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À Berne, formidable Lohengrin de Wagner

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Berne. Stadttheater. 24-X-2015. Richard Wagner (1813-1883): Lohengrin, opéra romantique en trois actes. Livret du compositeur. Mise en scène : Stephan Märki. Chorégraphie : Chris Comtesse. Décors : Olga Ventosa Quitana. Costumes : Elina Schnizler. Video : Martin Eidenberger. Avec Pavel Shmulevich, le Roi Henri ; Mary Mills, Elsa ; Daniel Frank, Lohengrin ; Jordan Shanahan, Friedrich von Telramund ; Claude Eichenberger, Ortrud ; Kai Wegner, Le Héraut ; Franka Friebel, Jana Larissa Knobloch, Michaela Polkehn, Ulrike Schneider, Adriana Kiss, Les Pages ; Andries Cloete, Carlos Nogueira, Marius Chrzanowski, Wolfgang Resch, Rolf Scheider, David Park, Nobles Brabançons. Choeur et choeur complémentaire du StadttheaterBern (dir : Zsolt Czetner). Berner Symphonieorchester. Direction musicale, Mario Venzago.

Avec cette nouvelle production de Lohengrin de , Stephan Märki, le directeur général du Konzert Theater Bern, signe sa première mise en scène pour ce théâtre avec un spectacle esthétiquement magnifique et l’exceptionnelle direction d’acteurs de remarquables chanteurs.

Dès le lever de rideau, devant un fond de scène bleu ciel parsemé de petits nuages floconneux, on découvre les membres du chœur vêtus de redingotes noires, chacun chapeauté d’un melon, un parapluie à la main. Des personnages inspirés de « Décalcomanie », le célèbre tableau de Magritte qui montre la silhouette d’un homme qui semble avoir été découpée des plis d’un rideau, laissant voir la mer et du sable. Dans ces peintures, Magritte explique que chaque chose que nous voyons en cache une autre, nous désirons toujours voir ce qui est caché par ce que nous voyons. Il y a un intérêt pour ce qui est caché et que le visible ne nous montre pas. C’est autour de cette optique que s’articule le discours scénique de Stephan Märki. Un grand metteur en scène. Il montre un Lohengrin énigmatique dont on veut découvrir le secret. Chacun s’apparente à une réalité mais ce n’est pas elle. Ainsi, sur scène, si les personnages sont réels, le chœur se cache souvent le visage avec son chapeau comme s’il voulait occulter la réalité. Cette approche psychologique de l’opéra de Wagner pourrait s’assimiler à une prise de tête si la direction d’acteurs extrêmement dynamique de Stephan Märki et la remarquable chorégraphie de Chris Comtesse avec les membres du chœur n’étaient aussi claire. Tout au long du spectacle, quelle que soit la qualité d’acteur des chanteurs, chacun est utilisé avec sa personnalité et, de ce fait, est toujours parfaitement à sa place.

Dans cet environnement théâtral idéal, la distribution d’une belle homogénéité s’investit avec bonheur. Ainsi, la basse (Le Hérault) offre une belle autorité vocale comme une aisance scénique imposante. A ses côtés, la basse (Le Roi Henri), lui aussi faisant partie de la troupe du StadttheaterBern, offre la palette des harmoniques de sa très belle voix pour la prestance royale de son personnage.

Les grandes émotions musicales ne tardent pas avec le baryton (Friedrich von Telramund) dont la noirceur du timbre colle parfaitement à son rôle qu’il aborde avec une véhémence dévastatrice. Excellent acteur, il ne ménage pas son talent pour exprimer l’ambition hargneuse de son personnage. Dans le couple maudit qu’il forme avec Ortrud –dont le duo du deuxième acte reste l’un des moments les plus artistiquement émouvants de cette soirée- la surprise vient de l’ahurissante prestation de la mezzo soprano (Ortrud). Membre de la troupe du StadttheaterBern depuis de nombreuses années, jamais comme ici, elle n’a aussi bien chanté. Comme si sa voix s’était soudain ouverte, elle s’approprie la scène avec une vocalité incroyable. A ses aigus d’une extraordinaire puissance, à sa diction impeccable, à son émission vocale d’une rare clarté, elle ajoute son talent d’actrice pour peindre une sorte de « Lady Macbeth » malfaisante à souhait. Le triomphe que la mezzo suisse a reçu du public est très largement mérité.

KONZERT THEATER BERNLa soprano (Elsa) possède l’étendue du registre vocal nécessaire au rôle. Certes, la voix de l’Américaine n’est plus aussi ductile que par le passé et ses aigus, pourtant sonores, ont un peu tendance à se durcir. Reste qu’elle incarne avec bienséance la pureté et la candeur d’Elsa. Pour sa prise de rôle, le ténor (Lohengrin) démontre qu’il possède l’instrument parfait pour donner tout le lyrisme du personnage. Sa voix claire, aux aigus bien ouverts, reste encore suffisamment ténébreuse pour donner rigueur et masculinité au personnage. Généreux, le ténor suédois a marqué cette production d’un talent qui ne saurait rester longtemps ignoré.

A noter l’excellence du chœur dont les constants et parfois compliqués déplacements n’entachent aucunement le chant. Si la direction d’orchestre et du plateau du chef est à louablement recommander, il reste cependant que le montre ses limites. En particulier, il reste un travail important à faire au pupitre des violons qui s’avère incapable de jouer pianissimo (le début de l’ouverture de Lohengrin fut particulièrement pénible aux oreilles) et dont la sonorité aigre a parfois des accents difficilement digérables !

Avec la beauté d’un décor minimaliste, l’intelligente manière qu’à Stephan Märki de raconter l’opéra, cette production s’inscrit parmi les spectacles les plus accomplis auxquels votre serviteur a eu l’occasion d’assister depuis longtemps. A voir absolument !

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Berne. Stadttheater. 24-X-2015. Richard Wagner (1813-1883): Lohengrin, opéra romantique en trois actes. Livret du compositeur. Mise en scène : Stephan Märki. Chorégraphie : Chris Comtesse. Décors : Olga Ventosa Quitana. Costumes : Elina Schnizler. Video : Martin Eidenberger. Avec Pavel Shmulevich, le Roi Henri ; Mary Mills, Elsa ; Daniel Frank, Lohengrin ; Jordan Shanahan, Friedrich von Telramund ; Claude Eichenberger, Ortrud ; Kai Wegner, Le Héraut ; Franka Friebel, Jana Larissa Knobloch, Michaela Polkehn, Ulrike Schneider, Adriana Kiss, Les Pages ; Andries Cloete, Carlos Nogueira, Marius Chrzanowski, Wolfgang Resch, Rolf Scheider, David Park, Nobles Brabançons. Choeur et choeur complémentaire du StadttheaterBern (dir : Zsolt Czetner). Berner Symphonieorchester. Direction musicale, Mario Venzago.

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  • Philippe Hemsen

    On se demande de qui on se moque ici ! « Ça », un « formidable » Lohengrin. Un truc grotesque, laid et absurde qui n’a qu’un lointain, très lointain rapport avec l’œuvre de Richard Wagner, et avec l’esprit romantique de l’œuvre…

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