Retrouvailles de Michael Tilson Thomas avec le San Francisco Symphony

Concerts, La Scène, Musique symphonique

San Francisco. Davies Symphony Hall. 13-XI-2015. Jean Sibelius (1865-1957) : Le Cygne de Tuonela, extrait de la suite Lemminkäinen op.22 ; Concerto pour violon et orchestre en ré mineur op.47. Robert Schumann (1810-1856) : Symphonie n°3 en mi bémol majeur op.97 « Rhénane ». Leonidas Kavakos, violon ; San Francisco Symphony, direction : Michael Tilson Thomas.

MTThomasEn cette soirée du 13 novembre, à quelques pas de la mairie de San Francisco éclairée aux couleurs de la France, fait son retour à la tête de son orchestre du .

Le plaisir avec lequel l’orchestre retrouve son chef attitré, après plus d’un mois d’une absence qu’il a consacrée à diriger sous d’autres cieux, est visiblement réciproque : dès les premières notes du Cygne de Tuonela, l’on sent que l’on a affaire aux musiciens des grands jours. Les cordes savent, en quelques secondes, poser le décor glacé de la rivière des morts, une trame de longs accords immobiles d’où s’élève bientôt la cantilène sublime du cor anglais, qui figure le cygne de la mythologie scandinave. On admire l’adresse avec laquelle le chef fait évoluer le climat au long de la pièce, et la souplesse des instrumentistes qui lui répondent : l’émerveillement devant la beauté du chant fait place à l’anxiété de le voir s’éteindre peu à peu. Quel plaisir pour le public de se laisser ainsi conduire d’émotion en émotion, comme à travers les pièces d’un palais !

Sibelius à nouveau, lorsque rejoint l’orchestre pour assurer la partie soliste de l’un des concertos qui font le mieux briller son talent. Il en livre ce soir une exécution pleine d’audace : là où d’autres essaieraient de faire passer, comme en contrebande, des traits difficiles, Kavakos se fait un devoir de tout timbrer avec la même précision. Les esprits sourcilleux diront que c’est parfois au détriment de la justesse du son ; mais la justesse des intentions, elle, y gagne infiniment. Face à l’orchestre, bruyant et houleux, se dresse la figure fragile du violon solo, d’une touchante ingénuité, tantôt implorant, tantôt résigné. On ne pourrait rêver meilleure compréhension de ce concerto.

Trop longues symphonies

Les choses se gâtent hélas après l’entracte. Il faut croire que cette habitude de donner, en seconde partie de programme, des longues symphonies, sied mal à l’orchestre, dont la concentration n’excède guère, au fond, celle du public. Toujours est-il qu’au-delà de la perfection technique de la réalisation d’ensemble, on sent, dans cette Symphonie Rhénane, de la lourdeur là où il devrait y avoir de l’élan et de la grâce. Les tournoiements du premier mouvement sont un peu laborieux ; certains passages du Scherzo vont jusqu’à la platitude. Le mouvement lent, avec son choral aux trombones évoquant la majesté de la cathédrale de Cologne, redonne heureusement de la couleur à un ensemble qui aurait mérité plus d’éclat.

Crédit photographique : © Lawrence K. Ho / Los Angeles Times

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