Abécédaire Tristan : N comme le Nationaltheater

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Le 10 juin 1865 à Munich : Tristan et Isolde de Wagner, l’une des œuvres les plus importantes de l’histoire de la musique, est jouée pour la première fois. Un évènement que Resmusica a choisi de commémorer sous la forme d’un Abécédaire. Notre dossier : Abécédaire Tristan

 

csm_Nationaltheater_Zuschauerraum_beleuchtet_2ffecce7eeLe 10 juin 1865 au Nationaltheater de Munich : Tristan et Isolde de , l’une des œuvres les plus importantes de l’histoire de la musique, est jouée pour la première fois. Un événement que Resmusica a choisi de commémorer sous la forme d’un Abécédaire TristanAujourd’hui, Tristan et… le Nationaltheater.

Le bâtiment actuel du Nationaltheater, siège de l’Opéra national de Bavière, n’a plus aucune pierre en commun avec le théâtre où Wagner a créé – bon gré mal gré – quatre de ses chefs-d’œuvre, soit un de plus qu’à Bayreuth : la destruction par les bombes en 1943  du théâtre construit pour le premier roi de Bavière Maximilien Joseph a été radicale, et si la reconstruction achevée en 1963 s’est voulue la plus fidèle possible, tout y est neuf. Le bâtiment avait été achevé en 1825 après une longue période de construction marquée notamment par un incendie et des changements dans le projet original de l’architecte Carl von Fischer.

Le Nationaltheater en 1860, avec la Résidence royale et la statue de Max Joseph (photo de Joseph Albert)

Le Nationaltheater en 1860, avec la Résidence royale et la statue de Max Joseph (photo de Joseph Albert)

À cette époque, Munich est une ville de quelque cinquante mille habitants, capitale d’un royaume encore très largement agraire ; y construire un théâtre de plus de deux mille places, ce n’est donc pas tant faire droit aux demandes d’un public qu’édifier un symbole de la nouvelle dignité de la Bavière, dont les ducs étaient devenus rois par la grâce de Napoléon : théâtre royal donc, mais aussi national, dans le sens d’une union de toutes les forces sociales de la nation autour de ses souverains, par opposition aux théâtres de cour qui l’avaient précédés, le théâtre de la place Saint-Sauveur fermé en 1795 et le petit théâtre construit un peu plus tôt par François Cuvilliés en marge de la résidence ducale (sa structure intérieure en bois, préservée des bombardements, a été reconstruite en plein cœur de la Résidence). Après les fastes versaillais de Cuvilliés, c’est la Grèce antique qui donne le ton : la colonnade et le double fronton triangulaire sont dans une veine classicisante qui est le goût dominant de l’époque du successeur de Max Joseph : Louis Ier, dont le fils Otto devient d’ailleurs roi de Grèce en 1832, a imposé ce style grec dans plusieurs bâtiments à Munich (Propylées, Glyptothèque), mais aussi, près de Ratisbonne, le Walhalla, qui, malgré son nom, s’inspire étroitement du Parthénon.

Autant dire que le cadre des créations wagnériennes contraste puissamment avec l’esthétique propagée par cet étranger qu’est en Bavière le Saxon Wagner.

Maquette de décor d'Angelo Quaglio pour la création, 1865

Maquette de décor d’Angelo Quaglio pour la création, 1865

Bien sûr, ce sont aussi les temps qui ont changé entre la construction du théâtre et la création de Tristan : la redécouverte d’un Moyen Âge authentique, notamment germanique, est la grande affaire de l’Allemagne du XIXe siècle, en Bavière et ailleurs, avec la vaste entreprise lexicographique du dictionnaire des frères Grimm, de nombreuses éditions de sources historiques et, plus important encore pour Wagner, une diffusion considérable de la littérature médiévale. Sans doute, Tristan n’a pas été écrit pour ce théâtre : Wagner a tenté par tous les moyens de faire créer son œuvre, depuis son achèvement en août 1859, à Vienne, à Paris, à Karlsruhe… mais pas à Munich. C’est l’accession au trône de Louis II, au printemps 1864, qui rend soudain la création possible, en permettant à Wagner de faire venir dans la troupe de Munich le ténor idéal pour Tristan, qu’il avait repéré depuis quelque temps, mais qui était engagé à Dresde. En matière d’architecture théâtrale, nul doute que ce vaste théâtre à l’italienne était très loin des conceptions nouvelles que Wagner réalisera à Bayreuth, avec ce souci de représentation qu’incarne la majestueuse loge royale du premier balcon ; en contemplant les aquarelles réalisées par le peintre Michael Echter, sur ordre du roi, d’après le spectacle de la création, on se surprend pourtant à trouver une majesté presque antique à tel effet de drapé, tel geste théâtral : c’est l’effet, sans doute, des ambitions poétiques de Wagner, opposées au carcan réaliste du médiévalisme de Louis II, en écho sans doute involontaire à une architecture qui paraissait à l’un comme à l’autre si éloignée de leur univers artistique.

Depuis, Tristan est une part indispensable du répertoire à Munich, avec des représentations constamment pleines et une attention particulière du public. La mise en scène actuelle, celle de , a suscité des réactions violentes lors de sa création en 1998 et encore un peu en 2011, mais elle a aussi abrité les adieux émouvants de Waltraud Meier à Isolde en juillet dernier. Le poids de l’histoire est présent, dans ce théâtre, jusque sur les partitions des musiciens de l’orchestre, qui y notent les grands événements des cent cinquante dernières années, à commencer par le souvenir ému d’une représentation de l’année 1968, quand le chef , comme avant lui (en 1911), décède pendant une représentation de Tristan.

Photo de Une : (c) Wilfried Hösl

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