevée dans un tiroir, et la tint secrète sept années durant, jusqu’à des jours plus favorables.

Si les deux parties du programme opposent ainsi le chef-d’œuvre de l’ombre au chef-d’œuvre de la lumière, la qualité de l’interprétation qu’en donne l’orchestre les réunit. La direction de la Finnoise est loin de dépayser une phalange que l’on sait à l’apogée de son talent – bien au contraire, son dynamisme prévient tout soupçon de langueur dans les amples mouvements de la Symphonie de Prokofiev. C’est à peine si l’enthousiasme des percussionnistes aurait gagné à être tempéré dans les tutti les plus retentissants ; la réserve est bien mince, tant on se laisse convaincre par la chaleur des intonations des cordes, ou l’extraordinaire palette de nuances qu’offrent les bois (honneur, à ce titre, au clarinettiste solo !).

En réalité, il faut bien reconnaître que c’est dans Chostakovitch que l’émotion culmine. Le violoniste se révèle, à chaque seconde, l’interprète idéal d’une œuvre connue pourtant pour ses redoutables chausses-trappes (et par là même, trop rarement donnée). Avec audace, ferveur, et parfois presque abandon, l’interprète se fraie un chemin dans les méandres de la partition, soutenu par un orchestre sans faille, d’une clarté et d’une précision confondantes dans toutes ses interventions. L’épisode central du Scherzo, l’admirable passage du freilachs endiablé glacent l’échine, tandis que dans un tout autre genre, mais non moins poignant, la Passacaille emplit l’âme d’une profonde mélancolie. D’immenses minutes de musique.

Crédit photographique : Susanna Mälkki © Harrison Parrott

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