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La Brockes-Passion pionnière de Reinhard Keiser

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Reinhard Keiser (1674-1739) : Brockes-Passion, sur un livret de Barthold Heinrich Brockes (1680-1747). Avec : Zsusi Tóth (Tochter Zion/Magd 3/Glaübige Seele) ; Jan Van Elsacker (Evangelist) ; Peter Kooij (Jesus) ; Caroline Weynants (Magd, Glaübige Seele) ; Fernando Guimaraes (Petrus- Glaübige Seele) ; Lionel Meunier (Caïphas/ Pilatus/ Hauptmann/ Glaübige Seele).Vox Luminis (Directeur artistique : Lionel Meunier). Les Muffatti, direction : Peter Van Heygen. 2 CD Ramée. Enregistré au Augustinus Muzikcentrum d’Anvers en Juillet 2012. Livret complet trilingue (allemand-anglais-français). Durée : 120’35

 

Reinhard-Keiser-Brockes-Passion-Les-Muffatti-Vox-LuminisOn avait fort apprécié la révélation somptueuse par en 2000 du Croesus de . Les 2 heures de sa Brockes-Passion n’infirment en rien le plaisir ressenti à l’écoute d’un compositeur trop méconnu.

Le XVIIe siècle accoucha de l’opéra. La Passion constitua aussitôt un livret providentiel. Berceau de ce genre nouveau, la Passion-Oratorio, Hambourg vit naître en ses murs , auteur du livret le plus célèbre du genre (les muses de Telemann et Haendel s’y pencheront), et , compositeur considéré en son temps comme « le génie musical le plus grand qui ait jamais vu le jour en Allemagne ». Celui qui fut même considéré comme « le premier homme du monde » fut aussi celui qui composa la première Passion du monde.

Intitulée « Jésus martyrisé et mourant pour le péché du monde », la passion écrite en 1712 par Brockes ne cache pas sa réécriture extrêmement sentimentale du mythe. Mélodramatique, voire expressionniste, elle vise à émouvoir au moyen d’affects immédiats. Une place considérable est laissée aux commentaires tout de compassion affligée de la Fille de Sion ou de l’Âme Croyante, Vox Populi, et couple vedette du drame.

Publiée en 1714, l’œuvre de Keiser donne effectivement le sentiment que l’on est sur une scène d’opéra. Un opéra très doux, sans la pointe sèche du cantor de Leipzig. Dans sa St Jean, le continuo de Bach expédie de façon fulgurante le séisme qui suit l’expiration de Jésus ; Keiser lui consacre une dizaine de minutes. Malgré l’étonnante brièveté des airs, l’œuvre est belle dans son immédiate accessibilité (troublant sentiment de connaître le chœur d’entrée !)

Avec conviction et délicatesse, et son jeune ensemble Les Muffatti lisent la partition inconnue avec l’humilité émerveillée des défricheurs. La prise de son écoute de près tout l’instrumentarium de Keiser, de l’archiluth toujours fascinant aux flûtes aériennes. On pourrait tout juste souhaiter plus d’effets dans cette exécution qui ramène paradoxalement dans le monde de l’oratorio cette œuvre qui visait l’opéra.

L’Évangéliste de s’acquitte parfaitement d’une ligne de chant, il est vrai, moins accidentée et moins copieuse que chez Bach. La fille de Sion idéalement élégiaque de Zsusi Tóth se taille la part du lion avant de laisser vers la fin un peu de place dans le lit des notes à la Glaubigen Seele distribuée à 7 chanteurs différents dont lui-même. Ce dernier est par ailleurs directeur artistique du bien nommé , ensemble de la plus haute musicalité, au sein duquel on a le plaisir de retrouver quelques-unes des merveilleuses voix échappées de l’écurie Alarcón, tels et Fernando Guimaraes, habitués aux merveilleuses révélations récentes que furent les deux oratorios de Falvetti.

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