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Le pianiste Kotaro Fukuma à la Maison de la Culture du Japon

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Paris. Maison de la Culture du Japon. 6-IV-2016. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : sonate n°14 en ut dièse mineur dite Au clair de lune ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Nocturne en mi bémol majeur op.9 n° 2 ; Polonaise en la bémol majeur dite héroïque ; Bedřich Smetana (1824-1884) / Kotaro Fukuma (né en 1982) : La Moldau ; Claude Debussy (1862-1918) : Images, Livre II ; Tōru Takemitsu (1930-1996) : Litany – in Memory of Michael Vyner ; Alexandre Scriabine (1872-1915) : Sonate n°4 en fa dièse mineur op. 30. Kotaro Fukuma, piano.

photo by StC╠ºphane Delavoye 2Nous l’avions écouté l’année dernière à la Salle Gaveau où il excellait dans Bach, Chopin et Scriabine. À la Maison de la culture du Japon où il est invité cette année pour deux concerts, le fringant pianiste japonais Kotaro Fukuma revient avec un programme plus ambitieux où s’affiche, entre Beethoven et Takemitsu, le Livre II des Images de Debussy.

On s’étonne du choix de la Sonate Au clair de lune, jouée en début de concert sous les doigts bien peu beethovéniens de . Il manque à cette sonate « quasi una Fantasia », outre la cohérence interne, une profondeur dans la trame musicale du premier mouvement et une véhémence de l’expression qu’on peine à saisir dans le jeu purement virtuose du Presto agitato final. Le Nocturne op. 9 en mi bémol de est autrement délectable, où s’exercent l’élégance et le toucher délicat de l’interprète. La Polonaise héroïque qui lui succède, gorgée d’énergie juvénile, est éblouissante, avec cet équilibre bien dosé entre élan fougueux et fermeté du jeu.

C’est dans sa propre transcription qu’il joue la célèbre Moldau de Smetana qui referme la première partie de concert. La pièce figure dans un enregistrement que le pianiste consacre à l’évocation de l’eau (Order CD 2014). Elle flatte l’extraordinaire digitalité du pianiste qui impressionne à travers cette évocation lumineuse et quasi impressionniste où il ne manque que le moelleux des cordes au thème d’un lyrisme généreux.

La seconde partie du concert réserve plus d’émotion encore avec un répertoire plus proche de la sensibilité du musicien. Le raffinement de son toucher et la magie des timbres qu’il tire de son clavier enchantent le Livre II des Images de Debussy qu’il a également enregistrées : registre aigu scintillant et transparence des textures dans Cloches à travers les feuilles ; mystère et apesanteur dans Et la lune descend sur le temple qui fut, alors que Poisson d’or fait oublier les marteaux du piano à travers l’onde voluptueuse qu’engendre le jeu du pianiste, dont la brillance et la fluidité servent idéalement l’écriture debussyste.

Avant d’honorer un des maîtres de la musique contemporaine japonaise, Tōru Takemitsu, dont on célèbre les 20 ans de la disparition, Kôtarô Fukuma prend la parole pour présenter Litany – In Memory of Michael Vyner. La pièce de 1989, grave et extrêmement dépouillée dans une première partie, s’aventure dans un registre plus clair où la méditation pleine de tendresse et très habitée dans l’interprétation du pianiste n’est pas sans évoquer le piano de Messiaen.

Le jeu de Fukuma dans la Sonate n° 3 d’, à la Salle Gaveau, nous avait subjugué. La Sonate n° 4 du même compositeur, qui termine le récital, n’est pas moins enthousiasmante. L’œuvre inaugure la forme en un seul mouvement qui prévaut dans les sonates ultérieures. Fukuma en restitue idéalement tout à la fois l’élan éruptif, la transparences des textures et la ferveur transcendantale qui irrigue la musique du compositeur. Entendre l’intégrale du corpus sous ses doigts serait un bonheur !
Entre Chopin et Ginastera, dont on fête le centenaire de la naissance, c’est Charles Trenet (En avril à Paris) qui débute la série des bis, joué avec une grâce et un naturel confondants par notre pianiste japonais.

Photo : (c) Stéphane Delavoye

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Paris. Maison de la Culture du Japon. 6-IV-2016. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : sonate n°14 en ut dièse mineur dite Au clair de lune ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Nocturne en mi bémol majeur op.9 n° 2 ; Polonaise en la bémol majeur dite héroïque ; Bedřich Smetana (1824-1884) / Kotaro Fukuma (né en 1982) : La Moldau ; Claude Debussy (1862-1918) : Images, Livre II ; Tōru Takemitsu (1930-1996) : Litany – in Memory of Michael Vyner ; Alexandre Scriabine (1872-1915) : Sonate n°4 en fa dièse mineur op. 30. Kotaro Fukuma, piano.

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