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Winston Choi au plus près de la musique de Thomas Adès

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Thomas Adès (né en 1971) : Illumination from within : Traces Overhead ; Mazurkas ; Thrift A Cliff flower ; Darknesse Visible after John Dowland ; Still Sorrowing ; Concert Paraphrase on Powder Her Face. Winston Choi, piano. 1 CD Cuicatl Yan. Enregistré en 2015 aux Studios La Buissonne. Notice trilingue (anglais, français, espagnol). Durée : 61′.

 

ades choiD’origine canadienne, le pianiste Winston Choi se fait connaître en France en remportant en 2002 le Concours International d’Orléans. Dès lors ce génie du clavier, interprète et compositeur tourné vers le piano contemporain, va mettre sous ses doigts un très large répertoire d’aujourd’hui, voire même des intégrales (Lenot, Carter) encensées par la critique. C’est à une plongée en profondeur dans l’univers de que nous convie son nouvel enregistrement.

Éminemment virtuose et parfois déconcertant, l’univers pianistique du compositeur est difficile à cerner. Protéiforme et aventureuse, son écriture tisse un réseau de polyphonies flottantes sur lesquelles s’inscrivent en surimpression des figures plus nerveuses (Traced Overhead). Compositeur et pianiste, Adès aime revisiter la musique de ses maîtres, passée au filtre de son imaginaire. C’est l’esprit de la danse qu’il fait revivre, plus que le piano de Chopin, dans ses quatre Mazurkas, bijoux finement ciselés où le rythme obstiné (Mazurka n°1) pulse une écriture qui ne perd rien de sa fluidité. Dans chacune d’elles Adès déploie un espace singulier où s’exerce un geste que l’on dirait improvisé. On mesure la distance prise avec son modèle avec Darknesse Visible after John Dowland où s’éploient et se confrontent différentes matières et temporalités. L’enjeu est le même dans Still Sorrowding (Dowland toujours) si ce n’est que les touches du registre médium ont été bloquées et opposent leur matière mate et bruitée à la résonance des registres extrêmes du piano. Imitant Liszt et les délires virtuoses de ses paraphrases, Adès soumet son propre opéra Powder Her Face à une relecture pianistique très enlevée. De fait, l’écriture fantasque et volubile courant sur tous les registres du clavier acquiert ici une tension dramatique absente de toutes les autres pièces. La performance de est éblouissante, tant par sa virtuosité transcendantale que par les couleurs qu’il tire de son clavier et les facettes multiples de son toucher. Il ne se contente pas de servir la musique de Thomas Adès, il l’illumine de l’intérieur.

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