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La genèse des cantates de Bach par Vox Luminis

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Paris. Oratoire du Louvre. 12-IV-2016. Johann Pachelbel (1653-1706) : cantate Was Gott tut, das ist Wohlgetan ; concerto Christ lag in Todesbanden ; Johann Christoph Bach (1642-1703) : motet Der Mensch vom Weibe geboren ; Dietrich Buxtehude (v. 1637-1707) : cantate Jesu, meines Lebens Leben ; Johann Michael Bach (1648-1694) : motet Herr ich warte auf dein Heil ; Johann Sebastian Bach (1685-1750) : cantates Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit BWV 106, et Nach dir Herr verlanget mich BWV 150. Vox Luminis, Lionel Meunier : chant, flûte à bec et direction.

1357415714L’ensemble belge , qui a montré au disque de très belles choses dans des programmes consacrés aux compositeurs de musique religieuse allemande du XVIIe siècle et du début du XVIIIe, tels Schütz, Keiser ou les ancêtres de Johann Sebastian Bach, donne au public parisien une belle occasion de plonger dans ce répertoire.

Le programme de ce soir, des motets luthériens menant à deux cantates de jeunesse de , replace intelligemment celui-ci dans le contexte musical de son temps, en ratissant le terreau dans lequel se sont épanouies ses premières œuvres vocales conservées, aux périodes de Mühlhausen et de Weimar (1707-1716).

Deux motets (intitulés « cantate » et « concerto ») de Pachelbel permettent d’en saisir les caractères : des textes d’inspiration biblique, dont les huit chanteurs déroulent avec une grande maîtrise les strophes selon des procédés très divers (solo, duo, chœur simple ou double, passage en choral ou au contraire fugué…), dans une écriture contrapuntique très élaborée. Les figuralismes sont nombreux, parfois subtils comme le pianissimo sur « in Freud’ und Leid » dans Was Gott tut. L’accompagnement est fourni, avec ici cinq voix de cordes (deux violons, deux violes de gambe et un violoncelle). Les chanteurs et les musiciens de savent rendre à la perfection la richesse de ces œuvres traversées par des sentiments et des ambiances très variés. Ainsi, le début de Christ lag in Todesbanden, qui rappelle furieusement la cantate de même titre BWV 4 avec ses lignes instrumentales enchevêtrées et sa superposition de plans sonores qui produit un effet des plus poignants, alors que le chœur final est plein d’une profonde jubilation.

Mêmes qualités dans les motets du grand-oncle de Bach, Johann Christoph, et du cousin de son père, Johann Michael. Le premier, à quatre voix chantées par quatre chanteurs, surprend par la qualité de son écriture et son aspect aérien, très bien rendu. Le second, à huit voix mais seulement accompagné par l’orgue positif, est moins contrapuntique et plus déclamatoire. Les huit chanteurs parviennent à donner par moments l’impression d’une seule voix clamant « Herr, ich warte auf dein Heil », sans pourtant être à l’unisson. Mais le tableau ne serait pas complet sans Buxtehude, admiré par Bach, et représenté par un magnifique motet écrit sur une basse obstinée, plus direct, plus fluide et plus prenant encore que ceux de Pachelbel.

Le sommet est atteint avec les deux cantates de Bach, d’abord la BWV 106 dite Actus tragicus, assurément l’une de ses plus belles. passe à la flûte à bec avec le bassoniste de l’ensemble, laissant quatre chanteurs assurer chœurs et arias (pas de récitatif dans ces œuvres de jeunesse qui restent proches du motet allemand). On peut du coup regretter le peu de profondeur des chœurs, mais aussi certains solos un peu moins sublimement chantés que dans les versions de référence, comme le « Heute wirst du mit mir im Paradies sein » malgré de très beaux timbres chez la basse . On peut aussi regretter, comme dans le reste du concert, que des consonnes s’évanouissent dans l’air, mais il faut reconnaître que l’acoustique est assez délicate pour les chanteurs. Dans l’ensemble, les intentions musicales sont excellentes et l’interprétation est très habitée. Le chœur final en particulier, dont la partie fuguée sur « durch Jesum Christum » est prise à un tempo très rapide, est éblouissant.

Le concert se clôt en apothéose avec la cantate BWV 150, moins connue mais également très belle. La présence des huit chanteurs et celle des violons à la place des violes de gambe rendent l’œuvre plus magistrale, plus prenante. Des chromatismes descendants dans la sinfonia d’ouverture au chœur final, tout est parfait.

Crédits photographiques : Ensemble Vox Luminis © DR

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Paris. Oratoire du Louvre. 12-IV-2016. Johann Pachelbel (1653-1706) : cantate Was Gott tut, das ist Wohlgetan ; concerto Christ lag in Todesbanden ; Johann Christoph Bach (1642-1703) : motet Der Mensch vom Weibe geboren ; Dietrich Buxtehude (v. 1637-1707) : cantate Jesu, meines Lebens Leben ; Johann Michael Bach (1648-1694) : motet Herr ich warte auf dein Heil ; Johann Sebastian Bach (1685-1750) : cantates Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit BWV 106, et Nach dir Herr verlanget mich BWV 150. Vox Luminis, Lionel Meunier : chant, flûte à bec et direction.

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