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Munich : Vladimir Jurowski est d’humeur diabolique

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Munich. Nationaltheater. 2-XI-2015. Franz Liszt (1811-1886) : Danse dans l’auberge de village, S. 110 n° 2 (Méphisto-Valse n° 1) ; Paul Hindemith (1895-1963) : Symphonie Mathis le Peintre ; Serge Prokofiev (1891-1953) : Symphonie n° 3 op. 44. Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière ; direction : Vladimir Jurowski.

Jurowski StaatsorchesterEncore aujourd’hui, la programmation d’un concert symphonique est souvent un jeu de hasard : tirez d’abord une ouverture, puis un concerto, enfin une symphonie, et vous avez un programme pas pire qu’un autre.

Pour ses débuts à l’Opéra de Munich, a l’intelligence de faire exactement l’inverse : trois œuvres intimement liées entre elles et avec la saison en cours de la maison. Jurowski ne vient pas à Munich en coup de vent entre deux avions : la prochaine étape, à la fin du mois, c’est la première de L’Ange de feu de Prokofiev, et c’est pourquoi le programme se clôt par sa Symphonie n° 3, écrite à partir de thèmes de l’opéra une fois envolé l’espoir de le voir créé. Quant à la première pièce du programme, elle renvoie aussi à L’Ange de feu où Méphisto et Faust font une apparition, mais aussi à la dernière nouvelle production en date à Munich, celle du pesant Mefistofele de Boito.

Le lecteur pourrait craindre le pire si nous écrivions que nous aurions pu quitter la salle sitôt la pièce de Liszt finie. Ce serait excessif, bien sûr, et pourtant : la direction de Jurowski offre dans cette bonne dizaine de minutes une telle concentration de beautés, d’intelligence musicale et dramatique, de sens de l’atmosphère (les rugosités des cordes au début pour poser l’ambiance de fête populaire !) que bien des chefs en nourriraient des programmes entiers. Jurowski se garde bien d’en faire jamais trop, mais ces trésors de nuances dynamiques et l’usage à la fois précis et libre du rythme, toujours à bon escient, font merveille dans une œuvre qui déploie ainsi tout son potentiel vraiment diabolique.

Tout comme la symphonie de Prokofiev, la symphonie Mathis le Peintre de Hindemith provient d’un projet d’opéra ensablé, et on sait comment la création houleuse de l’œuvre par Furtwängler, une bonne année après l’arrivée des nazis au pouvoir, a marqué la fin de tout espoir de liberté artistique. Le diable n’est présent que dans le troisième mouvement, évocation des tentations de saint Antoine telles que représentées sur le retable d’Issenheim : l’œuvre la plus sage de ce programme, avec sa modernité bien tempérée, donne peut-être moins de prise à l’approche minutieuse du chef, mais elle trouve en lui un interprète attentif et visiblement enthousiaste.

Enfin, la symphonie de Prokofiev confirme amplement toutes les qualités du chef, qui combine un travail très soigneusement pensé des détails avec une approche franche et immédiate de la partition, qui frappe les esprits à la fois par sa puissance orchestrale et par la maîtrise du discours symphonique. À voir l’implication des musiciens qui livrent une prestation qui n’a rien à envier aux meilleurs concerts des meilleures formations symphoniques, à voir les effusions de gratitude du chef pour eux à la fin du concert, on se dit que cet orchestre mériterait de sortir de la fosse pour un peu plus que six programmes par an, et on espère que sa relation avec est destinée à durer longtemps.

Crédit photographique : Bayerische Staatsoper

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Munich. Nationaltheater. 2-XI-2015. Franz Liszt (1811-1886) : Danse dans l’auberge de village, S. 110 n° 2 (Méphisto-Valse n° 1) ; Paul Hindemith (1895-1963) : Symphonie Mathis le Peintre ; Serge Prokofiev (1891-1953) : Symphonie n° 3 op. 44. Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière ; direction : Vladimir Jurowski.

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