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Chez Madame de Staël, la musique des mots

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Château de Coppet. 16-VI-2016. Festival « Autour de Madame de Staël ». Une visite : Byron et Lamartine chez Germaine de Staël. Lectures extraites des Confidences, Des destinées de la poésie, Méditations poétiques d’Alphonse de Lamartine et des Mémoires de Lord Byron. Musiques de Frédéric Chopin (Fantaisie impromptue op.6, Etude op.10 n° 8 et 9, Préludue op. 28 n° 2, 8, 13, 21 et 23, 2ème Ballade op.38, Marche funèbre de la sonate op.35), Franz Liszt (Les Cloches de Genève, Réminiscences de Don Juan, Le Lac de Wallenstadt, Bénédiction de Dieu dans la solitude), Robert Schumann (Arlequin, Coquette et Réplique). François-René Duchâble (piano), Alain Carré (comédien).

SONY DSCLors de cette sixième édition du festival « Autour de Madame de Staël », l’environnement du Château de Coppet, chargé de l’esprit du Siècle des Lumières, reçoit, une fois de plus, l’admirable binôme des mots et des notes du pianiste et du comédien .

En ce deux-cent cinquantième anniversaire de la naissance de Germaine de Staël, le comédien puise dans des textes de Lamartine pour conter, entre autre, le guet du poète pour apercevoir Germaine de Staël et Madame Récamier en calèche sur la route de Lausanne. Attente récompensée quand bien même l’image espionnée fuit rapidement derrière un nuage de poussière soulevé par les chevaux et la voiture. Un récit plaisant et souriant exprimé dans un texte d’une beauté poétique débordante. Quand celui-ci est porté par la diction du comédien , la langue se colore, s’anime, prend des formes insoupçonnées que la lecture silencieuse ne parvient pas à offrir. Et comme un plat auquel on ne peut résister, il vient à l’auditeur comme une inéluctable envie de prolonger le plaisir et de se resservir du beau langage des écrits de Lamartine ou de Lord Byron.

Alors, on pense que les musiques qui séparent les textes ne seront qu’un intermède pour saliver les mots que l’on vient d’entendre. C’est sans compter sur l’extraordinaire piano de . Depuis qu’il a quitté, à grand fracas, le monde des concerts et son cortège d’obligations accessoires, le pianiste semble s’être totalement libéré. Aujourd’hui, son art pianistique respire plus que jamais. D’entrée, la Fantaisie impromptue op. 66 de Chopin révèle son implication totale dans l’interprétation plus encore que dans la démonstration technique d’une partition brillante. Certes, rien de ce qui demande l’agilité ne manque mais, dans le toucher perlé comme dans la puissance du registre grave tout le spectre du piano est au service de la mélodie profonde.

Quand Alphonse de Lamartine émet ses pensées au sujet de Lord Byron (qu’il avoue n’avoir jamais connu) et qu’il en dit qu’il « s’est fait énigme pour être deviné » et « Je souffris quand je vis, plus tard, lord Byron se faire le parodiste de l’amour, du génie et de l’humanité, dans son poème de Don Juan. », c’est inévitablement que l’inspiration saisit François-René Duchâble pour donner à entendre l’une des plus extraordinaires interprétations des Réminiscences de Don Juan de . Sans jamais succomber aux effets de manche de si nombreux interprètes actuels, le pianiste français est tout à sa musique. Il en explore la profondeur, la noirceur, la gravité sans jamais oublier la ligne mélodique mozartienne.

SONY DSCAvec Alain Carré et François-René Duchâble, les mots de la musique et la musique des mots sont indissociables de chacun d’eux. La musique de l’un influence la lecture de l’autre. Et bien malin qui saura dire qui est l’un et qui est l’autre. C’est ainsi que la lecture des commentaires ironiques de Lord Byron sur « Les réflexions sur le suicide » de Mme de Staël suggère à François-René Duchâble une interprétation enjouée du Arlequin tiré du Carnaval op. 8 de Schumann alors que l’esprit et la respiration profonde de sa musique dans Le lac de Wallenstadt de offre à Alain Carré le plus beau des tapis pour qu’il déclame avec une infinie grandeur Le lac de Lamartine.

Depuis plusieurs années, ces deux artistes fréquentent inlassablement le festival « Autour de Mme de Staël » avec un égal bonheur. À chacune de leurs apparitions, on se dit que leur formule, aussi éprouvée qu’elle puisse être, s’essoufflera devant le temps. Et pourtant, jamais leur musique des mots ne trouve de lassitude. Peut-être est-ce cela « être un artiste » ?

Crédits photographiques : © Yves Perradin

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Château de Coppet. 16-VI-2016. Festival « Autour de Madame de Staël ». Une visite : Byron et Lamartine chez Germaine de Staël. Lectures extraites des Confidences, Des destinées de la poésie, Méditations poétiques d’Alphonse de Lamartine et des Mémoires de Lord Byron. Musiques de Frédéric Chopin (Fantaisie impromptue op.6, Etude op.10 n° 8 et 9, Préludue op. 28 n° 2, 8, 13, 21 et 23, 2ème Ballade op.38, Marche funèbre de la sonate op.35), Franz Liszt (Les Cloches de Genève, Réminiscences de Don Juan, Le Lac de Wallenstadt, Bénédiction de Dieu dans la solitude), Robert Schumann (Arlequin, Coquette et Réplique). François-René Duchâble (piano), Alain Carré (comédien).

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