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Soavi accenti avec Magdalena Kožená et Andrea Marcon

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Luxembourg. Grand Auditorium de la Philharmonie. 2-III-2016. Pièces instrumentales de Marco Uccellini (1603-1680), Tarquinio Merula (1595-1665), Dario Castello (1621-1658) et Biagio Marini (1594-1663) ; Claudio Monteverdi (1567-1643) : « Disprezzata Regina » et « Addio Roma! Addio patria! Addio amici » extraits du Couronnement de Poppée, Combattimento di Tancredi e Clorinda ; Marko Ivanović (né en 1976) et Claudio Monteverdi : Arianna has a problem ; Luciano Berio (1925-2003) : Sequenza III for female voice. Avec : Magdalena Kožená, mezzo-soprano. La Cetra Barockorchester Basel, direction : Andrea Marcon. Mise en scène : Ondřej Havelka. Décors : Martin Černý. Lumière : Lukás Pondĕlíček.

DSC_3649Hommage à la voix et au texte dans un programme fait sur mesure pour la cantatrice tchèque. est-elle néanmoins l’interprète idéale pour un tel répertoire?

En plus des grands airs de Monteverdi et des pièces instrumentales figurant sur leur tout dernier CD, le programme concocté par et permet de faire (re)découvrir des œuvres contemporaines de , mais aussi du compositeur tchèque Marko Ivanović, moins connu. Si la Sequenza III du premier rend hommage à la regrettée , chanteuse monteverdienne des premiers jours de la redécouverte du baroque, le morceau du second se donne à entendre comme une extrapolation humoristique à partir du célèbre lamento d’Ariane, du même Monteverdi. La juxtaposition, pour ne pas dire le mélange, de pièces musicales des XVIIe et XXe siècles met tout particulièrement en perspective la complexité du rapport à la voix et à l’instrument, ainsi que celle des relations entre le texte et la musique. De fait, le bilinguisme de la cantate Arianna has a problem, pour ne rien dire du discours onomatopéique de la pièce de Berio, renforcent pour notre époque les aspects les plus divers de la dialectique dont ont découlé autrefois les premiers opéras. Les extrapolations du compositeur tchèque, qui – osons le dire – ne brillent pas par leur subtilité, auront au moins contribué à alléger l’atmosphère, quelque peu tendue après les deux extraits du Couronnement de Poppée chantés par Kožená de manière particulièrement poignante. En effet, à aucun moment du concert on n’aura retrouvé la densité et la sobriété de l’émotion suscitée par un sublime « Addio Roma », presque balbutié et chanté du bout des lèvres. Visiblement, la blessure et la douleur contenue conviennent davantage au tempérament musical de la cantatrice tchèque que la fureur, l’indignation et la véhémence de « Disprezzata regina ».

DSC_3869La deuxième partie du concert a déçu, et cela pour deux raisons. D’une part, la mise en scène peu convaincante du Combattimento n’apporte pas grand-chose à une partition essentiellement rhétorique, qui n’a nul besoin de mise en espace pour souligner la force de sa narration. D’autre part Magdalena Kožená, en dépit de la qualité intrinsèque d’une voix dont les belles couleurs naturelles gardent tout leur pouvoir de fascination, n’a jamais vraiment été une « diseuse ». La mollesse de sa déclamation italienne dessert du coup un texte aux mille beautés, pour lequel l’énergie de la diction et la variété des accents sont des prérequis indispensables, et cela d’autant plus lorsqu’on prend le pari un peu hasardeux de s’acquitter des trois voix du morceau. Que la cantatrice ait été affublée d’un costume ridicule n’a hélas rien arrangé…

Heureusement, la présence formidable de , formation dirigée par son chef titulaire , aura assuré tout au long de la soirée la haute tenue musicale du concert. Un programme autrement conçu aurait très certainement mis davantage en valeur la « suavité » des accents monteverdiens. Ce soir, le « dramatisme » bien réel de l’écriture de Monteverdi n’était sans doute pas servi par ses meilleurs interprètes.

Crédit photographique : Magdalena Kožená, Andrea Marcon et © François Zuidberg

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